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Mesures sanitairesLes galeries d’art veulent bien être des commerces

Le sort réservé aux musées vaudois depuis le mercredi 4 novembre à 17h n’est pas le même pour les lieux qui vendent de l’art et font vivre un écosystème. Avec néanmoins quelques réserves.

Les galeries (ici la Galerie Fabienne Lévy) obtiennent le droit de rester ouvertes (confinement dû au Covid), car considérées comme commerces. Les clients sont priés d'acheter et non de flâner.
Les galeries (ici la Galerie Fabienne Lévy) obtiennent le droit de rester ouvertes (confinement dû au Covid), car considérées comme commerces. Les clients sont priés d'acheter et non de flâner.
Florian Cella/24Heures

Dans le doute, il y a celles qui ont fermé! Tout de suite. Le gouvernement vaudois ayant frappé le 4 novembre dernier d’un même interdit les galeries d’exposition, les musées, les théâtres, les salles de concert, les cinémas et les fitness. C’était même la deuxième fois que Danielle Junod baissait le rideau de sa Galerie à Vich, juste avant de vernir une nouvelle exposition.

En mars, les symétries et dissymétries de Jean Scheurer étaient déjà accrochées quand la Suisse s’est retrouvée sous cloche, cette fois c’est l’exposition du travail de Bernard Labouchère à peine accroché qu’elle a mis entre parenthèses jusqu’au début du mois de décembre. Mais avant d’arriver à cette décision placardée sur son adresse internet, la galeriste s’avouait «sous le coup, perplexe».

Un flou très artistique

Comme d’autres, Danielle Junod peinait à comprendre ce que signifiait pour les juristes du canton «une galerie d’exposition». Du temps des bâtisseurs de château, le terme renvoyait aux espaces réservés à la présentation des collections du seigneur des lieux, mais aujourd’hui, il interpelle. Limite pléonastique! Une galerie… si elle peut avoir des stocks d’artistes qu’elle représente, expose forcément le travail de l’un ou de l’autre. C’est même sa raison d’être.

Le flou qui en a amené certains à fermer de peur d’être dans l’illégalité et de risquer une amende de 10’000 francs a duré… quelques jours. Entretenu par une explication confuse reçue par mail: «Si une galerie fait exposition et vente, elle ne peut effectivement plus exposer afin d’éviter des regroupements de personnes, mais sa partie commerciale peut rester ouverte, dans le but de vente, car dans ce cas, elle sera assimilée à un commerce.»

«Ce que nous souhaitons, c’est que dans la mesure du possible, les gens ne soient pas incités à aller dans les galeries par curiosité mais plutôt parce qu’ils ont envie d’acheter.»

Frédéric Rérat, chef de la police cantonale du commerce

Chef de la police cantonale du commerce, Frédéric Rérat, éclaircit la situation: «Les galeries d’art sont effectivement des espaces à mi-chemin entre un commerce et un lieu d’exposition. Ce que nous souhaitons en ce moment, c’est que dans la mesure du possible, par respect des mesures sanitaires et de la nécessité de limiter au maximum les contacts, les gens ne soient pas incités à aller dans les galeries par curiosité mais plutôt parce qu’ils ont envie d’acheter.»

Le travail d’Arduino Cantafora est présenté à la Galerie Univers.
Le travail d’Arduino Cantafora est présenté à la Galerie Univers.
GALERIE UNIVERS, LAUSANNE

Voilà donc les galeries d’art considérées comme des commerces, une assimilation qui, historiquement, n’a pas toujours eu les faveurs du milieu. Un tabou qui n’existe pas pour Mark Ukaj à la Galerie Univers à Lausanne qui expose Arduino Cantafora. «Bien sûr que nous sommes clairement des commerçants. Dans une galerie, il y a une liste de prix, nous vendons des tableaux. Mais c’est vrai que, parfois dans cette branche, on peut entendre le contraire comme si être commerçant était la pire chose au monde.»

Un peu plus haut dans la ville, Jean-David Mermod enchaîne sur le même ton dans sa Galerie du Marché: «Même si j’ai vendu des Aloïse Corbaz, des Félix Vallotton, des Louis Soutter, je suis plus affilié à un vendeur de chaussures qu’à la Fondation Beyeler. Alors je ne vois pas pourquoi on aurait dû fermer parce qu’on vend des tableaux, c’est un commerce. Pas une honte. C’est un commerce qui fait vivre des artistes et des galeristes.»

«Je ne vois pas pourquoi on aurait dû fermer parce qu’on vend des tableaux. C’est un commerce qui fait vivre des artistes et des galeristes.»

Jean-David Mermod, Galerie du Marché, Lausanne

Un commerce qui vibre encore malgré les circonstances. «J’ai vendu 35 des 52 Valott que j’exposais jusqu’au début du mois», confirme Jean-David Mermod. «Quand on a rouvert en juin après le semi-confinement, les gens sont venus nombreux et pour acheter, ajoute Camille Tellenbach-Montandon dans sa Galerie Aarlo u Viggo à Buchillon. On a senti cet intérêt, cette envie d’autre chose et on a fait des belles ventes tout l’été sachant qu’on est dans une gamme de prix très raisonnable.»

Pour Fabienne Levy, à Lausanne, la bonne surprise est même très récente. Elle vient de faire une vente alors qu’elle était en train de décrocher. Quelqu’un qui passait et qui a été touché! «Le marché est là, considère-t-elle. Si la pandémie empêche les gens de venir en groupe, elle ne les restreint pas dans leurs envies d’acquérir de l’art, d’acheter quelque chose qui reste et qui peut se transmettre.»

Ouverture sur le canal virtuel

Pour le faire, certains choisissent le canal virtuel avec plus ou moins d’optimisme. Richter Buxtorf à Lausanne y a ses habitudes, proposant des visites à 360 degrés sur son site. «En ce moment, on constitue notre shop online, confie Régine Buxtorf. On a des pépites qui sommeillent et… il faut se réinventer. D’ailleurs, on sent le marché devenir gentiment plus mûr pour cette façon de faire.»