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Bas de laineLes immeubles du pape valent des milliards

Adresses prestigieuses à Paris, Londres et Genève, flopée d’appartements à  Rome: le Vatican lève enfin le voile sur son patrimoine immobilier, source d’indépendance mais aussi de scandales.

L’immeuble de luxe du 60, Sloane Avenue, à Londres, au cœur d’un procès de la justice vaticane qui devrait s’ouvrir cette année.
L’immeuble de luxe du 60, Sloane Avenue, à Londres, au cœur d’un procès de la justice vaticane qui devrait s’ouvrir cette année.
AFP

«Quand on dit que la majeure partie de l’immobilier à Rome appartient à l’Église et au Vatican, c’est tout simplement faux!» s’insurge Mgr Nunzio Galantino, président depuis plus de deux ans de l’Administration du patrimoine du siège apostolique (APSA). Las des fantasmes «sensationnalistes» de trésor caché des souverains pontifes, cet Italien enjoué fait partie du cercle de confiance du pape François, choisi pour centraliser et mieux contrôler les biens immobiliers et les fonds financiers du Vatican.

Les propriétés du Saint-Siège sont grandement le fruit d’investissements réalisés depuis un siècle. C’est Pie  XI qui a décidé d’investir en Italie et à l’étranger dans l’immobilier «pour assurer la liberté et l’indépendance de l’Église», explique Mgr Galantino.

Au cœur de Paris – boulevard Saint-Michel, quartiers de l’Odéon ou des Champs-Élysées –, les services de l’évêque gèrent de longue date 737 biens immobiliers (près de 56’000 m2) estimés à 595,5 millions d’euros. À Londres – notamment à Saint James’s Square, à Kensington et à New Bond Street –, 27 autres biens immobiliers (4600 m2) sont estimés à 108,5 millions d’euros. Et en Suisse – à Genève et à Lausanne en particulier –, 140 biens (plus de 16’000 m2) sont évalués à plus de 91 millions d’euros.

À Rome, ce sont des immeubles entiers qui ont été construits, notamment sur deux axes convergeant directement à la place Saint-Pierre, dont la célèbre Via della Conciliazione. L’APSA loue ainsi 2400 appartements et 600 commerces ou bureaux italiens, qui ont rapporté 99 millions d’euros en 2019.

Dans ce contexte, Mgr Galantino se dit incapable de chiffrer le patrimoine italien, a fortiori sa totalité. Un chiffre totalement obsolète figure dans les comptes financiers, reconnaît un expert du Vatican. En mettant 1 euro symbolique sur l’invendable basilique Saint-Pierre, ou encore sur ses palais administratifs ou ceux prêtés gratuitement à des universités, le Saint-Siège pourrait être assis sur un patrimoine locatif valant plusieurs milliards d’euros. Et l’APSA est encore en train de faire l’inventaire de ses biens italiens.

Série de procès

Le pape François vient en outre de centraliser entre les mains de l’APSA les propriétés londoniennes acquises par la puissante Secrétairerie d’État (administration centrale) via des circuits opaques et des intermédiaires italiens très gourmands. Il s’agit surtout d’un immeuble de luxe situé au 60, Sloane Avenue, dans le chic quartier londonien de Chelsea, acheté en deux temps à partir de 2014. Cette transaction devrait faire l’objet d’un procès cette année de la justice vaticane.

Un autre ensemble londonien de cinq appartements de luxe est géré par le fonds d’investissement Centurion Global Fund, basé à Malte, qui a financé avec l’argent de l’Église «Rocketman», biopic sur le chanteur gay Elton John, provoquant l’embarras du Vatican et des procédures en justice. Le pape a indiqué qu’il faut «se retirer le plus rapidement possible» de ces investissements ou au moins «éliminer tout risque d’atteinte à la réputation» de l’Église.

Les scandales immobiliers ne sont pas une nouveauté, mais le Vatican veut sévir contre les prédateurs. Fin janvier, la justice vaticane a condamné à près de 9 ans de prison un ex-président de la «banque du pape» pour s’être enrichi en vendant frauduleusement une vingtaine de biens immobiliers du Saint-Siège entre 2001 et 2008.

AFP

4 commentaires
    boTanic

    La communauté internationale se plaît dans d'incessantes attaques contre le système financier et fiscal suisse.

    Mais étonnamment, ils ne s'en prennent jamais à l'opaque mastodonte financière du Vatican.