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La Une | Lundi 14 octobre 2019 | Dernière mise à jour 14:03

Pénurie de main-d’œuvre: où sont les femmes ?

EmploiAprès la votation du 9 février, plusieurs réformes sont mises en avant pour maintenir la compétitivité de la Suisse. Notamment l'intégration des femmes sur le marché du travail.

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La décision du souverain de mettre un frein à l’immigration de travailleurs étrangers remet sur le devant de la scène la question de l’intégration des femmes et des «seniors» dans le marché du travail pour palier à la pénurie de main-d’œuvre avérée dans bien des domaines. Avant même le 9 février, le vieillissement de la population aurait exigé, à lui seul, une réponse coordonnée et volontaire. Il s’agit de passer de la parole aux actes et d’en finir avec les tergiversations, autant du côté des employeurs que du législatif et des femmes elles-mêmes. Regardons les faits.

Le temps partiel est très élevé auprès des femmes

Les femmes représentent 45% de la population active en Suisse. Celles de la jeune génération sont autant qualifiées, si ce n’est davantage, que leurs pairs masculins. Où est donc le problème ? La réponse réside entre autres dans le travail à temps partiel. Celui-ci est très répandu auprès des femmes, tant est que la Suisse occupe le deuxième rang au sein de l’OCDE.

«Plus de trois quarts des femmes vivant en Suisse et ayant des enfants de moins de quinze ans exercent une activité professionnelle. Toutefois, seules 13 % des mères travaillent à temps complet, alors que cette proportion est de 89 % chez les pères.»

Constater que le potentiel est encore sous-exploité ne suffit point. Le temps partiel est-il le fruit d’un choix personnel ou est-il dicté par des freins externes ? Les deux, vraisemblablement. «On peut certes évoquer des choix personnels, mais il ne faut pas oublier que les femmes cadres se heurtent à un certain nombre d’obstacles qui ralentissent leur insertion et leur ascension professionnelle. Mentionnons notamment le coût élevé et la rareté des structures de garde des enfants, un taux d’imposition marginal effectif dissuasif, des conditions de travail peu flexibles et un écart salarial net de 7% en leur défaveur» relève Richard Dutu du Desk suisse, Département des affaires économiques à l’OCDE.

Ces freins sont connus, mais les mesures tardent aussi bien de la part des communes, des cantons que des employeurs. Selon une étude de l’Office fédéral des assurances sociales, parue en 2012, 27% des mères ayant renoncé à un travail rémunéré l’ont fait parce qu’elles ne parvenaient pas à concilier vie familiale et professionnelle. Elles évoquent la difficulté de trouver des places en crèche, leur prix élevé et le refus des employeurs d’aménager les horaires de travail. Ce dernier point est d’autant regrettable que le job-sharing, le télétravail et les horaires flexibles ne sont pas encore suffisamment rentrés dans les mœurs, malgré l’appel réitéré des faîtières de l’économie.

Nombre insuffisant de femmes dans les positions dirigeantes

«Il semble que la culture prévalant dans de nombreuses entreprises – et qui est, en partie, le reflet de la société – souffre parfois de stéréotypes tenaces liés au genre» relève non sans courage Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch, Directrice du Secrétariat d’État à l’économie SECO. Davantage de femmes au pouvoir favoriserait-il pour autant l’ascension de leurs consoeurs ? Parfois oui, parfois non. Minoritaires dans des structures encore très masculines, certaines préfèrent en rester au statu quo par crainte d’être taxées de féministes.

Trop peu de femmes dans les sciences «dures»

Soyons optimistes et partons du principe que les obstacles permettant une meilleure conciliation vie professionnelle-vie familiale soient levés et que les mentalités évoluent. Encore faudrait-il que la formation et la carrière des femmes correspondent davantage aux besoins de notre tissu économique, axé sur l’innovation dans des secteurs exigeant une formation dans l’ingénierie et l’informatique notamment. A l’heure actuelle, les femmes sont encore surreprésentées dans l’action sociale, l’enseignement, la psychologie, les langues et la santé. Comme relevé à plusieurs reprises par economiesuisse, entre autres, il s’agit donc de rendre les filières scientifiques et techniques plus attrayantes aux yeux des filles et ce, dès l’école obligatoire.

Discriminations salariales à éliminer

Richard Dutu invoque l’écart salarial brut en faveur des hommes, qui s’établit à 19% en moyenne, en tant qu’autre frein à l’implication des femmes dans l’entreprise. «Certes, il tend à se réduire (malgré une légère hausse ces dernières années) et les deux tiers de ces disparités s’expliquent facilement par des différences de formation ou d’expérience. Néanmoins, un tiers (environ 7%, soit l’écart net) reste inexpliqué. Cette inégalité décourage les femmes de s’investir davantage sur le plan professionnel». Il serait temps de lever l’incertitude et de procéder de manière proactive et volontaire aux ajustements nécessaires. Ce ne sont pas les instruments qui manquent, à l’instar de l’outil proposé par l’Union patronale suisse ou la Fondation Equal Pay Salary.

A défaut d’une évolution rapide et convaincante, les employeurs helvétiques se verront imposer des décisions politiques telles que les quotas dans les conseils d’administration voire à l’échelon de la direction. Il sera alors trop tard pour invoquer l’efficacité des mesures volontaires et les conséquences néfastes d’une ingérence étatique. L’acceptation du libéralisme et du libre marché par le souverain exige plus que jamais de la cohérence et un sens des responsabilités.

Source: la Vie économique (juin)

Cristina Gaggini a passé son enfance entre Genève et Lugano avant de s'installer à Lausanne. Titulaire d'une licence en sciences politiques, d’un diplôme fédéral supérieur de «Conseillère en relations publiques» et d’un diplôme de «Directeur de communication» du Sawi, elle a démontré son intérêt pour l'économie suisse en débutant son parcours professionnel à l'Osec Business Network Switzerland, qui a pour mission d'aider les PME suisses à développer efficacement leurs relations commerciales internationales. En novembre 2008, Cristina Gaggini rejoint Economiesuisse et en est la directrice romande depuis le 1er avril 2009.

Créé: 30.06.2014, 09h38

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