Emeute à Lausanne«Les réseaux sociaux tendent à provoquer une réaction plus émotive»
Pour la chercheuse en psychologie sociale Oriane Sarrasin, les manifestations en France ont fortement affecté les jeunes Vaudois, via TikTok et Snapchat.

Oriane Sarrasin est enseignante et chercheuse en psychologie sociale à l’Université de Lausanne. Ses études portent sur la manière d’appréhender la crise climatique, notamment chez les jeunes. Elle est, par ailleurs, membre socialiste du Grand Conseil et, à ce titre, condamne les déprédations de samedi à Lausanne.
Après les heurts qui ont eu lieu samedi soir dans le quartier du Flon, doit-on penser que la jeunesse cherche la bagarre?
Je me garderais bien de faire des généralités, car nous sommes face à un tout petit groupe de personnes, dont plusieurs mineurs, qui ne sont pas forcément représentatifs de leur catégorie de population. Ce qui est sûr, c’est que les violences policières sont particulièrement thématisées en ce moment. On voit une certaine récurrence aux manifestations et émeutes suivant la mort d’hommes de minorités (par exemple, ethniques) en lien avec la police: Rodney King, Mark Duggan, George Floyd, Mike Ben Peter, Nahel, pour n’en nommer que quelques-uns. Le sentiment d’injustice que ces événements déclenche une soif de défiance envers l’autorité, incarnée en particulier par la police. Mais ce phénomène a toujours existé.
Quel rôle jouent les réseaux sociaux?
Ils sont d’abord un catalyseur pour diffuser l’information et pour organiser une action. Mais surtout, ils donnent accès à la dimension humaine d’un événement, comme des témoignages de victimes. Ils permettent une plus grande perméabilité des opinions. Il y a vingt ans, nous apprenions qu’une manifestation avait eu lieu à l’étranger par voie de presse, c’était finalement loin de nous. Aujourd’hui, sur Instagram ou TikTok, les émeutes en France nous touchent directement, car les vidéos montrent en direct ce qui s’y passe. Cela tend à provoquer aussi une réaction plus émotive de notre part. Tout est sans filtre, en quelque sorte, et cela pourrait expliquer en partie les accès de violence qui en découlent.
Les dizaines de jeunes que nous avons interrogés à Lausanne condamnent tous les casseurs…
En 2011, j’avais étudié, avec des collègues, les émeutes qui avaient eu lieu en Angleterre après la mort de Mark Duggan, abattu lors d’une arrestation. Nous avions constaté qu’après ce type d’émeutes, des discours politiques mettent souvent en opposition les «bons» contre les «méchants», c’est-à-dire celles et ceux qui manifestent, détruisent, etc. Cela suscite des attitudes négatives à l’égard de ces derniers. Transposé au cas actuel, on pourrait faire l’hypothèse que, suivant comment les événements de Lausanne sont décrits, les antagonismes entre «les jeunes» et d’autres générations puissent être exacerbés. Et ce, même si une majorité de jeunes condamne les événements du week-end dernier…
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