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La Une | Mercredi 13 novembre 2019 | Dernière mise à jour 14:31

Devenir une femme engagée en politique: pourquoi pas?

EngagementLe Bureau de la Promotion de l’Egalité genevois (BPE) propose cinq ateliers de formation à choix pour les femmes qui souhaitent s’engager en politique. Une centaine de femmes ont suivi ces soirées avec beaucoup d’intérêt. Une riche pépinière d’enthousiasmes qui ne demandent qu’à grandir et prospérer!

Image: DR

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Je viens de suivre ces cinq ateliers, gracieusement offerts par le BPE à la population féminine genevoise, qui ont connu un beau succès. Une occasion exceptionnelle de rencontrer des femmes de tous les âges et de tous les bords politiques, issues de milieux socioprofessionnels très différents. Un biotope particulièrement intéressant pour apprendre et observer quelles sont les différences entre hommes et femmes !

Dans notre société, dans les assemblées de partis, dans les conseils municipaux, dans les parlements cantonaux, fédéraux ou européens, ce sont encore majoritairement les hommes qui parlent et les femmes qui écoutent. Même s’il faut reconnaître les efforts remarquables que font les partis socialistes et écologistes pour donner la parole et encourager les femmes à prendre leur place dans l’échiquier politique !

Il est intéressant de rappeler que les études montrent que les femmes choisissent leur métier ou leur parti par vocation et en raison de leurs préférences personnelles, alors que les hommes font plutôt ce choix dans le but de réussir socialement, de gagner de l’estime ou de l’argent. Motivations de base bien différentes, qui vont encourager les hommes à se mettre plus facilement en avant. Savez-vous qu’un homme refuse rarement une proposition d’avancement ou une promotion, alors qu’une femme hésite et doute longuement de ses capacités à assumer de nouvelles responsabilités avant de les accepter ? Il est dommage que tant de prudence et de réserve prennent le dessus sur les compétences et l’intelligence féminines.

Ne pas sous-estimer ses capacités

Comment donc aider les femmes à prendre confiance en elles ? Les émotions rendent-elles les femmes plus fragiles et vulnérables que les hommes, qui ont appris très tôt à les cacher, les refouler et les maîtriser ? Ces rencontres ont permis aux nombreuses participantes de prendre conscience de leur tendance à sous-estimer leurs capacités et les acquis de leurs expériences de vie.

Première étape de ces ateliers, définir des règles de fonctionnement communes : le respect, l’écoute, le non jugement, la confidentialité, le partage dans la confiance, et une belle dose d’humour et de rires.

Deuxième étape : expliciter ses motivations à s’engager en politique, rendre plus conscientes ses angoisses, ses doutes, ses freins, mais aussi ses forces, sa légitimité, ses richesses.

Troisième étape : s’entraîner à prendre la parole devant d’autres femmes, exposer ses convictions et ses projets, ses envies et ses craintes, est un exercice très utile et fécond. Nous nous sommes observées ensemble pour prendre conscience de notre langage non verbal et de nos attitudes corporelles qui révèlent si vite notre gêne ou notre timidité. Grâce à une belle dynamique de groupe féminine, nous avons été encouragées à surmonter nos réticences et nos peurs.

S'entraîner et s'exercer

Les acquis ont été très divers et variés. Apprendre les différentes ficelles des médias, les règles du journalisme, l’importance d’être disponible, d’oser créer la polémique et affirmer ses idées publiquement. Se méfier des réseaux sociaux qui peuvent nuire à votre réputation et ternir votre image sociale en quelques clics. Organiser sa campagne politique, se dégager du temps, redéfinir ses priorités, et surtout apprendre à demander et à déléguer. Savoir faire le tri entre ce qu’on peut dire ou garder pour soi, entre sa vie privée et sa vie publique. Découvrir qu’il ne suffit pas d’être intelligente et de parler distinctement pour qu’on nous écoute, et que seuls l’entraînement et l’exercice permettent de gérer le stress et l’inévitable trac. Rassurez-vous, Mesdames, les hommes aussi ont la trouille d’être exposés et critiqués !

Il existe de nombreuses méthodes pour apprendre à mieux gérer nos tensions internes et ne pas se laisser submerger par ses émotions. L’essentiel est de trouver le moyen de s’amuser pour avoir du plaisir à parler en public. Avoir l’air crédible, soigner son image, bien préparer ses discours, oser mettre du sel dans les débats et se démarquer, intéresser les auditeurs et les électeurs, tous sont des ingrédients indispensables pour gagner et augmenter sa visibilité politique.

Nous avons été rendues attentives à l’importance de notre réseau de contacts et à nos capacités exceptionnelles à créer du lien. Les femmes sont particulièrement douées pour les relations, elles savent entretenir leurs amitiés, se construire un réseau étendu et soigner leurs contacts. Elles sont souvent disponibles pour se rendre service. Découvrir cette forte capacité de solidarité féminine fut la plus belle leçon de ces ateliers.

«Sexisme ordinaire»

Les hommes sont solidaires entre eux depuis des siècles et défendent ainsi leurs intérêts et avantages. Ils ont naturellement la position de dominants, alors que les femmes sont constamment soumises aux stigmates du «sexisme ordinaire». Comment faire pour que, lorsqu’une femme est enfin nommée à un conseil d’administration ou à un poste haut placé, on ne se demande pas d’abord : «c’est la femme de qui ?»… Nous avons découvert que nous pouvons nous serrer les coudes, nous encourager et nous soutenir, pour relever tous ces défis.

Quand j’étais députée au Grand Conseil genevois, entre 1997 et 2001, nous avions développé des liens forts entre femmes de tous les partis. Nous nous sommes régulièrement réunies, dans le but de faire avancer les projets qui nous tenaient à cœur. C’est ainsi que nous avons réussi à faire passer l’allongement du congé maternité cantonal de 8 à 16 semaines, qui a ensuite été suivi sur le plan fédéral. Ce qui fut une victoire magnifique que nous avons célébrée toutes ensemble. Unies, nous pouvons mieux nous faire entendre et défendre nos arguments communs.

Ces cinq soirées ont permis de prendre conscience que nous pouvons être de «sacrées nanas», que nous avons une foule d’idées intéressantes, que nous sommes capables d’être courageuses et entreprenantes, et que le meilleur moyen de s’engager est de le faire ensemble ! Alors, rendez-vous à notre prochaine soirée de réseautage, pour rencontrer des politiciennes aguerries et expérimentées, qui sauront répondre à toutes les questions de celles qui hésitent encore à se lancer dans le champ de bataille politique.

Docteur Juliette Buffat est psychiatre et psychothérapeute FMH, spécialisée en sexologie, gynécologie-obstétrique psychosomatique et en thérapie de couple. Cette médecin a toujours été préoccupée par la santé des femmes au sens large et 24 heures se réjouit qu'elle ait accepté de rejoindre récemment les chroniqueuses des Quotidiennes.

Créé: 24.10.2014, 10h06

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