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L’invitéLes singulières et universelles raisons d’un engagement

Yvan Salzmann décrit ses motivations d’homme de gauche, entre Constitution fédérale et Sartre.

«Bon sang, mais qu’est-ce que je fais là?» C’est ce que je m’étais mis à penser ce soir lointain d’il y a un quart de siècle, en plein milieu de ma première assemblée politique. C’était à la Maison du Peuple à Lausanne et je venais de me présenter de manière un peu timide à celles et ceux qui allaient devenir mes nouveaux camarades.

Je ne sais pas très bien pourquoi je m’étais résolu intuitivement, affectivement, à prendre parti pour les socialistes, moi qui étais plutôt considéré comme un intellectuel individualiste rédigeant une thèse sur les aspects éthiques encore peu connus de la philosophie sartrienne… Un long processus de réflexions communes avec mes camarades, dont beaucoup sont devenus mes amis, m’a permis depuis de comprendre les origines de ce désir de solidarité.

«L’enjeu pérenne est de se libérer de toute forme d’esclavage, d’aliénation, par une solidarité interpersonnelle.»

Je savais déjà dans mon for intérieur ce qu’expriment si clairement aujourd’hui en Suisse nos textes fondateurs: «La force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres»; une société harmonieuse «mesure sa force au soin qu’elle prend du plus faible de ses membres» (extraits du préambule des Constitutions fédérale et vaudoise). Et je venais de découvrir par Sartre qu’il n’y avait jamais de solitude atomique, mais que des manières d’être ensemble; je saisissais que la bienveillance réciproque était toujours réalisable – par-delà la rareté et les antagonismes – et qu’elle devait se concrétiser sans relâche dans la fraternité.

Le regard tourné vers autrui, en quête de réalisations solidaires, le solitaire que j’étais s’était mis à chercher l’efficacité, le pragmatisme constructif… mais en se défiant de tous les extrémismes dogmatiques et en restant critique à l’égard des solutions miracles. L’enjeu pérenne est de se libérer de toute forme d’esclavage, d’aliénation, par une solidarité interpersonnelle reposant sur un État social responsable.

Coconstruction, consolidation par un dialogue permanent et démocratique des différents courants du parti, et hors du parti dans le respect des règles primordiales du jeu parlementaire… et bien sûr dans le respect des adversaires politiques – j’abhorre les conflits stériles et je m’évertue à écouter les positions divergentes…

Attachement aux valeurs

J’ai bien choisi mon parti. J’y suis attaché parce qu’il admet les nuances dans le cadre de ses choix démocratiques. J’y suis attaché parce qu’il prône le respect et la protection des minorités et de l’environnement, parce qu’il est intimement lié à la formation et à la culture, parce qu’il recherche sans relâche la parité et l’égalité.

Il est l’une de mes manières concrètes d’incarner la profession de foi de la fin des «Mots» de Sartre: «Si je range l’impossible Salut au magasin des accessoires, que reste-t-il? Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui.»

1 commentaire
    P. Milraux

    Y. Salzmann : Se réclamer de Sartre qui rendait ses étudiants dépressifs en leur répétant que la vie n'avait aucun sens et qui n'était lui-même pas un modèle de bienveillance, de joie, de coeur, ce n'est pas une référence. Il ne faut pas précisément s'aliéner à une forme de pensée, négative de surcroît, mais aller son propre chemin, en essayant de garder un certain optimisme. Pensez à Nelson Mandela : après 20 ans de prison c'était encore un homme lumineux et bienveillant.

    Quant au socialisme, occupons-nous déjà de nos compatriotes, c'est le premier pas à faire.