AboSalon EPHJ à GenèveLes métiers techniques sont plus que jamais en manque d’employés qualifiés
Les sous-traitants de l’horlogerie, de la microprécision et du medtech tenaient salon cette semaine à Palexpo. Ils peinent à recruter pour répondre à une demande en hausse continuelle.

Goldec, basée à La Chaux-de-Fonds, vient d’embaucher trois employés, mais il en manque encore, constate son directeur Michael Surdez: «Nous avons une vingtaine de salariés spécialisés dans le décolletage et le polissage, mais il nous en faudrait au moins vingt-cinq.» Et il n’est pas toujours aisé de dénicher les bons profils. «Nous recevons pas mal de candidatures spontanées, mais ce sont souvent des opérateurs, qui n’ont pas les compétences pour notre travail très spécifique, axé sur de petites séries de pièces.»
Goldec travaille à 90% pour l’horlogerie. Or, les commandes ne faiblissent pas, bien au contraire. «La demande est très forte depuis la sortie du Covid en 2021, et elle n’est pas près de faiblir, observe-t-il. Les marchés américains et européens se portent très bien, et la Chine revient en force.
200 postes à pourvoir à l’EPHJ
Comme la plupart des 750 entreprises présentes cette semaine à Palexpo au salon EPHJ dédié à la sous-traitance, Goldec est en constante recherche de personnel. «Près de 200 postes sont à pourvoir ici», précise le directeur du salon Alexandre Catton. Régleurs, angleurs ou responsables du contrôle qualité, entre autres. Les décolleteurs, surtout, font défaut. Au point de tenter de les débaucher en France voisine, dans la vallée de l’Arve notamment.
Mais démarcher les décolleteurs français n’est pas si facile, car si les métiers sont cousins, la fabrication de pièces pour voitures ne requiert pas tout à fait les mêmes qualifications que l’usinage de composants pour garde-temps. Le potentiel est pourtant là ces prochaines années: historiquement, 65% des décolleteurs français sont mobilisés par le secteur automobile, mais, véhicules électriques obligent, ce chiffre a reculé à 60%, et il pourrait bien passer sous la barre des 50% à moyen terme.
Savoir se démarquer
Quelques travées plus loin, la société Willemin-Macodel n’a pas hésité à consacrer une paroi entière de son stand à l’embauche: «Nous recrutons» y est inscrit en grand, avec code QR pour consulter les formations recherchées. Des polymécaniciens, des automaticiens, des spécialistes du service après-vente, notamment.
La société jurassienne produit des machines-outils pour l’horlogerie-joaillerie, le médical ou l’aérospatiale. Elle possède des filiales en Inde, aux États-Unis et en Chine, mais la production est à Delémont, où travaillent quelque 300 employés. «Nous avons engagé trente personnes depuis le début de l’année, mais il en faut encore une vingtaine, reconnaît le directeur Patrick Haegeli. Dans le Jura suisse, le secteur secondaire est très présent et tout le monde recherche les mêmes profils. Le marché est asséché.»
Pour se démarquer, il faut attirer l’attention, quitte à rompre avec la tradition. Fin 2022, Willemin-Macodel avait fait sensation avec une campagne d’affiches sur les transports publics avec un slogan accrocheur: «T’es complètement schlagué du galetas?». «Elle a bien marché, se réjouit Patrick Haegeli. Le parler local et le ton familier ont fait mouche auprès de jeunes.» Mettre l’accent sur la durabilité est également payant, car au-delà du cœur de métier de nouveaux critères comptent aux yeux des jeunes générations. «Nous avons par exemple l’une des plus grandes centrales solaires sur notre toit et nous le faisons savoir», admet Patrick Haegeli.
«Depuis 2022, nous publions environ 650 à 700 annonces par mois, soit plus du double qu’il y a quatre ans.»
D’autres points sont également importants, relève Benoît Fontaine, directeur de l’agence de placement JobWatch.ch: «La parité par exemple, et d’une manière plus générale les standards de bonne gouvernance sont plus scrutés qu’auparavant.» S’il n’est pas toujours facile d’en tenir compte pour des PME, de plus en plus sont à la page sur ces questions, constate-t-il. «Mais bien souvent elles ne pensent pas à le mentionner dans leurs offres d’emploi, ou sur les réseaux sociaux, et nous les aidons à le faire.»
Il y a clairement un avant et un après-pandémie. En 2019, les métiers liés à la microtechnique, à l’horlogerie et aux technologies médicales généraient environ 300 offres d’emploi par mois sur JobWatch.ch. «Depuis 2022, nous publions environ 650 à 700 annonces par mois, soit plus du double qu’il y a quatre ans», observe Benoît Fontaine.

Selon les chiffres du Secrétariat d’État à l’économie (SECO) publiés ce mercredi, le taux de chômage est passé sous la barre des 2%, à 1,9%. Le marché de l’emploi est donc tendu, mais cela ne suffit pas à expliquer la difficulté à recruter. «Les métiers manuels ont moins la cote auprès de jeunes, et il faut changer leur image dès l’école obligatoire», estime-t-il. Y compris auprès des jeunes femmes. «Il y a encore des clichés à combattre, comme celui qui veut qu’un atelier de micromécanique, c’est sale, alors qu’ils ressemblent davantage à des laboratoires.»
Les possibilités de carrière sont bien réelles, en matière de diversification et de progression hiérarchique. Quant aux salaires, ils peuvent être de 6500 francs pour des polymécaniciens, «et même monter à 10’000 pour des décolleteurs très recherchés», indique Benoît Fontaine. Durant le salon, JobWatch s’est employé à collecter des candidatures afin d’organiser des entretiens, sur stand, avec les entreprises. Avec, parfois, un job à la clé.
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