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ScienceLes traumatismes de l’enfance transmis aux descendants

Selon des chercheurs zurichois, les enfants traumatisés risquent de développer plus tard des troubles, puis de les transmettre à leur progéniture par le sang.

Une équipe de l’Institut de recherche sur le cerveau de l’Université de Zurich a démontré que les premières expériences traumatisantes avaient un effet sur la composition du sang (photo prétexte).
Une équipe de l’Institut de recherche sur le cerveau de l’Université de Zurich a démontré que les premières expériences traumatisantes avaient un effet sur la composition du sang (photo prétexte).
Keystone/AP/YESICA FISCH

Les enfants de personnes traumatisées souffrent souvent de maladies. Des chercheurs zurichois spécialistes du cerveau ont découvert que les personnes ayant subi des traumatismes transmettent leurs problèmes de santé à leur progéniture par le sang.

A travers des expériences sur des souris, une équipe de l’Institut de recherche sur le cerveau de l’Université de Zurich (UZH) a démontré que les premières expériences traumatisantes avaient un effet sur la composition du sang. Les chercheurs ont trouvé des différences significatives entre le sang des animaux traumatisés et celui d’un groupe témoin élevé normalement.

Particulièrement frappants, les changements dans le métabolisme des graisses. Ces changements ont ensuite aussi été constatés chez les descendants des animaux traumatisés, qui ont eux-mêmes développé des symptômes liés à ces traumatismes, selon l’étude publiée vendredi par l’UZH. «Une preuve impressionnante que le sang transmet des messages de stress aux cellules germinales», peut-on lire.

Chez les enfants comme chez les souris

Les chercheurs ont regardé si des effets similaires pouvaient se produire chez l’être humain. Pour ce faire, ils ont analysé le sang et la salive de 25 enfants recueillis par SOS Villages d’Enfants au Pakistan et qui avaient perdu leur père et grandi éloignés de leur mère.

«Les expériences traumatisantes de ces enfants sont comparables à celles vécues par notre modèle de souris et leur métabolisme montre des changements similaires dans le sang», explique Isabelle Mansuy, professeure de neuroépigénétique à l’Institut de recherche sur le cerveau de la UZH et à l’Institut de neurosciences de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ).

Transmission par le sperme

Lors d’autres expériences, l’équipe a découvert un mécanisme moléculaire par lequel les facteurs des changements dans le métabolisme des graisses transmettent des signaux aux cellules germinales. Le récepteur PPAR, situé à la surface des cellules, joue un rôle-clé dans ce processus.

Il est activé par les acides gras et régule l’expression des gènes et la structure de l’ADN dans de nombreux tissus. Et les indicateurs dudit récepteur sont plus élevés dans le sperme des souris traumatisées.

L’activation artificielle du récepteur a également entraîné une perte de poids et des troubles du métabolisme du sucre chez les souris mâles et leur progéniture. À partir de ces expériences et d’autres, les chercheurs concluent que l’activation du récepteur PPAR par les acides gras dans les spermatozoïdes joue un rôle important dans la transmission des effets métaboliques induits par le traumatisme.

«Nos résultats montrent que les traumatismes subis en début de vie affectent non seulement la santé mentale mais aussi la santé physique à l’âge adulte sur plusieurs générations», souligne Isabelle Mansuy. Une meilleure connaissance des processus biologiques à l’origine de cet état de fait pourrait à l’avenir aider à prévenir les conséquences tardives des traumatismes.

ats/nxp