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Mesures anti-CovidLes salles de concert courent «derrière un train en marche»

Parmi les nouvelles obligations faites aux organisateurs de spectacles debout, la découpe par secteur de 100 personnes s’impose comme une réalité ultracontraignante.

Mise en scène lors du concert de Cod.Act à Label Suisse, le 19 septembre dernier, la séparation du public par secteurs «imperméables» devient une norme fédérale. Une mesure potentiellement mortifère pour les salles.
Mise en scène lors du concert de Cod.Act à Label Suisse, le 19 septembre dernier, la séparation du public par secteurs «imperméables» devient une norme fédérale. Une mesure potentiellement mortifère pour les salles.
DR

Dans l’arsenal de mesures imposées aux salles de concerts pour «vivre avec» la pandémie, une nouvelle norme chasse l’autre. La dernière en date, annoncée dimanche dernier 18 octobre par le Conseil fédéral, avait a priori rassuré les responsables des lieux de musique live. «Rien de changé», résumait-on alors du côté des Docks lausannois, reprenant ainsi les mots exacts imprimés dans le «FAQ» de l’Administration fédérale, point 12: «Concernant les manifestations publiques (concerts, etc.), rien ne change. Seule nouveauté: pour les lieux où des secteurs sont délimités, comme dans les discothèques, leur taille est réduite de 300 à 100 personnes, afin de faciliter le traçage des contacts si besoin est.»

La distinction faite entre salles de concert et discothèques laissait un flou dans l’interprétation exacte des périmètres concernés. Mais si le diable se cache dans les détails, ces derniers ont vite rattrapé les responsables des lieux de live vaudois – et le coup de fourche fait mal. La lecture détaillée des mesures fédérales, fournies par un document du Département cantonal de l’économie, de l’innovation et du sport (DEIS), ne laisse plus de place au doute: jusqu’à nouvel avis, toutes les manifestations publiques d’une capacité de moins de 1000 personnes, tenues dans un espace fermé, sont obligées de présenter un plan sanitaire de protection avec des «séparations par zones imperméables ou par laps de temps afin que pas plus de 100 personnes soient réunies». Autrement dit: la découpe ne doit pas seulement être devant la scène, par blocs de public séparés par des barrières. Elle doit également assurer une absence totale de contact entre les groupes de spectateurs tout au long de la manifestation, ce qui implique la mise à disposition d’autant d’infrastructures ad hoc: toilettes, espaces de restauration assise, files d’attente, vestiaires, etc.!

Aux Docks (capacité 1000 places debout), on travaillait déjà vaille que vaille avec la norme désormais obsolète de 300 personnes par secteur, soit un maximum effectif de 600 spectateurs répartis en deux blocs, l’un devant la scène, l’autre sur le balcon. Le dispositif avait été éprouvé lors du festival Label Suisse, en septembre. «Cela impliquait toute une infrastructure à double, lourde à mettre en place mais possible quand la salle accueille des événements extérieurs qui viennent avec leur force, détaille Jolan Chappaz, responsable de la communication. Avec une diminution à 100 personnes par secteur, nous pourrions créer deux blocs devant la scène et un au balcon, ce qui réduirait notre jauge totale à 300 spectateurs – à condition que nous triplions notre infrastructure d’accueil! Nous devons voir s’il est possible d’assumer de telles contraintes sans perdre de l’argent, mais ça me paraît très compliqué.»

Festival maintenu

Ce scénario sera mis en place dès jeudi à l’occasion du festival Croc’ The Rock, «délocalisé» dans la salle lausannoise. «Nous avions promis qu’on s’adapterait en cas de nouvelles mesures, c’est ce qu’on va faire, résume Benoît Martin pour la manifestation d’Etagnières. Il y aura trois zones de 100, trois entrées séparées, trois zones WC, trois espaces assis pour consommer. On le fait par soutien pour les artistes et aussi pour bon nombre de spectateurs qui se réjouissent.» Plus de 150 billets par soir ont déjà été vendus.

Pour la suite, la programmation «personnelle» des Docks pourrait se concentrer sur des concerts ne réunissant pas plus de 100 personnes et ne nécessitant pas des frais exceptionnels. Principalement la scène locale, donc. Les rares artistes français au menu, capable de rassembler large, comme Yelle prévue en décembre, pourraient faire les frais de cette jauge rendant impossible toute rentabilité. «Nous recevons une subvention, nous avons une mission publique de proposer une activité culturelle, mais jusqu’à quand est-ce que cela restera possible? On a l’impression de courir après un train en marche», s’inquiète Jolan Chappaz.

«Nous perdons 3000 francs par soirée»

À l’Amalgame, le pessimisme est plus clairement affiché encore. «Actuellement, nous perdons 3000 francs par soirée organisée, déplore la responsable Loraine Coquoz. Nous n’avons pris conscience que mardi, dans une séance avec le Bureau de l’association, de la présence de cet alinéa passé inaperçu lors de la conférence de presse du Conseil fédéral, qui s’est concentré sur les événements privés.» La salle yverdonnoise de 400 places debout avait limité sa capacité à 300 personnes (un secteur), chiffre qu’elle n’atteignait de loin pas dans un contexte où le public sort peu. «Ce n’est pas envisageable de créer des coûts supplémentaires pour espérer faire trois secteurs et autant d’infrastructures, alors que les gens restent à peine pour boire un verre après les concerts. En l’état, nous limiterons la salle à 100 personnes. Nous n’avons pas eu plus de monde ces derniers jours, alors dans un sens ça ne changera pas grand-chose. Mais ce n’est en rien motivant ni rassurant pour la suite.» La méthode Coué d’un maintien de l’économie du live coûte que coûte semble déjà bien distancée par le train de la pandémie, roulant à toute allure.

4 commentaires
    ancien libéral

    chacun doit s'adapter à une situation qui s'aggrave: le mal a déjà été fait avec certaines manifestations. On arrête de se plaindre!