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AboGrosses chaleurs
«Les villes doivent remplacer les voitures par des arbres»

Entretien avec Laurent Guidetti, architecte et apôtre de la végétalisation urbaine.
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Laurent Guidetti estime que cette nouvelle canicule prouve que nos villes sont inadaptées aux vagues de haute chaleur. «Il faut donc penser autrement le développement de la cité», affirme cet architecte lausannois qui milite pour «une révolution territoriale». Il propose ainsi de «remplacer les voitures par des arbres». Cette végétalisation de l’espace urbain implique un changement de nos comportements: favoriser un urbanisme forestier, réduire nos déplacements, travailler proche de notre domicile, utiliser les transports publics.

Les canicules font partie désormais de notre quotidien. Quel constat en tirez-vous?

L’association actif-trafiC a récemment pris des mesures de température à Genève. Il faisait 35 degrés à l’ombre, 64 au soleil et 83 sur le capot d’une voiture au centre-ville. Il y faisait donc plus chaud que dans la vallée de la Mort aux États-Unis. Ce qui prouve bien que nous avons atteint des extrêmes qui demandent des adaptations profondes et urgentes.

Lesquelles?

En diminuant la part des voitures en ville qui sont une des sources importantes de production de chaleur. L’idée n’est pas de supprimer la circulation, une ville est faite de flux de personnes et de marchandises. Mais pourquoi autant et pourquoi occupe-t-elle tout l’espace public? Nos rues ont été transformées en autoroutes et parkings. La ville de Lausanne compte 90’000 places de stationnement, c’est gigantesque. 85% de l’espace ouvert des quartiers sous-gare ou des Alpes est attribué aux voitures, c’est énorme. Ces surfaces qui sont confisquées doivent être utilisées pour nous adapter aux futures vagues de canicule.

Comment?

Il faut végétaliser cet espace routier. Y planter des arbres, des arbustes, des bosquets. Chaque situation est différente. La place Bellerive, à Lausanne, pourrait ainsi devenir un jardin. Chaque place de parc individuelle, un îlot de fraîcheur. Ces propositions d’aménagement qui diffèrent d’un quartier à l’autre sont valables pour toutes les villes du canton.

Quels sont ces effets miracles de la végétation?

Il y a d’abord l’indice de canopée, soit la couverture de l’ensemble des feuilles de l’arbre qui créent de l’ombre. Dans les villes du sud, les rues sont parfois recouvertes de draps. Il y a aussi les effets d’évapotranspiration: les arbres créent de l’humidité, ce qui favorise une climatisation naturelle. Il y a enfin le sol et le système racinaire des arbres qui permettent le stockage de l’eau. Le sol des forêts peut en contenir jusqu’à 90% de son volume. Tout ceci participe au rafraîchissement global.

Vous parlez d’urbanisme forestier.

Effectivement. Planter un arbre isolément par-ci par-là ne sert pas à grand-chose. Il faut les multiplier et créer des liens végétaux entre eux. L’écosystème forestier est complexe. Ce qui pose, cette fois-ci, la question du sous-sol, qui est rempli de canalisations, de câbles, de fibres optiques. Ces éléments entrent en concurrence avec la végétation. La végétalisation passe aussi par la dépollution des espaces souterrains.

Que répondez-vous aux commerçants qui craignent la désertification des centres-villes?

Je les invite à ne pas avoir peur. La voiture ne favorise pas le commerce. Des études sérieuses réalisées en Suisse et en Europe montrent, au contraire, que la piétonnisation des zones commerciales fait venir des clients et améliore le chiffre d’affaires. C’est une constante.

Et que dites-vous à ceux de la campagne qui affirment ne pas pouvoir se passer de voiture?

Ils sont les bienvenus en ville, s’ils se déplacent en transport public. Moi j’ai choisi de vivre à Lausanne pour justement me passer de véhicule privé. Je ne vois pas pourquoi ceux qui ont choisi de vivre dans les zones périurbaines doivent imposer aux citadins les conséquences de leur choix en matière de pollution, de bruit et de tout ce que l’automobile a comme impact sur le bien commun.

Dans certaines périphéries, les transports publics se font pourtant rares.

C’est un fait. Nous sommes tous victimes des conséquences de septante années de mitage du territoire. Nous devons continuer de nous battre pour améliorer l’offre en transport public et en mobilité douce. Les communes périurbaines doivent massivement investir dans les infrastructures. Cela fait trente ans que je milite – avec d’autres depuis plus longtemps encore — pour une végétalisation des espaces urbains. Qu’on le fasse, enfin!

Citez-moi une ville idéale.

La ville de Ghardaïa, en Algérie, a dû répondre aux chaleurs extrêmes. Les rues y sont étroites et toutes à l’ombre. Les logements sont organisés autour d’une cour intérieure, avec une fontaine au milieu. Les habitants dorment sur le toit la nuit. La journée, leurs maisons ventilées naturellement sont plus fraîches. Ils se sont adaptés à leur climat extrême, en se passant des voitures.

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