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La Une | Lundi 16 septembre 2019 | Dernière mise à jour 13:12

L'argent, seul moyen de concilier vie pro et vie familiale?

Table-rondeLe club Business&Professional Women (BPW) organisait le 29 avril une table ronde emmenée par des pointures, toutes féminines. Récit des défis évoqués et des solutions abordées pour être à la fois mère et leader.

En Suisse, aujourd'hui encore, il est quasi inenvisageable de mener une carrière à 100% de front avec une vie familiale. A moins d'avoir les ressources financières pour s'offrir l'infrastructure qui fait tourner la maison pendant votre absence.

En Suisse, aujourd'hui encore, il est quasi inenvisageable de mener une carrière à 100% de front avec une vie familiale. A moins d'avoir les ressources financières pour s'offrir l'infrastructure qui fait tourner la maison pendant votre absence. Image: DR

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L'Equal pay day, cette journée fixée cette année au 7 mars, jour où une femme en Suisse a gagné le salaire d'un homme atteint au 31 décembre de l'année précédente, c'est elles: BPW, Business Professional Women. Un club qui fédère environ 400 membres en Suisse, et des dizaines de milliers à travers le monde. Son but? Parler des préoccupations des femmes de notre temps. Le 29 avril au soir, devant une salle pleine à craquer à Lausanne, BPW a réuni des pointures pour parler leadership au féminin.

Sur le podium, rien de moins que Janet Voute, responsable des Affaires publiques chez Nestlé; Susanne de Zordi Bernkopf, membre du conseil d'administration de PricewaterhouseCoopers; Manon Schick, directrice générale d'Amnesty International Suisse; Marika Fenley, adjointe diversité à la Direction de l'Université de Lausanne. Il y a même un homme qui n'est pas là pour donner le change, mais bien pour apporter son expertise: Paul Vanderbroeck, auteur de Leadership Strategies for Women (photo ci-dessous).

Le débat, Comment inventer le leadership féminin, n'a pas débuté qu'une question linguistique se pose déjà pour présenter Susanne de Zordi Bernkopf: «chairman or chairwoman?». «Chairperson!», tranche intelligemment le seul homme de l'assemblée.

La Suisse très en retard

«Je vais être politiquement incorrecte mais la Suisse est incommensurablement en retard», lance Janet Voute. Et Marika Fenley d'illustrer par des chiffres implacables: seuls 4% des postes à pouvoir exécutif sont occupés par des femmes en Suisse. Depuis 1996, c'est la stagnation: 29,6% de femmes dans des postes dirigeants contre 34,4% en 2011. Enfin, 38% de l'écart salarial entre hommes et femmes ne s'explique pas. Il est donc clairement discriminatoire: 20% de cet écart provient du secteur privé et 12% du secteur public.

A ces chiffres, répond l'infrastructure défaillante de la Suisse: le casse-tête de l'absence de cantines systématiques dans les établissements scolaires; le manque cruel de places en crèches; l'absence d'accueil para-scolaire et last but not least, le syndrome de la mère parfaite qui, souvent en Suisse, même extrêmement qualifiée, vit très mal l'abandon temporaire des bambins sur l'autel du boulot.

A cet égard, une participante dans la salle souligne la pertinence du dernier livre d'Elisabeth Badinter, Le Conflit, la femme et la mère (photo ci-dessous). Là où l'indice de fécondité est moindre - Suisse, Allemagne, Espagne, Italie, la culpabilité des femmes et la tendance à vouloir être une mère parfaite est forte. Tandis que les mères françaises et anglaises s'avouent d'emblée vaincues et supportent l'idée d'être une mère imparfaite, tout en donnant bien sûr le meilleur d'elles-mêmes, elles font plus d'enfants.

Malgré tout, certaines femmes réussissent à mener de front carrière professionnelle et vie familiale épanouie. C'est le cas de Janet Voute qui a 3 filles, ou de cette participante, pédiatre, mère de 4 enfants, aujourd'hui au seuil de la retraite, et qui a toujours travaillé à 100%.

Mais pour se donner les moyens d'atteindre un certain niveau de responsabilités, encore faut-il en avoir les moyens, fait remarquer à juste titre une participante. On peut en effet se libérer pour se consacrer pleinement à son travail pour peu qu'on s'offre les services d'une maman de jour qui récupère les enfants entre midi et deux, puis à la sortie de l'école. Ou encore ceux de quelqu'un qui s'occupe du ménage, du repassage, etc. Bref, de quoi faire tourner la boutique durant votre absence a un coût.

Ne pas jouer au «mec»

Une des clés pour espérer grimper les échelons au boulot? «Se faire connaître et non pas d'attendre d'être découverte», estime Paul Vanderbroeck. Une fois le poste atteint, l'expert en leadership conseille de ne pas tomber dans le piège qui est de «se comporter comme un mec» mais de trouver son propre style car à la longue, si «on n'est pas naturelle, il finit par y avoir une inadéquation avec le profil recherché», explique-t-il encore.

Au passage, Paul Vanderbroeck met en avant un atout féminin: les femmes ont tendance à mieux communiquer qu'un homme. Elles ont un esprit plus consensuel, ajoute Janet Voute.

Manon Schick, directrice de la section suisse d'Amnesty International, a gravi les échelons un à un. Elle est devenue un exemple pour de nombreuses Romandes.

Discrimination positive

Et sans doute sont-elles plus patientes aussi. La carrière de la directrice d'Amnesty International Suisse, Manon Schick (photo Keystone ci-dessus) est en tout cas exemplaire à cet égard. D'abord simple bénévole à Amnesty International, elle en est devenue la porte-parole, puis la directrice de programme Médias/Lobbying, un poste qu'elle a dû, à l'époque, à une politique pro-active en faveur des femmes «J'ai dû ce poste-là à la discrimination positive!», avoue-t-elle, amusée.

En effet, pour être crédible dans ses combats mondiaux pour l'équité des femmes, Amnesty a mené une politique délibérément pro-féminine. Ainsi, ce poste brigué par Manon Schick était-il uniquement réservé aux femmes.

Aujourd'hui, la vapeur s'est même inversée. «A présent, cinq des six postes-clés sont occupés par des femmes», reconnaît Manon Schick. Et un phénomène persiste: le syndrome de LA stagiaire et non pas DU stagiaire. La directrice d'Amnesty International explique: «Toutes les stagiaires sont des femmes parce que les hommes postulent d'emblée pour des vrais postes!». Quitte à brûler les étapes?

Journaliste depuis 10 ans, Marion a repris la responsabilité éditoriale des Quotidiennes. Battante sans pareil, elle est engagée pour les conditions de travail des journalistes aux côtés de la plus grande organisation professionnelle de Suisse, impressum, en tant qu'administratice de l'Association genevoise des journalistes. Polyglotte, Marion est interprète communautaire bénévole pour les migrants arrivant à Genève. Mordue d'actualité et amoureuse des mots, Marion est par ailleurs maman d'un enfant en bas âge et compte bien nous faire partager ici ses (més)aventures de jeune mère.

Créé: 30.04.2014, 16h50

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