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Cabinet de curiositésL’exotisme suisse et d’ailleurs scruté à travers des jumelles

Après «Cosmos», les Musées de Rumine dévoilent leur deuxième expo commune.

L’exposition «Exotic?» se décline dans quatre salles, au Palais de Rumine.
L’exposition «Exotic?» se décline dans quatre salles, au Palais de Rumine.
KEYSTONE

Dans une vitrine, un économe, ustensile iconique dans nos contrées. Plus loin, une statuette de Bouddha, un fossile de poisson, une météorite vieille de 4,55 milliards d’années. Qu’est-ce qui relie tous ces objets exposés au Palais de Rumine, à Lausanne? Les trois commissaires de l’exposition «Exotic?» se gardent bien de nous donner des clés de lecture dans cette première salle aux allures de cabinet de curiosités. Une question, en guise de prologue: «Pour vous, visiteurs, qu’est-ce qui est exotique?»

«Les images des lieux et des populations dits exotiques produites au XVIIIe siècle sont toujours présentes»

Noémie Étienne, co-commissaire de l’exposition

Après «Cosmos», les trois Musées cantonaux hébergés dans le Palais de Rumine (archéologie et histoire, géologie et zoologie) dévoilent leur nouvelle exposition commune articulée autour de cette notion complexe, porteuse d’interrogations et de polémiques. Riches de 150 pièces issues de plus de trente musées et collections suisses, l’expo règle la focale sur le XVIIIe siècle. Pourquoi le siècle des Lumières? «Parce que les images des lieux et des populations dits exotiques produites à cette époque sont toujours présentes», répond Noémie Étienne, co-commissaire. Mais alors, l’exotisme, c’est quoi? «Rien ne l’est en soi, tout est question de regard.»

Le Nââkwéta, dit «hache ostensoir», ramené de Nouvelle-Calédonie par Benjamin Delessert.
Le Nââkwéta, dit «hache ostensoir», ramené de Nouvelle-Calédonie par Benjamin Delessert.
MCAH

C’est donc à travers une paire de jumelles, percée dans la cloison de la belle scénographie, que nous découvrons la deuxième salle – cœur scientifique du propos. Déclinée en quatre sections, elle raconte l’histoire de ces explorateurs improvisés partis arpenter des contrées lointaines. Les objets ethnographiques (lire encadré), géologiques, botaniques ou zoologiques qu’ils ont ramenés dans leurs bagages charrient eux aussi leur lot d’histoires passionnantes. Comme cet objet ramené d’Océanie par le Vaudois Benjamin Delessert, formé d’un disque fixé à un bâton de bois et décrit comme une «hache ostensoir». Les Calédoniens, eux, le nomment Nââkwéta.

Objets controversés

«Cette pièce est en fait une métaphore de la rencontre entre la mer et la Terre, qui narre l’histoire de la Nouvelle-Calédonie, souligne Noémie Étienne. La présenter comme une hache lui donne une connotation violente qu’elle n’a pas.» Et le terme d’ostensoir? «Nous l’interprétons comme une pique aux catholiques, accusés d’idolâtrie par les protestants.»

«Cette pièce est en fait une métaphore de la rencontre entre la mer et la Terre, qui narre l’histoire de la Nouvelle-Calédonie, souligne Noémie Étienne. La présenter comme une hache lui donne une connotation violente qu’elle n’a pas.» Et le terme d’ostensoir? «Nous l’interprétons comme une pique aux catholiques, accusés d’idolâtrie par les protestants.»

Parmi cette kyrielle d’objets hétéroclites, plusieurs pièces véhiculent des propos colonialistes, esclavagistes, racistes. Fallait-il les exposer? «Nous y avons réfléchi longuement, rapporte Noémie Étienne, puis nous avons fait le choix de les montrer, de ne pas épurer l’histoire. Un espace muséal se doit d’aborder ces questions.» Les objets controversés sont accompagnés d’une mise en contexte historique. Un exemple? Une petite statuette en bronze figure un homme à la peau noire représenté de manière grossière et portant une lourde pendule sur son dos. À côté, la notice nous éclaire: «Le corps des personnages non blancs et leur représentation deviennent le support de discussions scientifiques autour du terme «race» […]». Cet objet est d’autant plus intéressant que, comme le fait remarquer Noémie Étienne, il en existe un exemplaire similaire représentant un paysan suisse. Le paysan suisse est-il lui aussi exotique? Réponse dans la salle suivante.

La Suisse, une Arcadie

Renversement de point de vue dans ce troisième espace. Oui, la Suisse des Lumières est exotique. «La population des villes commence à s’intéresser aux montagnes, explique Étienne Wissmer, co-commissaire. La Suisse devient alors une Arcadie, notamment à travers la peinture.» Aux cimaises, une toile de Franz Niklaus König, «Le Staubach dans la vallée de Lauterbrunnen», symbolise parfaitement cette image d’Épinal. Quant à l’imagerie idéalisée du paysan, elle se déploie dans le papier peint de Pierre-Antoine Mongin, «La Petite Helvétie».


Le dernier espace invite à la respiration. Assis sur des coussins, dans une installation de l’artiste Marie van Berchem. Avant de revenir sur nos pas et de revoir les objets de la toute première salle. Notre regard a-t-il changé?

Lausanne, Palais de RumineJusqu’au 28 fév. 2021www.palaisderumine.ch

1 commentaire
    Alexandre

    Exposition à charge, pile-poil dans l'air d'un temps déraisonnable ou le révisionnisme relativiste et la chasse au sorcières sont les conditions sine qua none d'une carrière universitaire.

    Les textes sérigraphiés sur les parois dignes d’un univers orwellien valent à eux seuls le détour ! Pour rire ou... hélas, plutôt pour pleurer.

    Outre une laborieuse explication de texte sur la très récente connotation péjorative du mot "nègre" (Le mot est encore utilisé brut de fonderie dans plusieurs chansons de Gainsbourg dans les seventies) on y dénonce à satiété en vrac : le suprémacisme blanc, l'ethnocentrisme européen et l'esclavagisme imputable aux petits blancs et aux petits blancs seuls, cela va de soi... suisses qui plus est, pour le fun, on en est plus ici à une surcouche près.

    Des historiens qui devraient pourtant se féliciter d'avoir (outre du boulot...) sous la mains les artefacts exposés, dons de ces « ignobles » ancêtres suprémacistes... Si, si, si! "SUPRÉMACISTES" est bel et bien placardé aux murs de Rumine ! LOL!

    Ceci dit, abstraction faite des légendes, les pièces exposées composent un chouette cabinet de curiosité digne d'un gentil homme du XVIIIe, UNIVERSALISTE...