L'Etat frappe fort pour le bien des cochons
La maison Annen, dénoncée dans une vidéo sordide, se voit lourdement sanctionnée par le Conseil d'Etat et décide de cesser son exploitation.

Le Conseil d'Etat vaudois veut frapper un grand coup pour restaurer l'honneur de la filière porcine du canton. «Je ne supporte pas le principe d'une punition collective», s'enflamme Philippe Leuba, en charge des questions liées à l'agriculture et aux animaux depuis deux mois.
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L'édito:Pour que le cochon ne se morde plus la queue
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La récente vidéo de la Fondation Mart (notre édition du 10 août) montrant des cochons qui se dévorent la queue dans un hangar sombre a ravivé la polémique de l'automne dernier. En cause, toujours la même maison Annen, qui comprend une dizaine d'entités dans le canton. Cette entreprise se trouve désormais dans le viseur de l'administration et de la justice. A tel point qu'elle décide de fermer (lire ci-dessous). Philippe Leuba a exposé jeudi la batterie de mesures que le Conseil d'Etat a validées mercredi. Outre les sanctions contre la famille Annen, le gouvernement intensifie ses encouragements à élever les porcs dans des conditions décentes.
Punir la récidive
Le Conseil d'Etat n'a pas du tout apprécié que la famille Annen, sanctionnée en septembre déjà, récidive. Après la vidéo de la Fondation Mart, tournée les 5, 6 et 7 août, un premier contrôle a été opéré dans la foulée par le vétérinaire cantonal. Cela n'a débouché sur aucun constat d'infraction. Cette conclusion a été contestée par Mart qui a maintenu que les porcs étaient maltraités.
Face à ce hiatus, Philippe Leuba a décidé d'une action inédite: contrôler les 23 porcheries Annen simultanément. «Ça ne s'est jamais fait dans le canton et probablement même pas dans toute la Suisse», précise le conseiller d'Etat. Le 18 août, la méga-opération a été menée par le service vétérinaire, aidé par celui de l'agriculture. Résultat: de nombreux manquements comme le manque de propreté, d'espace, de luminosité ou de soins et le «cannibalisme».
Le vétérinaire cantonal, Giovanni Peduto, précise que ce type de comportements dans les porcheries est un «phénomène» et que l'on ne peut ainsi pas parler de «cas de cannibalisme». Les cochons se mordillent, se mordent, voire se mangent la queue par ennui (c'est nous qui utilisons ce mot). L'éleveur, poursuit le vétérinaire, a la responsabilité d'«apprécier» les situations et d'isoler les animaux blessés, tandis qu'il doit lui donner du «matériel d'occupation» pour éviter les agressions entre eux. Le 18 août, des cochons aux queues rongées ont été découverts, mais pas dans une mesure aussi grave que celle montrée dans la vidéo de Mart.
Qu'importe. Pour avoir récidivé dans la maltraitance, la maison Annen est dénoncée à la justice. Plainte pénale est déposée par l'Etat pour maltraitance animale répétée.
Sept mesures dites «vétérinaires» sont en outre prononcées. Parmi elles, l'arrêt temporaire de mise en place de nouveaux porcs dans cinq sociétés du conglomérat Annen, la diminution de l'effectif de 30%, le retrait de certaines patentes. Sur ce dernier point, les personnes incriminées auront cependant le droit d'être entendues et pourront réclamer des effets suspensifs, comme le veut la procédure.
Parallèlement, dix mesures «administratives» s'ouvrent concernant l'indépendance des sociétés en relation avec la famille Annen. L'Etat veut savoir qui fait quoi et jusqu'où les lois agricoles sont respectées. A cet égard, des réductions de paiements directs ont déjà été décidées pour plusieurs porcheries. Tandis que l'Office fédéral de l'agriculture est saisi pour un «dépassement de l'effectif maximal».
