AboSkieur emportéLes quatre leçons de l’avalanche monstrueuse de Nendaz
Les images de l’avalanche qui a fait un mort mercredi en Valais sont riches d’enseignements sur la dangerosité actuelle. Décryptage.

On aurait pu s’attendre à un bilan bien plus lourd. Mercredi, sur le coup de midi, la police cantonale valaisanne alerte les médias par SMS: «12 h 00 – Nendaz, Avalanche d’envergure – potentiel(s) skieur(s) emporté(s) – 7 hélicos engagés – intervention en cours». Plus tard dans la journée, on apprend qu’il n’aura pas fallu sept, mais huit hélicoptères. Et qu’un skieur russe de 58 ans a été retrouvé sans vie sous la masse neigeuse.
La photo qui accompagne le communiqué de presse est sans appel: la coulée était gigantesque. Mais les détails qui y figurent permettent aussi de comprendre pourquoi l’engagement des secours a été aussi important, de tordre le cou à certains préjugés et d’incarner la puissance d’une avalanche.
Le pylône
On le distingue en haut à gauche de l’image, le pylône est celui du téléphérique des Gentianes, qui mène au Mont-Fort, reliant les domaines skiables de Verbier et Nendaz. Ce secteur hors-piste est prisé. Mercredi, il venait de neiger, le soleil brillait et le niveau de danger d’avalanche était de trois sur cinq, une situation qui nécessite de très bonnes connaissances de la montagne.
Mais l’appel de la poudreuse est fort et ce secteur est assez simple à rejoindre en quittant les pistes. Sur plusieurs sites de freeride, cet itinéraire dénommé «Highway» (ndlr: l’autoroute) est présenté comme facilement accessible et «quiconque est à l’aise en hors-piste peut le skier».
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Cette proximité avec le domaine skiable explique l’importance des moyens engagés. Contrairement à une course en haute montagne où le nombre de participants est souvent réduit, les skieurs ensevelis pouvaient ici être très nombreux. Par ailleurs, la probabilité pour les adeptes de neige fraîche quittant les pistes de ne pas être équipés de détecteurs de victimes d’avalanches (DVA) est potentiellement plus élevée qu’en haute montagne, ce qui rend les recherches bien plus complexes.
La trace au mauvais moment
Corollaire direct à la proximité du domaine skiable, le secteur est très fréquenté. Les très nombreuses traces (à gauche et en haut dans le couloir) peuvent être, à tort, prise comme un gage de sécurité. Sur la vidéo d’un guide de montagne qui se trouvait sur le versant d’en face, on distingue deux skieurs traverser le haut de la pente et un troisième, vraisemblablement la victime, se faire emporter en bas à gauche.
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«Je pense que le premier qui a coupé cette ligne tout en haut sur les rochers a déclenché la coulée. C’est une zone de faiblesse dans une pente raide, environ 45 degrés, et ensuite tout s’est répandu. C’était vraiment impressionnant», raconte le guide Gilbert Crettaz.
«C’est une zone de faiblesse dans une pente raide, environ 45 degrés, et ensuite tout s’est répandu. C’était vraiment impressionnant.»
Pour le spécialiste de la neige Robert Bolognesi, c’est une question de timing qui a joué. «On peut se dire que tous ceux qui sont descendus avant eux ont eu de la chance. Les skieurs sont passés exactement au moment où la neige fraîche commençait à se consolider. Posée sur un une couche instable, elle a lâché. Plus tôt ou plus tard, on aurait pu assister uniquement à un départ très localisé.»
Par ailleurs, selon ce spécialiste, le fait que la pente ne dispose presque d’aucune échappatoire ou zone protégée aurait dû dissuader les skieurs dans ces conditions.
Secteur déjà tracé? Pas une garantie
D’après Gilbert Crettaz, le secteur déjà très skié à gauche de l’image était plus sûr, pour autant qu’on choisisse directement cette pente. Mais on le voit bien sur l’image et sur la vidéo, l’avalanche est remontée jusque-là et c’est d’ailleurs à cet endroit que le skieur se fait emporter.
Si on ne peut pas en déduire qu’en skiant uniquement sur ce secteur il aurait déclenché une coulée, cela rappelle que ce n’est pas parce que de très nombreuses traces sont présentes que le risque est nul.
«Sur les zones très régulièrement skiées, on voit en principe moins d’avalanches, mais pour autant, ce n’est pas une garantie.»
«Sur les zones très régulièrement skiées, on voit en principe moins d’avalanches, mais pour autant, ce n’est pas une garantie et c’est spécialement le cas quelques heures après les chutes de neige quand la cohésion du manteau neigeux se fait. À ce moment-là, les traces peuvent être un piège», explique Robert Bolognesi.
Une envergure gigantesque
Comme une fissure qui se répandrait sur un lac gelé, l’avalanche, depuis son point de rupture, se diffuse tout le long de la pente sur plusieurs centaines de mètres. Un phénomène qui est, là aussi, lié au timing précis de la formation du manteau neigeux.
«La coulée aurait pu être deux fois plus grande et emporter toute la face.»
«Une fois passé ce moment critique, la rupture a moins tendance à se propager», analyse Robert Bolognesi. Pour lui, elle aurait pu se déclencher à ce moment-là depuis n’importe où dans la zone et «la coulée aurait même pu être deux fois plus grande et emporter toute la face».
Et Gilbert Crettaz d’évoquer une situation avalancheuse vraiment complexe à lire ces jours-ci. «Lundi, une avalanche s’est déclenchée quasi au même endroit (ndlr: un skieur néerlandais de 28 ans est décédé) et, un peu plus loin, on a encore dégagé une personne dans des conditions similaires. Il y a encore de très nombreux pièges.» Cet hiver, treize personnes ont perdu la vie dans des avalanches en Suisse.
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