Passer au contenu principal

En attendant la réouvertureLes théâtres sont fermés mais les textes sont éternels

Lancée en 2015, l’excellente collection «Le théâtre de» invite à apprivoiser un auteur en deux heures de lecture. Mais son avenir est incertain.

La collection «Le théâtre de» a consacré des volumes à des auteurs variés, tels qu’Eschyle, Max Frisch, Aimé Césaire et Marguerite Duras.
La collection «Le théâtre de» a consacré des volumes à des auteurs variés, tels qu’Eschyle, Max Frisch, Aimé Césaire et Marguerite Duras.
DR

Les rideaux des salles de spectacle resteront baissés deux mois encore, mais l’art dramatique étend toujours ses tentacules créatifs. En attendant de retrouver les comédiens sur scène, notre seul choix est de «vivre» le théâtre à distance, virtuellement, sur nos canapés… et de lire! Pourquoi ne pas profiter de cette parenthèse pour redécouvrir le répertoire théâtral et faire un peu mieux connaissance avec ses auteurs? Lancée en 2015 par Hélène Mauler et René Zahnd, la collection «Le théâtre de», publié aux Éditions Ides et Calendes à Lausanne, traverse les époques, les aires géographiques, les esthétiques.

Le concept est simple, efficace: «Permettre au lecteur de se faire une idée assez précise de l’œuvre d’un écrivain en deux heures de lecture», résume René Zahnd, ancien directeur adjoint du Théâtre de Vidy, traducteur et dramaturge. Le Vaudois aux multiples casquettes a esquissé son projet alors qu’il enseignait l’histoire du théâtre à l’École des Teintureries, à Lausanne. «Lorsque nous abordions tel ou tel auteur, les étudiants me demandaient souvent un livre de référence. Or, dans certains cas je ne savais pas quel ouvrage leur recommander, raconte-t-il. Par exemple, pour Brecht, il existe une bibliographie énorme, mais on ne parvient pas à conseiller une publication synthétique.» La lacune est désormais comblée pour vingt auteurs – même si Brecht attend toujours son volume!

Choix audacieux

D’Eschyle à Michel Vinaver, la collection dresse un large panorama des écritures dramatiques. «Au début, j’ai établi une liste de cinquante, peut-être soixante auteurs, qui me semblait pertinente, reprend René Zahnd. Puis nous avons reçu d’autres propositions.» Parmi les figures tutélaires du théâtre occidental (Beckett, Ibsen, Maeterlinck, Tchekhov) se glissent des écrivains que l’on n’associe pas d’emblée aux écrits scéniques. Un exemple? «A sa mort, en 1870, il est l’un des dramaturges les plus célèbres de son siècle», rapporte Sylvain Ledda, auteur du volume sur… Alexandre Dumas.

Ses romans de cape et d’épée ont gagné la postérité, mais qui saurait ne citer qu’une seule de ses pièces? Quant à Pier Paolo Pasolini, il est plus connu du grand public pour ses films que pour ses (magnifiques) textes théâtraux, dont «Affabulazione». Audacieux, aussi, le choix de mettre en lumière l’écrivain irlandais John Millington Synge. Aucun essai en français n’avait été consacré jusqu’alors à l’auteur du «Baladin du monde occidental» (1907).

«Notre ligne éditoriale est d’offrir une porte d’entrée à un écrivain de théâtre.»

René Zahnd, codirecteur de la collection

Au terme de la lecture, l’envie démange de courir en librairie pour dévorer les textes de Marguerite Duras, Luigi Pirandello, Max Frisch… Vivants, clairs, concis et richement documentés, les ouvrages s’adressent autant aux mordus de théâtre qu’à un public moins connaisseur. C’est là sa richesse: le contenu tresse habilement la vie et l’œuvre de chaque dramaturge, loin de l’ennui suscité par certaines biographies. «Notre ligne éditoriale est d’offrir une porte d’entrée à un écrivain de théâtre, tout simplement, sourit René Zahnd. Chaque auteur d’un volume y met sa propre patte.»

René Zahnd a fondé la collection «Le théâtre de» avec Hélène Mauler.
René Zahnd a fondé la collection «Le théâtre de» avec Hélène Mauler.
FLORIAN CELLA

Seulement voilà, les dramaturges ne semblent pas attirer un lectorat aussi large qu’espéré, si bien que des nuages commencent à s’amonceler. «Nous sommes en pleine réflexion sur l’avenir de la collection, indique René Zahnd. Nous cherchons donc à atteindre davantage un public d’étudiants et d’amateurs de théâtre.» Mais il concède: «Nous avons monté ce projet à un moment où le texte théâtral n’est plus au centre de la production de spectacles.» La tendance est à l’écriture de plateau ou à l’injection d’extraits dans une création. «Or, la collection est axée sur la notion de répertoire, dans l’idée de monter un texte in extenso.»

«Le théâtre de»Éd. Ides et Calendes