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La Une | Mercredi 16 octobre 2019 | Dernière mise à jour 00:26

Quand la loi des séries s'acharne, on attend que ça passe

Pas de chanceNotre chroniqueuse a eu de la poisse ces dernières semaines. Heureusement, elle sait comment laisser passer l'orage.

Image: Keystone

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Avez-vous déjà entendu parler de «la loi des séries»? Dans le langage populaire, cette expression décrit une suite de tracasseries qui surviennent dans un laps de temps relativement court.

Quand la loi des séries fait irruption dans votre vie, les solutions pour faire face à ce mauvais passage ne sont pas nombreuses: tenter de positiver et attendre que cela passe; s’énerver, se lamenter et attendre que cela passe; conjurer le sort en faisant toutes sortes d’incantations et en se couvrant de grigris (et souvent de ridicule) et attendre que cela passe; prendre immédiatement rendez-vous chez un marabout ou un désenvoûteur et attendre que cela passe…

Première étape

Je vous raconte: il y a quelques jours, j’ai pris le monospace de mon frère pour aller le chercher, lui et sa petite famille à l’aéroport de Genève. Constatant que le réservoir était aux trois quarts vide, j’y mets pour une somme substantielle de la benzine sans plomb 95 en partant de Fribourg. Dans les tunnels de Lausanne, le véhicule flambant neuf commence à toussoter ; rien d’inquiétant toutefois.

Juste après Rolle, un bouchon me force à ralentir. Quand je redémarre, le minibus se met en mode rodéo, comme s’il devait secouer une cargaison d’Orangina. Pied au plancher, la vitesse record frise les 2 km/h. Clignotants, feux de panne; je suis sur la voie de gauche, mise en travers sur la piste de droite; coups de klaxon intempestifs de la part des autres conducteurs, je passe entre les gouttes et arrive à me garer sur une aire de stationnement où la voiture s’arrête net.

Que se passe-t-il? Ma maman qui m’accompagne suggère du bout des lèvres qu’«on aurait peut-être dû mettre du diesel». J’ouvre le clapet du réservoir et je découvre avec horreur une inscription plus que visible: DIESEL!

Bon. En femmes d’actions, nous organisons les secours. Une dépanneuse vient nous chercher. Le moteur démarre, mais le monospace n’avance plus. Le mécanicien nous rassure en disant que cela «arrive au moins dix fois par semaine» et que, si le moteur réagit, c’est que ce n’est pas si grave. On nous organise deux voitures de location pour rapatrier le reste de la famille (les parents et trois enfants, plus les valises, quand même). Malgré les circonstances, le retour est joyeux. Tout le monde se rit de la gaffe.

Trois heures après la panne, les vacanciers sont à la maison et nous avons même déjà rendu les deux voitures de location. Fin de la première étape.

Episodes 2 et 3

Lundi, mon frère m’appelle pour me communiquer que les frais de réparation se situent dans une fourchette de 3'000- à 8'000- et qu’ils ne seront pas pris en charge par l’assurance du véhicule, ni par ma RC. Je suis responsable, je paierai… Adieu, veaux, vaches, cochons, vacances, shopping, etc. Le deuxième épisode est salé!

Mercredi, contre toute attente, le garage revient sur son expertise: après avoir été nettoyé et purgé, le bus a démarré sans problème. Coût de la réparation: 641.- Ouf. Adieu insomnies et culpabilité. Je rentre tranquillisée à la maison et j’ouvre une lettre de l’agence de location des voitures de dépannage. Le libellé me fait froid dans le dos: griffures du côté conducteur, aile endommagée en divers endroits. On me demande de remplir une déclaration d’accident et l’on précise que les frais de réparation seront à ma charge! Or, sur les trois heures d’utilisation du véhicule, je ne l’ai quitté que trente minutes. Il est donc impossible que je sois responsable des dégâts dont on m’accuse.

Jeudi, après une nouvelle nuit d’insomnie, je me rends au bureau de l’agence. Quand j’explique la raison de ma visite, en jurant devant tous les saints du calendrier et les prenant à témoin que je n’y suis pour rien, l’employé sourit et m’annonce que le cas est réglé et que «l’accident» a eu lieu sur le parking de l’agence. Je ne sais pas si je dois l’embrasser ou lui arracher les yeux pour m’avoir fait si peur. Le troisième chapitre se termine plutôt bien.

Suite et fin?

Je rentre à la maison et je décide de faire les paiements du mois. Sur mon compte, un seul de mes trois salaires a été versé. Impossible d’obtenir des explications, les bureaux étant fermés durant l’été. Quatrième événement encore en suspens.

Le soir, je ne peux rien avaler et j’ai de la fièvre. Tisanes, repos et régime forcé. Cinquième mésaventure, mais je positive: je serai toute mince pour partir en vacances! Le lendemain, sans aucune raison, la télévision et le téléphone tombent en panne! Sixième déconfiture, toujours pas résolue aujourd’hui.

Le jour d’après, je me sens un peu mieux et je décide d’aller prendre une bonne douche. J’enlève mon pull et constate avec stupeur que mon ventre et mon dos sont couverts de taches rouges! Vraisemblablement une allergie, mais à quoi, je n’en ai pas la moindre idée. Septième accrochage qui, pour l’heure, m’intrigue plus qu’il ne m’inquiète.

Dans deux jours je pars en vacances. J’hésite encore entre: un fou rire qui me guérira de tout; faire la marmotte, m’endormir au fond de mon canapé et ne plus bouger; dissimuler dans ma valise une patte de lapin, un fer à cheval, un trèfle à quatre feuilles et mon ramoneur, ou y placer une tête de poulet sanguinolente sur laquelle un sorcier vaudou aura fait les incantations nécessaires…

Ma décision est prise: une fois à Rome (si j’y arrive) j’irai mettre une bougie à la basilique Saint-Pierre… en attendant que cela passe.


Magali Jenny (Photo: Carlo Sanna) est l'auteure du best-seller «Guérisseurs, rebouteux et faiseurs de secret en Suisse romande», paru aux éditions Favre en 2008 et réédité onze fois depuis. Cette passionnée d'ethnologie vient d'obtenir son Doctorat en Science des religions du Département des sciences de la société, des cultures et des religions à l'Université de Fribourg où elle vit. Les Quotidiennes sont ravies d'accueillir sa plume!

Créé: 11.08.2014, 14h45

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