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Humour de fin d’annéeLes revues vaudoises se moquent bien du Covid-19

Les spectacles de Blaise Bersinger et Jean-Luc Barbezat auront bien lieu et partageront la même «guest star»: le coronavirus. Face-à-face artistique en pleines répétitions.

Blaise Bersinger et Jean-Luc Barbezat essaient d’avancer masqués.
Blaise Bersinger et Jean-Luc Barbezat essaient d’avancer masqués.
Florian Cella/24Heures
Blaise Bersinger et Jean-Luc Barbezat essaient d’avancer masqués.
Blaise Bersinger et Jean-Luc Barbezat essaient d’avancer masqués.
Florian Cella/24Heures
Blaise Bersinger et Jean-Luc Barbezat essaient d’avancer masqués.
Blaise Bersinger et Jean-Luc Barbezat essaient d’avancer masqués.
Florian Cella/24Heures
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Ces deux-là évoluent dans des mondes parallèles. Pas facile donc de les rassembler autour d’un café pour faire le point sur leur mission commune: faire vivre leurs revues respectives alors que la fin de l’année 2020, du moins d’un point de vue culturel, ne s’écrit qu’au conditionnel. Blaise Bersinger et Jean-Luc Barbezat ont décidé de se moquer du Covid-19 et d’aller de l’avant avec la ferme intention de monter sur les planches pour faire rire le public, quelles que soient sa taille et sa disposition dans la salle. Entre deux répétitions au bord du lac, les deux comiques ont tombé le masque le temps d’un face-à-face artistique.

Vous avez tous deux décidé de maintenir votre revue 2020. Un choix difficile?

Jean-Luc Barbezat (JLB): «Non! On n’a jamais douté. Bon, il faut avouer qu’au début on ne pensait pas que cette… merde allait durer aussi longtemps. À force de multiplier les planA, planB, planC, on s’est dit que c’était mieux d’en rester au planA.»
Blaise Bersinger (BB): «On s’est aussi toujours dit: «On va le faire, ça s’arrêtera pile au moment où nous, on va commencer»… Mais je me souviens que quand l’info est tombée comme quoi la Revue de Genève renonçait, je me suis dit: «Argh, non, ils sont tellement plus responsables que nous!» Et depuis l’annonce du déconfinement, on se dit qu’on a bien fait de maintenir. Chez nous, ce sont 40 personnes qui bossent sur le projet. Si on annule, elles seront toutes un peu dans la mouise.»

Se concentrer uniquement sur l’angle artistique, sur l’écriture, c’est difficile ou au contraire une échappatoire bienvenue?

BB: «J’ai pris le parti de tout axer sur ce gros machin dont tout le monde parle. Donc je n’ai pas trouvé difficile de ne parler que de ça. On a tous vu 2020 par le prisme du Covid. Je pensais que ça allait me bloquer, que le spectacle ne durerait qu’une heure, mais finalement on doit faire des coupes!»
JLB: «De notre côté, ça a été plus instinctif, mais on a une écriture plurielle et pour dire la vérité on est encore en train de bosser dessus. On ne peut pas échapper au Covid. Parler des ballons de Château-d’Œx ou des Jeux de la jeunesse qui ont quand même eu lieu, c’est pas intéressant. Prendre le contre-pied et parler de tout sauf de ça nous a vaguement traversé l’esprit, mais non, toute cette année est liée au virus.»

Du coup la part d’improvisation est encore plus importante que dans les autres spectacles?

BB: «Alors moi j’ai essayé de faire en sorte que ça périme pas. Si on fait des blagues sur les distances, on ne dit pas combien, comme ça si ça varie, on n’a pas à changer le texte! Et je me force à ne pas penser au fait que la situation pourrait vraiment s’aggraver d’ici à la première. Je dois être dans le déni. Cette pandémie m’a personnellement donné un millier d’idées, alors si on ne peut pas jouer, ça va vraiment me saouler! C’est pas comme si on peut garder ces vannes pour une autre date!»
JLB: «C’est exactement ça. Je prépare un autre spectacle avec Cuche pour le mois de mars. Mais comme il n’est pas lié à l’actualité, si on ne peut pas le faire dans de bonnes conditions, c’est pas grave, on reporte! On bosse et on sait que c’est pas dans le vide.»

Mais le spectacle ne peut pas être le même s’il est joué devant des petits groupes de quatre ou une salle pleine?

JLB: «Non, c’est évident qu’il faudra peut-être aussi adapter l’écriture. On verra bien. Mais là je sors d’un festival de cirque à Crans-Montana et oui, c’était très chiant de prendre les noms de tout le monde, mais le fait de pouvoir proposer un spectacle et de pouvoir y assister, ça a fait naître énormément d’émotions positives!»
BB: «Je suis de nouveau dans le déni. Je refuse de penser ça! Enfin je sais que dans la salle où on va commencer, à Rolle, tout le monde sera masqué, mais dans ma tête ce n’est pas le cas! Après je ne sais pas si c’est dans la loi ou si chaque théâtre a sa propre politique, mais je sais qu’à un endroit on ne pourra pas faire rentrer ou sortir tous les gens d’un coup. On va donc devoir réfléchir à occuper ceux qui entrent en premier.»

Le Covid, c’est finalement un ami ou un ennemi pour les artistes que vous êtes?

BB: «Je ne dois pas le dire trop fort, parce qu’il y a des gens qui en sont morts, mais (il chuchote) j’adore le Covid! Pour moi, ça a été du pain bénit. Je ne connais personne qui a été touché gravement et j’ai vraiment aimé le confinement parce que j’ai un appart, une copine, un balcon, un chat et j’ai bossé plus que jamais. Pour moi cette période était géniale et j’ai pu écrire dessus très facilement.»
JLB: «Moi j’ai pas mal angoissé au départ, mais plus parce que je suis producteur et donc entrepreneur. Puis j’ai décidé de profiter d’une pause que je n’aurais jamais prise dans ma vie et je suis resté chez moi aux Diablerets. Et de ce point de vue là, ça a été très positif. Mais je dois quand même faire passer un petit message aux autorités: ce n’est pas parce qu’on va jouer qu’on est sortis d’affaire. On a beaucoup soutenu ceux qui n’ont pas pu jouer, et c’est très bien, mais il faut aussi tenir compte de ceux qui ont décidé de faire «à moitié». La recherche de partenaires a été difficile cette année, les entreprises ont d’autres priorités et on les comprend
(ndlr: Blaise Bersinger opine en disant que cela a été pareil pour lui).

Plusieurs revues peuvent donc tout à fait coexister dans un petit périmètre. Mieux, s’entraider…

BB: «Exact! Plus il y a de revues, plus il y a de gens qui vont les voir. On nous voit comme des concurrents, mais en vrai c’est tout le contraire!»
JLB: «C’est totalement ça, surtout si elles sont de qualité. Si le public en a aimé une, il ira voir l’autre. C’est comme les spectacles d’humour en général: il y a trente-cinq ans, avec Cuche on était peu sur le marché. Quand on a vu arriver les autres, on s’est réjoui. Il y a une vraie émulation. Il n’y a jamais eu autant de monde qui va voir des revues!»