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La Une | Mercredi 16 octobre 2019 | Dernière mise à jour 13:24

Quand la féminité revient au galop

Garçon manquéNotre chroniqueuse, qui se décrit comme un garçon manqué, nous raconte ses aventures douteuses chez le coiffeur, sa tentative de pose de faux ongles, et sa dernière visite chez l'esthéticienne.

Mieux vaut une petite couche de vernis que des faux ongles rouges collés à la «super glue».

Mieux vaut une petite couche de vernis que des faux ongles rouges collés à la «super glue». Image: (photo d'illustration)/Reuters

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Ce n’est un secret pour personne: je ne suis pas l’incarnation de la féminité synonyme de délicatesse, d’élégance, de jupes, de talons hauts, de maquillage et de longs cheveux parfumés à la fraise des bois.

J’appartiens à la race de celles que l’on appelle «les garçons manqués». C’est comme ça. Depuis toujours. Mais si, durant mon enfance, je trouvais vraiment qu’il me «manquait» quelque chose, j’ai compris en grandissant que ce n’était pas un manque, mais un plus.

L’habit ne fait pas la nonne

Je suis une vraie fille qui a tendance à vivre selon les codes que la société associe à la force obscure du mâle. Je suis une inconditionnelle du jeans-baskets-labello ; mes cheveux sont souvent courts et, quand ils sont longs, une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Mon attitude, ma façon de m’exprimer ou de marcher, mon langage fleuri, mes fréquentations, etc. sont plutôt yang que yin.

L’équipement de motarde que je porte presque toute l’année et l’absence de maquillage renforcent encore cette image d’amazone à tel point que, lorsque je décide de me mettre sur mon 31 (en fille, avec tous les attributs susmentionnés), on ne me reconnaît pas! Et pourtant…

J’adore le rose, Roch Voisine, les films romantiques, les fleurs que mon amoureux m’offre, les bijoux, les robes de mariée et je ne cache pas ma fascination pour les cosmétiques et les parfums. Le seul fait d’ouvrir un pot de crème ou un flacon et d’en respirer le contenu me calme.

Des expériences «capillo-ethnologiques»

Comme toute ethnologue qui se respecte, j’aime m’aventurer dans les territoires inconnus, et c’est toujours au nom d’une curiosité insatiable que j’ai mené, ici ou ailleurs, les expériences les plus diverses en matière d’artefacts esthétiques.

Déjà intéressée pas les mises en beauté exotiques, j’ai, dans les années 90, poussé la porte d’un salon de coiffure africain avec l’idée saugrenue de me faire des tresses avec ajouts synthétiques. Si aujourd’hui ce genre de demandes est monnaie courante, ce n’était pas le cas il y a plus de vingt ans. En voyant le peu de volume de mes cheveux raides, la coiffeuse a dû penser que je n’en avais pas beaucoup et que le travail serait vite fait. Grave erreur…

Après une journée entière passée entre ses mains, elle n’avait tressé que la moitié de ma tête. J’y retournai le lendemain et ce n’est qu’avec l’aide de deux autres dames et après 14 heures au total qu’elle parvint à me fixer plus de 300 tresses sur le crâne. Je me retrouvai donc avec une sorte de casque de nattes qui ressemblaient à des ficelles de saucisson vaudois.

Il fallut le même nombre d’heures à ma maman pour m’en libérer, six semaines plus tard. Dans l’aventure, j’ai perdu la moitié de mes cheveux qui ont eu l’amabilité de repousser.

Après une première tentative capillaire colorée qui me fit prendre conscience que le violet piqué de pointes de roux ne m’allait décidément pas au teint, j’ai réitéré l’expérience de décoloration quelques années plus tard. Si cette fois la coiffeuse, au bord de la crise de nerfs, est parvenue à me teindre en blonde après cinq longues heures passées en sa compagnie, le résultat, un peu douteux, fit dire à mon frère, bourré d’humour, que je ressemblais à une punk d’Allemagne de l’Est des années 70.

J’ai testé pour vous

Que dire de la fois où une copine dominicaine m’a posé de vrais faux ongles… Je n’étais pas très convaincue et mon intuition se confirma brusquement lorsque, après m’avoir collé dix griffes rouges, elle rangea un petit tube sur lequel était écrit «super glue». Quand j’ai voulu retirer ces prothèses, j’ai bien cru qu’il faudrait m’arracher les ongles…

Ma nature intrépide me fit également tester l’épilation au sucre (une vraie torture), la crème à base de curcuma (qui vous fait un teint non pas épatant, mais hépatique), le tatouage des mains au henné (qui s’efface sur la peau, mais pas sur les ongles) et un débroussaillage des sourcils à l’indienne (avec deux fils entortillés qui remplacent la pince de brucelles) réalisé par une jeune femme très enthousiaste (surtout avec le sourcil gauche). Quand elle me tendit fièrement un miroir, je découvris un résultat asymétrique qui me donnait l’air d’un Picasso atteint d’un fort strabisme.

Chassez le naturel…

Je reste pourtant attirée par ce monde du féminin exacerbé. Preuve en est: la semaine dernière et après des années de non-fréquentation, j’ai pris rendez-vous dans un salon d’esthétique pour un nettoyage du visage avec option extension de cils.

Dans cette ambiance feutrée fleurant bon les huiles essentielles, éclairée par des lumières douces et distillant en continu une musique relaxante, une fille magnifique et silencieuse m’a massé la tête et les mains avant de m’oindre de toutes sortes de potions et de coller des faux cils sur les miens. Je flottais dans un bien-être ouateux jusqu’au moment où le miroir me renvoya l’image d’un regard de Bimbo qui n’était autre que le mien!

«Sans contrefaçon, je suis un garçon » chante la rousse androgyne. J’ajouterai qu’entre la plénitude des sens et le plein d’essence, mon cœur balance.


Magali Jenny (Photo: Carlo Sanna) est l'auteure du best-seller «Guérisseurs, rebouteux et faiseurs de secret en Suisse romande», paru aux éditions Favre en 2008 et réédité onze fois depuis. Cette passionnée d'ethnologie vient d'obtenir son Doctorat en Science des religions du Département des sciences de la société, des cultures et des religions à l'Université de Fribourg où elle vit. Les Quotidiennes sont ravies d'accueillir sa plume!

Créé: 10.09.2014, 09h26

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