Promouvoir la filière
L'action du Conseil d'Etat ne se limite pas à la famille Annen. Le financement pour les contrôles est doublé, tandis que les subventions incitatives pour les éleveurs soucieux de se former prennent l'ascenseur. Il s'agit, dit Philippe Leuba, de favoriser les porcheries «paille et soleil». L'élu est convaincu qu'à terme les éleveurs auront de la peine à écouler les porcs qui n'ont jamais vu le soleil. Soucieux d'assurer un financement de tout ça dans le temps, le Conseil d'Etat décide que le fonds de 4 millions débloqué en 2015 pour aider les éleveurs à se mettre aux nouvelles normes fédérales sera reconduit en cas de besoin et après audit. Seuls les exploitants formés seront aidés.
Présent jeudi à la conférence de presse, le directeur de Prométerre, Luc Thomas, estime que le processus d'amélioration de la filière sera «long et compliqué» dans un contexte économique où les éleveurs sont soumis à rude pression. Les grands distributeurs sont notamment en cause, qui se dégagent des marges importantes et tiennent globalement le couteau par le manche. Quant à la famille Annen, le représentant des agriculteurs note que c'est un acteur «atypique» de par sa structure mais aussi dans ses comportements: «Les manquements de ce producteur peuvent s'expliquer mais pas être excusés. Le milieu professionnel est fâché. La situation des Annen ne reflète pas la réalité de l'élevage porcin dans ce pays.»
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Kate Amiguet dépose une plainte pour calomnie
La justice examinera les images filmées dans la porcherie Annen, à La Praz, près de Romainmôtier, les 5, 6 et 7 août. L'auteure elle-même de la vidéo, qui montre des animaux blessés et des scènes de cannibalisme, en a décidé ainsi. Kate Amiguet, créatrice et directrice de la Fondation MART (Mouvement pour les animaux et le respect de la Terre), a en effet déposé jeudi matin une plainte pénale pour calomnie et diffamation contre «les producteurs porcins Annen».
Elle avait déjà transmis une dénonciation en raison de la maltraitance des animaux. «Les producteurs ont lancé des accusations contre nous en mettant en cause l'authenticité des images. Selon eux, elles n'auraient pas été tournées à la date que nous avons indiquée. Nous attendions que M. Annen dépose la plainte pénale pour diffamation qu'il avait annoncée. Une telle procédure serait l'occasion de prouver l'authenticité de la vidéo. Comme nous souhaitons sortir nos preuves, nous ne voulons plus attendre. Nous avons donc décidé de saisir la justice», déclare Kate Amiguet.
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Willy Annen, exploitant des porcheries mises en cause par la fondation MART, dont celle de La Praz, avait effectivement annoncé qu'il déposerait une plainte pour calomnie, diffamation et violation de domicile contre les auteurs de la vidéo. Il ne l'a pour l'instant pas fait, admet son avocat, Me Stefan Disch. «Nous n'avons aucun doute sur le fait que l'auteure de la vidéo était sur place», affirme l'homme de loi. Alors, où est le problème? «Nous sommes en train d'analyser les images pour autant que cela soit possible. Nous avons recensé entre 45 et 47 séquences juxtaposées, réalisées de nuit, pour une vidéo de 6 minutes. Nous devons en vérifier la provenance car nous doutons que toutes ces séquences aient été tournées au moment indiqué. Le montage de cette vidéo montre des choses qui ne correspondent pas à ce que les services vétérinaires ont constaté dans les 24 heures qui ont suivi», explique Me Disch, qui annonce une probable plainte une fois les vérifications terminées.
Selon la Fondation MART, les porcs blessés ont été enlevés avant le contrôle par les services vétérinaires: «Nous espérons que la justice pourra se déterminer sur la disparition soudaine des cochons blessés», déclare Kate Amiguet. Quelles preuves de l'authenticité de son action détient-elle? La directrice de MART évoque les métadonnées des images numériques, le témoignage d'une personne présente au moment du tournage ainsi que la triangulation de la position de son téléphone portable par rapport à une antenne relais. «J'ai encore une preuve ultime», affirme-t-elle. Laquelle? «Je la garde pour la justice.»
L'Association Pour l'Egalité Animale (PEA) a publié cette autre vidéo mettant en cause deux porcheries vaudoises (janvier 2017).
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