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La Une | Lundi 21 octobre 2019 | Dernière mise à jour 15:33

Bon alors, le foulard on n'en parle plus?

SociétéLa polémique sur le port du foulard en France semble loin. Entre désir de tolérance et révolte, pas facile de prendre position.

Image: AFP

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Et voilà, c’est réglé. La question du foulard et tout ce qui en découle: est-ce que ça humilie les femmes ? Est-ce de la soumission ? Tout le monde fait comme si on avait fini d’en parler, c’est plus un sujet à la mode. Mais moi, j’ai même pas eu le temps de savoir ce que j’en pensais, j’ai pas eu le temps de me situer, comme femme contemporaine de notre Europe, paraît-il, libérée. J’ai même pas eu le temps de placer tout ça dans ma culture.

Alors je fais comme les autres, je me promène dans mon doute, avec d’un côté la pulsion révoltée d’une femme libre: mon droit à mettre un short si ça m’amuse en me demandant pourquoi la fille en face, toute recouverte de tissu, personne lui dit qu’elle en a le droit aussi, et de l’autre côté, la pulsion révoltée d’une femme libre: mon droit à me recouvrir de tissu moi aussi si ça m’amuse.

Tolérance, droit à la différence

Parfois, je me laisse surprendre, j’ouvre la porte d’un magasin et paf ! Là, devant moi, deux mètres de tissu noir avec un nez au milieu. Dans ces moments là, j’ai l’impression que je m’y ferai jamais, et c’est vrai que quand tu sors du cinéma avec des idées de glace au yaourt à une terrasse pour te remettre du film qui t’a bien faite flipper et que t’as Belphégor qui apparaît dans le couloir, ça peut faire sursauter.

Alors je pense mixage des cultures, je réfléchis tolérance, droit à la différence, tout ça. Donc la question se repose: mais alors, le foulard, de quelle culture ça vient ? C’est quoi, exactement, comme tradition ? C’est quoi son origine ? Est-ce que c’est de la soumission ou est-ce que c’est du droit simple qui dit, en gros, que je m’habille comme je veux et je t’emmerde ?

Différence culturelle

Et là encore, mon cerveau de petite parisienne qui lit des magazines où on nous parle de tout mais surtout en disant rien, se met à vouloir plus. Je repense à mes voyages, ces sublimes villages de l’Afrique où les femmes portent un pagne autour de la taille, avec cette multitude de colliers multicolores qui révèlent une féminité incontestable pendant souplement entre leurs seins nus. Je suis pas choquée, je trouve ça beau, naturel, normal. Et bien sûr, je me dis que ces femmes aussi, à Paris, elles ont leur droit à la différence culturelle, que les seins nus, en pleine canicule du mois d’août, c’est pas con.

Automatiquement, ça me vient: que se passerait-il dans nos rues de ville occidentale si des femmes aux seins nus se promenaient en affichant leur droit à la différence culturelle et au «je me déshabille comme je veux et je t’emmerde» ? Je crois que notre bonne vieille France serait bien capable de nous ressortir ses lois sur l’attentat à la pudeur et la différence culturelle serait balayée sans discours.

Nous tolérons certaines différences lorsqu’elles répondent à nos bons vieux instincts de soumission de la femme: tu peux la recouvrir tant que tu veux, la femme, et même complètement, on appellera ça de la tolérance. On veut bien la tolérance, mais avec une limite. La limite, c’est quand on dépasse les bornes. Le T-shirt à manches courtes avec un décolleté plongeant, c’est dans la limite, les seins nus, c’est out. Et dans l’autre sens, une femme entièrement couverte jusqu’à ne laisser passer que les yeux, c’est pas out ?

Quelle angoisse

La limite, je la vois se déformer chaque jour et ça me plait pas. Ma jolie copine Diglee (alias Maureen Wingrove), auteure de BD, jeune femme libre, je l’ai vue, moi, s’habiller en fille, avec ses shorts, ses jupettes, ses chaussures qui font mal au pieds, ses jolis hauts en couleur. Elle est ravissante et elle choque pas, elle est officiellement largement dans la limite convenue depuis les années 60. Mais pour elle aussi, passé l’an 2000, la limite a bougé. Il y a aujourd’hui du nouveau mâle qui en a décidé ainsi. Ça l’insulte en pleine rue, ça proclame son «droit de la baiser puisqu’elle s’habille en pute». Si c’était un cas isolé, on pourrait penser qu’elle a croisé plusieurs gros connards et que c’est pas de bol.

Mais quand on regarde de plus près, qu’on lit les témoignages, ça vous glace le sang. Toutes, ou presque toutes les jeunes femmes qui vivent naturellement le droit de porter des mini-jupes et je vous emmerde subissent de nos jours des agressions verbales d’une violence insoupçonnée. Et ça me fait peur, tout ça. Parce que je ne veux pas que ma fille, quand elle sera grande, se recouvre de tissu parce que c’est sa seule chance de tolérance dans notre putain de Paris si libéré.

Illustratrice de talent, auteure de plusieurs livres et bandes dessinées pour la jeunesse, Hélène Bruller qui dit être «née clown», vit désormais à Paris après avoir résidé plusieurs années à Genève du temps de son mariage avec Zep (avec qui elle a eu deux enfants). Elle a notamment écrit les textes du «Guide du Zizi sexuel», les «Minijusticiers», et, en bande dessinée,«Les autres filles et leurs mecs», «Je veux le prince charmant» et d'autres albums. Sa nouvelle de BD est paru mi-janvier 2014 : «Starfuckeuse».

Créé: 18.09.2014, 11h19

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