«Les Misérables» fait le premier buzz cannois
C'est avec les noms les moins célèbres que la Croisette s'est éveillée hier matin. Mais la relève est assurée.

Hasard du calendrier, les réalisateurs les moins «connus» (guillemets de rigueur, tant l'assertion ne veut plus rien dire de nos jours) de la compétition cannoise semblent avoir été programmés en début de festival, avant de laisser les poids lourds s'entre-tuer. On ignorait peut-être le nom de Ladj Ly avant Cannes, mais ça ne devrait pas durer longtemps, tant ses «Misérables» ont agi comme l'un des premiers coups de poing du festival. Autrement plus effrayant que les zombies décalés de Jim Jarmusch, le peuple des cités du 93, sièges d'affrontements réguliers entre la police et les bandes du quartier de Montfermeil, est au cœur de l'action. Et le film ne s'enferme jamais dans un discours supposé dénonciateur, voire de gauche, tout en résonnant totalement avec une actualité récente (l'affaire Adama Traoré, jeune homme dont la mort après son interpellation en juillet 2016 a suscité de nombreuses manifestations).
Cette fiction, ramassée sur quelques heures, raconte le baptême du feu d'un policier cherbourgeois déplacé à Paris. Une altercation entre deux clans met le feu aux poudres et le film bascule petit à petit dans un crescendo de violence tout bonnement effrayant, car filmé de l'intérieur caméra au poing. Ce qui stupéfie tout de suite, c'est la mise en scène. La haute tenue stylistique d'un opus qui évite aussi bien la démagogie que les éternels clichés sur les clivages entre forces de l'ordre et jeunes de banlieue. Il y a dans ces «Misérables», qui font référence à Hugo au moins à deux reprises, un sens du cadrage et du rythme – donc du montage – tout à fait prodigieux. Ladj Ly, issu du collectif d'artistes Kourtrajmé, avait préalablement signé un court-métrage également intitulé «Les Misérables» et coréalisé un documentaire, «À voix haute». Loin d'être un petit jeune qui débute, Ladj Ly, 39 ans, a provoqué le premier buzz de la Croisette. Pour la petite histoire, l'affaire s'est emballée à l'issue de la toute première projection de presse, et le film a été acquis par un distributeur suisse quelques heures après.
Le Brésilien Kleber Mendonça Filho avait eu droit à semblable effervescence il y a trois ans avec le superbe «Aquarius». «Bacurau», qu'il a cosigné avec Juliano Dornelles, n'a pas réitéré l'exploit. Cette dystopie en forme de western, plutôt violente et traversée par moments de plans étincelants, souffre d'une durée excessive et d'un manque de rigueur dans sa conduite narrative. Filho semble expédier son film sans visiblement parvenir à ce qu'il veut établir. «Atlantique», premier film de la Sénégalaise Mati Diop, l'une des quatre femmes du concours, offre de son côté une vision inédite du thème de la migration, sans toutefois parvenir à décoller. La faute à une raideur dans la mise en scène qui ne l'aide pas à transcender son sujet.
Du côté de la Quinzaine des réalisateurs, on a en revanche beaucoup ri. En ouverture de la section, «Le daim» de Quentin Dupieux, avec un Jean Dujardin rarement aussi bien dirigé, a fait son petit effet, rappelant qu'aucun autre cinéaste français ne sait manier aussi bien le minimalisme surréaliste. Ni n'ose construire un film entier sur une veste en daim et son influence sur un individu. Du cinéma barré et subversif qui est du reste coproduit par les Genevois de Garidi Films. Chic!
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