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Les festivals à l’heure CovidLes gros s’offusquent du régime minceur de Béatrice Graf

Mardi, la musicienne jazz en appelait au rétrécissement des grands festivals et évoquait «la disparition des dinosaures». Paléo, Montreux Jazz et Sion sous les étoiles rugissent de concert.

Plus de 30’000 spectateurs serrés devant la grande scène du Paléo: une relique du «monde d’avant»? Les grands festivals n’y croient pas.
Plus de 30’000 spectateurs serrés devant la grande scène du Paléo: une relique du «monde d’avant»? Les grands festivals n’y croient pas.
KEYSTONE

C’est peu dire que la vision de la musique live portée par Béatrice Graf mardi dans «24 Heures» cadre mal avec celle espérée par les principaux concernés. La batteure nyonnaise, prix suisse de la musique 2019, appelait à un redimensionnement des festivals, devenus trop grands selon elle pour l’économie culturelle qui sortira de la crise. Elle leur reprochait de surcroît de ne plus être des lieux de création, de sous-payer les artistes suisses et de n’attendre qu’une chose: que les affaires reprennent comme avant, quitte à exiger un vaccin à l'entrée. Personne n’était nommé mais le Paléo, Sion sous les étoiles et le Montreux Jazz ont vibré des oreilles.

Sting ne va jamais jouer au Chat noir»

Daniel Rossellat, patron du Paléo

Patron de Live Music Production et organisateur de l’open air sédunois, Michael Drieberg est le plus agacé. «On nous traite de dinosaures, alors on peut crever? Je trouve ça très égoïste. Nous sommes de grands festivals parce que nous accueillons des artistes qui attirent beaucoup de monde: cette demande liée au succès disparaîtra-t-elle après le covid? Je ne le pense pas.» Plus politique (il salue son administrée au passage), Daniel Rossellat juge ses interrogations «bonnes» mais bute lui aussi sur la question de la demande. «On est complet depuis vingt ans, explique le patron du Paléo et syndic de Nyon. Sans subventionnement, on doit compter sur la vente des billets. Réduire notre capacité d’accueil, c’est nous interdire de faire venir des artistes connus. Ceux-ci feront peut-être quelques efforts d’adaptation mais Sting ne va jamais jouer au Chat Noir.»

Retour au presque normal

N’empêche, la situation inédite d’une économie du divertissement à l’arrêt impliquera forcément un changement. Mais à la réinvention drastique en «micro-événements» que formule Béatrice Graf, les festivals opposent une période transitoire avant un retour à une certaine normalité. «Cette crise nous obligera à des adaptations et peut-être des structures comme celle du Montreux Jazz y trouveront des opportunités, avec des musiciens privilégiant le jeu à la production, juge le directeur Mathieu Jaton. Mais est-ce que «l’avant» ne va jamais revenir? Je doute. Je vois mal des festivals comme Glastonbury – 135’000 spectateurs par jour - dire que, tout compte fait, 10’000 c’est bien aussi.»

Le Montreux Jazz développe des créations depuis plus de 30 ans, en grande majorité avec des artistes suisses»

Mathieu Jaton, directeur du MJF

Et les musiciens suisses, qui seraient bénéficiaires de la rareté de l’offre et enfin bien payés par les gros festivals? Drieberg tonne: «J’ai retrouvé les cachets des cinq derniers artistes suisses de Sion sous les étoiles. Un seul n’a reçu «que» 3000 francs, les autres entre 5000 et 6000 francs!» Autre accusation qui passe mal: celle de bouder la création. «Le Montreux Jazz la développe depuis plus de trente ans, en grande majorité avec des artistes suisses», rappelle Mathieu Jaton. L’hypothèse d’un vaccin aux entrées, enfin, reçoit de tous un niet indigné. Drieberg: «C’est parti d’un article du «Blick» mal interprété.» Rossellat: «Sur le plan éthique, c’est très discutable, cela créerait un apartheid sanitaire. Sur le plan pratique, c’est irréalisable.» Jaton: «Ce n’est pas une solution. Et pensons aussi à nos équipes, dans le cas où le public devrait montrer patte blanche. Devrons-nous virer les employés qui refusent le vaccin? Leur imposer des tests matin, midi et soir? Impossible.»

Pessimiste OMS

Le même jour que les propositions de Béatrice Graf, les grands raouts romands devaient avaler les prédictions de l’Organisation mondiale de la santé, laquelle jugeait que 2021 ne serait pas assez longue pour atteindre l’immunité collective issue de la vaccination. «L’OMS parle pour le monde, se rassure Michael Drieberg. Je peux imaginer une situation restrictive pour les Anglo-Saxons encore un an ou deux, mais rien n’interdit d’espérer une meilleure situation en Europe. N’oublions pas qu’en temps «normal», la Suisse romande accueille 90% d’artistes francophones.» Daniel Rossellat travaille «à fond» sur une formule très différente pour cette année, «Covid compatible». «Tous ces festivals qui ont déjà annoncé leur programme comme si soudain, le 1er juin, la situation serait favorable», soupire-t-il. Mathieu Jaton sourit de «la lapalissade» de l’OMS. «C’est une évidence que 2021 ne sera en aucun cas un retour à la normale.»

4 commentaires
    Mendriziotto

    Le monde de l'écologie démarre, Assumez les jeunes,

    Moi je ris, Montreux, Nyon c:est à gauche, alors plus de festivals, Ce n'est pas ecolo

    Je passe des bons moments de sourire et de rire Les organisations de ces concerts pourrais bien passer à la trappe, C'est une ecolo plein pot cette folle