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L’impact de la mobilité sur l’environnementLes Vaudois doivent diviser par dix leurs émissions pour atteindre la neutralité carbone

Le Plan climat vise zéro émission nette de CO2 en 2050. Une étude analyse la pollution produite par la mobilité des Vaudois et chiffre les efforts à faire.

Le Vaudois «moyen» a produit 4,3 tonnes de gaz à effet de serre, 11 kilos d’oxyde d’azote et 0,96 kilo de particules fines rien que pour se déplacer durant l’année 2015. Pour rappel, l’objectif du Plan climat du canton de Vaud, comme celui de la Confédération, est d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Il y a encore du chemin à parcourir, si l’on ose dire. «En termes d’émissions de gaz à effet de serre dans le domaine de la mobilité, cet objectif supposerait de diviser au minimum par 10 les émissions actuelles des Vaudois, chiffre Sébastien Munafò qui dirige le bureau d’étude 6-t à Genève. Et cela ne prend pas en compte la croissance démographique attendue dans le Canton.» La mobilité représente 41% de nos émissions de gaz à effet de serre, suivie des bâtiments (39%) et de lagriculture (11%).

C’est la première fois qu’une étude convertit aussi précisément nos distances parcourues en masse polluante (l’étude complète est consultable ici). «Nous sommes sortis de la focale quotidienne, pour prendre la mobilité des Vaudois dans son ensemble sur une année, avec les voyages, les week-ends, etc.», explique Sébastien Munafò. Le bureau qu’il dirige a été mandaté par la Direction générale de la mobilité et des routes, ainsi que celle de l’environnement, pour réaliser cet exercice. «L’intérêt de ce type d’étude est d’identifier les différentes sources d’émissions de gaz à effet de serre et permet une prise de conscience», note Yvan Rytz, le délégué au climat du Canton. Pour Patrick Rérat, professeur de géographie des mobilités à l’Université de Lausanne: «Cette étude quantifie l’effort à faire, cela montre qu’il ne suffira pas de quelques améliorations technologiques pour arriver à la neutralité carbone.»

À y regarder de plus près, les Vaudois sont des bougillons (avant la crise). En 2015, ils ont parcouru, en moyenne et par individu, 26’656 kilomètres. Cela représente une augmentation de 36% par rapport à 2010. Paradoxalement les distances sur le territoire cantonal ont diminué de 8% durant le même laps de temps. Mais les trajets dans le reste de la Suisse ont crû de 66% et ceux à l’étranger de 71%. «Dans les années 2000, avant la crise sanitaire, nous étions dans un contexte de très forte croissance de la mobilité, rappelle Patrick Rérat. Nous avons observé de plus en plus de pendulaires intercantonaux. Les gens préfèrent penduler plutôt que de déménager. Quant à la mobilité de loisir, elle va de pair avec le mode de vie. En Suisse, nous avons une offre aérienne qui est immense et nous vivons dans une région tournée vers l’international.»

Les Vaudois exportent beaucoup leur pollution

Le Plan climat vaudois a été construit sur la base de l’inventaire des émissions territoriales de gaz à effet de serre. «C’est ainsi que sont conçus la plupart des plans climat, selon les prescriptions des Nations Unies, précise Yvan Rytz. Mais cela exclut les trajets en avion puisqu’ils sont principalement effectués à l’étranger.» Justement, l’étude permet de visualiser la forte croissance de ce type de voyages et de l’impact sur l’environnement. Les distances parcourues avec ce mode de transport sont passées de 6158 km en 2010 à 10’687 km en 2015 (+136%), en moyenne par Vaudois. Une grande inconnue réside dans l’après-crise. D’ici deux ans, le secteur aérien aura-t-il la même offre et les mêmes prix qu’en 2015?

«La Suisse est dans le top 3 des pays qui exportent le plus leurs émissions de carbone à l’étranger, soit les deux tiers. En comparaison, les États-Unis n’en exportent que 5%», indique Yvan Ritz. Et les Vaudois sont des Helvètes très pollueurs. Ils ont produit, en moyenne et par individu, une bonne tonne de CO2 de plus que les Suisses, en 2015. La prospérité et le dynamisme du canton jouent évidemment un rôle. On sait que la mobilité et le pouvoir d’achat sont liés, surtout pour la mobilité de loisir. À ce titre, Patrick Rérat estime que l’existence même de cette étude est révélatrice: «Pendant longtemps, on avait une vision très positive de la mobilité. Elle était synonyme de prospérité et de bien-être. Cela évolue. Désormais on commence à voir ses impacts négatifs.»

Les leviers d’action

Les chiffres de l’étude sont «vertigineux», comme le dit le prof d’uni: «Mais il y a aussi un côté rassurant, nous avons de nombreux leviers d’action.» Que ce soit le bureau 6-t ou les spécialistes consultés, tous s’accordent sur les points où il faut faire des efforts. Ce qui est aussi rassurant. La voiture à essence est le principal mode de transport en Suisse. Électrifier le parc automobile ne suffira pas. On doit le réduire. Il faut donc favoriser d’autres modes de transport. L’aménagement du territoire est également une des «clés» de l’équation. Il est nécessaire de rendre «la proximité possible». On commence à parler du concept de la «Ville du quart d’heure», où l’on trouve ce qui est essentiel proche de chez soi. Enfin, nous n’échapperons pas à un questionnement plus personnel sur certains de nos loisirs, pense Patrick Rérat: «Est-ce que cela fait sens de sauter dans un avion pour passer un week-end à Barcelone?»

39 commentaires
    Christian Sinner

    Une fois de plus, ce sont des solutions qui sont recherchées, sur le plan technologique comme d'habitude, puisqu'il semble que la technologie sauvera l'humanité...et la planète. Quand insistera-t-on sur l'indispensable sobriété de tous, la sortie de l'hubris : cela passe par un changement radical au fond de soi, de son intériorité?