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Royaume UniLes travaillistes réunis en grand-messe virtuelle

Le Labour a ouvert ce dimanche son congrès annuel pour la première fois en ligne, coronavirus oblige, tentant de dépasser ses divisions et sa débâcle électorale.

Le nouveau chef du parti travailliste Keir Starmer.
Le nouveau chef du parti travailliste Keir Starmer.
AFP

Cette grand-messe de rentrée virtuelle de la principale formation d’opposition, prévue jusqu’à mardi, après le recentrage opéré par son chef Keir Starmer, est la première depuis le cuisant échec du Labour aux législatives de décembre face aux conservateurs du Premier ministre Boris Johnson et l’arrivée consécutive de Keir Starmer à la tête du parti.

Ce centriste et europhile a été élu haut la main par les militants en avril, succédant au très à gauche et clivant Jeremy Corbyn et s’engageant à relancer la formation d’opposition, affaiblie et divisée sur le Brexit, son positionnement économique et sa gestion de l’antisémitisme en son sein.

Malgré des «tensions» qui demeurent, «il a été capable d’éviter que le parti ne s’enfonce encore plus dans les divisions internes» ayant marqué l’ère Corbyn, estime Simon Usherwood, professeur de politique à l’université de Surrey.

L’exécutif a «perdu le contrôle»

La crise sanitaire liée au SARS-CoV-2, que le gouvernement conservateur est accusé d’avoir mal gérée, faisant du Royaume-Uni le pays le plus endeuillé d’Europe avec près de 42’000 morts, a apporté un appui inattendu à l’ancien avocat de 58 ans, détournant l’attention sur les échecs des Tories.

Keir Starmer a dit dimanche soutenir les efforts du gouvernements pour tenter d’endiguer la résurgence du virus, y compris une amende allant jusqu’à 10’000 livres pour les personnes ne respectant pas la consigne de s’isoler.

Mais il l’a fustigé pour un système de dépistage selon lui déficient, qui n’a pas suffisamment anticipé la forte hausse de la demande de tests avec la réouverture des écoles et des bureaux. «Le gouvernement a désormais vraiment perdu le contrôle du dépistage, il ne sait pas nécessairement où se trouve le virus», a-t-il souligné sur Sky News, réclamant des excuses.

Les attaques régulières de Keir Starmer contre Boris Johnson à la chambre des Communes lui valent même de se tailler un costume de Premier ministrable. Pour la première fois depuis l’arrivée de Boris Johnson au pouvoir à l’été 2019, de récents sondages, dont un YouGov publié juste avant le congrès, placent Labour et Tories au coude-à-coude en termes d’intention de vote à 40%.

Réaliser le Brexit

Pour le chef de l’opposition, le congrès virtuel sera l’occasion de montrer au pays ce que le Labour peut lui offrir afin de reconquérir les votes perdus: «un nouveau leadership». Même si, concède-t-il, le parti doit encore «gravir une montagne» pour espérer accéder au pouvoir lors des prochaines législatives, prévues en 2024.

Mardi, après les allocutions d’autres poids lourds du parti les jours précédents, Keir Starmer doit exposer sa vision pour le Royaume-Uni, se posant clairement comme l’antithèse de Boris Johnson. «Il utilisera son discours pour renforcer sa réputation déjà établie de leader compétent», anticipe Steven Fielding, professeur d’histoire politique à l’université de Nottingham.

Pour la première fois depuis longtemps, le Brexit, source de profondes dissensions au sein des travaillistes, devrait rester au second plan: il s’agit de reconquérir les classes populaires, massivement séduites par le discours anti-UE de Boris Johnson, et dont le vote sera décisif.

«Prêt à mettre au four»

«Le Premier ministre a dit qu’il avait un accord prêt à mettre au four. (...) Il doit tenir parole», a commenté Keir Starmer sur la BBC, alors que les négociations entre Londres et Bruxelles sur un futur accord commercial post-Brexit patinent. «S’il échoue, il doit en assumer la responsabilité».

Mais si Keir Starmer se veut rassembleur, il continue aussi de marcher sur des oeufs. Tout en marquant son empreinte, il se gardera d’entrer trop dans les détails, estime Steven Fielding, de crainte de s’aliéner les militants très attachés au programme radical défini sous Jeremy Corbyn, qui prévoit des nationalisations massives.

A l’aile gauche, «il y a une forte crainte (...) qu’il emmène le parti dans une direction plus modérée», souligne le politologue, ce qui rouvrirait la boîte de Pandore des divisions.

AFP/NXP