Passer au contenu principal

Référendum annoncéCombattre la loi sur le CO₂? «Une erreur historique»

Des militants romands de la Grève du climat veulent s’opposer, tout comme l’UDC, au texte voté la semaine dernière. Les réactions pleuvent.

Berne, le 25 septembre 2020. Après avoir occupé la place Fédérale pendant près de 48 heures, les militants favorables à une action pour le climat ont organisé une manifestation au centre-ville de la capitale. En tête de cortège, un globe terrestre géant.
Mobilisation
Berne, le 25 septembre 2020. Après avoir occupé la place Fédérale pendant près de 48 heures, les militants favorables à une action pour le climat ont organisé une manifestation au centre-ville de la capitale. En tête de cortège, un globe terrestre géant.
Yvain Genevay

Le doute qui planait encore est désormais levé. Les grévistes du climat – du moins une partie d’entre eux – veulent lancer le référendum contre la loi sur le CO₂. Ces militants, issus pour l’heure des cantons romands, l’ont annoncé vendredi lors d’une conférence de presse à Berne. Pour eux, la loi approuvée vendredi dernier par le parlement est clairement insuffisante pour freiner le réchauffement climatique. L’urgence qu’ils ne cessent de dénoncer n’a pas été reconnue, déplorent-ils.

«Nous nous distancions de l’UDC et d’EconomieSuisse»

Un membre de la Grève du climat

«Nous voulons un référendum pour que les masques tombent et savoir qui prend réellement en compte nos objectifs», a déclaré la Genevoise Émilie Feireira à l’ATS. L’ambition affichée vise à réparer la «faillite complète du système parlementaire». La semaine dernière, des centaines d’activistes du climat avaient déjà fustigé l’inaction du monde politique en occupant la place Fédérale.

Taxe sur les billets d’avion

La loi sur le CO₂ a été adoptée de haute lutte par les Chambres fédérales. Afin de réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 1990, elle prévoit notamment l’augmentation de plusieurs taxes et l’instauration d’un écot sur les billets d’avion - au grand dam de certaines organisations économiques.

Tous les partis l’ont soutenue, à l’exception notable de l’UDC. Unique élue d’Ensemble à Gauche sous la Coupole, la conseillère nationale genevoise Stéfania Prezioso a aussi voté contre ce texte. Elle appelait ces derniers jours à un engagement de la Grève du climat dans le référendum.

Sections de Vaud et Genève au front

«Nous nous distancions de l’UDC et d’EconomieSuisse», a tenu à préciser un jeune activiste présent devant les médias ce vendredi.

Les sections régionales du mouvement «Grève du climat» devront décider si elles souhaitent participer ou non au référendum. Pour l’heure, celles des cantons de Genève, Vaud, Neuchâtel, du Valais et du Jura, ainsi que le Jura bernois, y sont favorables. Les autres régions réfléchissent. Chaque section sera libre de lancer le référendum, même sans consensus national.

«Un référendum va nous faire perdre du temps précieux et sera surtout contre-productif.»

Ana Fontes Martins, coprésidente des Jeunes Vert’libéraux, dans un communiqué

Ce vent de fronde romand suscite déjà de vives critiques. Les Jeunes Vert’libéraux Suisse disent ainsi constater avec regret cette opposition frontale à la loi sur le CO2. Dans un communiqué diffusé vendredi, ils estiment que le texte constitue une étape vers la réalisation de l’accord de Paris sur le climat. «Un référendum va nous faire perdre du temps précieux et sera surtout contre-productif», estime Ana Fontes Martins, coprésidente des Jeunes Vert’libéraux.

Roger Nordmann, chef du groupe socialiste aux Chambres, appelle sur Twitter à ne pas signer le référendum. «Combattre un pas en avant important pour le climat parce qu’on veut faire un plus grand pas serait une erreur historique. Cela finira par un pas en arrière, argumente le conseiller national vaudois. La loi votée vendredi passé permet de baisser nos émissions de 20% en 10 ans. C’est une base.»

Et Roger Nordmann de mettre en garde contre un échec dans les urnes: «On perdrait plusieurs années, et la loi de remplacement irait dans le sens de ceux qui ont financé le référendum (les pétroliers et l’UDC). Ce serait une catastrophe pour le climat.»

87 commentaires
    Pierre-François Culand

    « Les activistes du climat ont-ils raison de s’opposer à la loi sur le CO₂? »

    La question de votre micro sondage est mal posée et ambiguë.

    Pour ma part je serais tenté de répondre oui sur le fond, parce que pour un activiste du climat - par nature conscient de l’urgence et de l’ampleur du problème - cette loi est largement insuffisante, mais en même temps sur le plan stratégique et pragmatique de la real-Politik, la refuser serait contre-productif et hautement risqué. Ce serait perdre encore de nombreuses années sans loi minimale. Donc de ce point de vue, non, je pense qu’il n’ont pas raison.

    Combien de oui dans votre sondage (dont le mien) faudrait-il relativiser dans le sens que j’exprime ?

    Actuellement 414 (48.5%) sondés sur 854 ont répondu un tel oui difficile à interpréter.

    Ce ne sont pas tous des gens prêts à accepter le référendum de l’UDC. Loin s’en faut !