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Faut-il imposer des quotas féminins en entreprise?

EntreprisesLes femmes à accéder aux postes à responsabilités dans les firmes suisses sont plutôt rares. Tour d'horizon chez nos voisins.

Image: Keystone

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L’éternelle question à laquelle personne n’a encore de véritable réponse: faut-il imposer des quotas pour admettre davantage de femmes aux positions d’influence dans le monde des affaires ou compter sur la bonne foi des entreprises ? Dans certains pays, comme la Norvège, des quotas de genre sont entrés dans la législation (un seuil de 40% est imposé dans les conseils d’administration depuis 2008); dans d’autres, les recommandations d’appliquer des quotas volontaires pleuvent de partout: les gouvernements, les investisseurs et les entreprises elles-mêmes.

Helena Morrissey, CEO de Newton Investment Management (Angleterre) et mère de neuf enfants (quelle capacité à jongler!), a récemment déclaré devant un public attentif à New York que le sujet devait être considéré dans la perspective d’une bonne stratégie d’affaires et non d’un point de vue strictement féminin.

Instigatrice d’un mouvement ayant pour but d’augmenter la proportion de femmes dans les conseils d’administration à au moins 30% en Angleterre, Mme Morrissey a fondé le 30% Club UK en 2010. Elle se trouvait à New York pour promouvoir un club semblable aux États-Unis, avant de s’implanter dans d’autres pays. Elle est convaincue que la diversité au sein des conseils d’administration améliore les décisions, réduit les risques et soutient la profitabilité des entreprises, avec un meilleur rendement pour les actionnaires. Le club anglais a dû connaître un certain succès, parce que le taux de femmes directrices dans les conseils en Angleterre a passé de 12,5% en 2010 à 21,6% en mai 2014.

Suisse mal placée

Comment se débrouillent les femmes en Suisse ? Franchement, leur situation n’est pas très glorieuse ! Selon un rapport publié par GMIratings en 2013 sur le taux des directeurs féminins au sein des conseils d’administration dans 45 pays, la Norvège, la Suède et la Finlande sont en tête du peloton, suivis par la France (18,3%). Les États-Unis, en 16e place, ont un taux de 14% et la Suisse (18e place) de 10% (le taux moyen dans les pays industrialisés est de 11,8%).

Et, si l’on compare ce chiffre avec la participation des femmes au travail en Suisse, qui est de 46,2%, on doit se poser la question suivante: pourquoi n’y a-t-il pas plus de femmes à accéder aux postes à responsabilités? Surtout si l’on sait qu’elles sont fortement représentées dans les universités et hautes écoles suisses. Malgré cela, dans les entreprises, plus on monte dans la hiérarchie, plus elles se font rares.

C’est principalement pour cette raison que la Commission Européenne envisage d’imposer des quotas au sein des entreprises dans l’Union Européenne. Si les femmes les mieux formées (souvent au prix des contribuables en Suisse) quittent le monde du travail, cela peut être considéré comme une perte pour la société. Pourtant, le sujet des quotas reste controversé: la plupart des femmes préfèrent être promues en raison de leur mérite, plutôt qu’en vertu d’une loi, et certains hommes craignent qu’une femme moins qualifiée leur soit préférée si des quotas sont imposés. Cependant, malgré des années d’incitations volontaires, les résultats restent médiocres et décevants.

En retard sur l'Union européenne

Le 8 mars, Journée de la Femme, le journal anglais The Economist a publié un indice intitulé «Glass-Ceiling Index» (le plafond de verre en français), pour démontrer dans quels pays les femmes ont le plus de chances d’être mises sur un pied d’égalité au travail. Cet indice rassemble des statistiques sur l’instruction supérieure, le taux d’occupation des femmes au travail, les salaires, le coût de la garde d’enfants, les droits de maternité, le nombre de candidatures aux écoles de cadre (type MBA) et leur représentation dans des postes à responsabilités élevées.

Les pays nordiques (Norvège, Suède, Finlande), suivis par la Pologne et la Nouvelle-Zélande, sont considérés comme les pays où ces critères sont les mieux remplis. La France se trouve en 6e position et la Suisse en 25e place sur 27 pays, juste avant le Japon, qui est loin d’être une référence pour l’égalité des femmes! Même si des efforts sont déployés pour réduire l’écart des salaires entre les hommes et les femmes pour un poste équivalent, selon l’OCDE, la Suisse reste encore à la traîne, loin derrière ses voisins, la France, l’Italie et l’Espagne.

Quelles sont les raisons de ces écarts suisses en comparaison avec la moyenne européenne? Est-ce la fiscalité, qui décourage des femmes à accepter certaines promotions ou les encourage à ne travailler qu’à temps partiel ? Est-ce le système scolaire, qui n’est toujours pas standardisé et qui n’offre que très rarement la possibilité pour les enfants de manger à l’école et d’y rester après les heures obligatoires ? Tout semble fait pour rendre difficile l’accès au travail pour les femmes. Et pourtant, la représentation des femmes en politique en Suisse à tous les niveaux est élevée ! On pourrait donc se demander si elles agissent suffisamment en faveur de leurs congénères pour améliorer leur sort.

Passionnée par les voyages et la rencontre avec d’autres cultures, Suzanne Rosselet est active dans le monde académique et celui des affaires. Fondatrice de Global-Competitiveness Consulting, elle enseigne la compétitivité nationale et d’entreprise et agit en tant que consultante pour divers gouvernements et entreprises. Américaine d’origine, Suisse d’adoption, cette économiste est titulaire d’un diplôme de Stanford University et d’un doctorat en relations internationales de la Geneva School of Diplomacy. Suzanne Rosselet a également été pendant 12 ans la directrice adjointe du World Competitiveness Center de l'IMD Business School.

Créé: 15.08.2014, 15h01

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