Histoire d’une colline / Dernier épisode (suite)L’héritage du Corbusier reste béton
La fascination des constructeurs romands pour le béton, rare matériau que peut produire le sol suisse, est une histoire d’amour qui dure depuis un siècle.

Une «monoculture du béton» dans l’architecture romande ? Oui, tranchent les historiens de l’architecture. Mais surtout une fascination des constructeurs de chez nous pour le béton, ce mélange de calcaire et de marne, l’un des rares matériaux de construction que produise notre sous-sol. Au point que, de barrages en viaducs, le béton armé des infrastructures des Trente Glorieuses finisse par se doter d’un revêtement tout patriotique.
En fait, les architectes se prennent de passion pour les premiers bétons armés dès le début du siècle. Des villas, des ponts et des ateliers vont expérimenter cette matière nouvelle, en partie grâce à la proximité des architectes avec les ingénieurs, les deux métiers étant très liés dans les formations supérieures, sous influence allemande. «Une spécificité suisse», relève Dave Lüthi, professeur d’histoire de l’architecture et du patrimoine à l’UNIL.
Emballement
Tout s’emballe après-guerre. «Les architectes vont développer chez nous une connaissance très fine des différents types de bétons et de leurs propriétés», note Bruno Marchand, professeur honoraire de l’EPFL. Il cite les exemples de l’Expo 64, de l’aula des Cèdres de Jean Tschumi, des lotissements de Halen (BE), et évidemment du Corbusier mais plus à l’étranger. C’est l’époque de l’expérimentation des formes, mais aussi du «brutalisme», l’essor du béton brut de décoffrage.
L’un des héritiers, c’est le fameux Anthropole du campus de Dorigny. Construit en 1987, il ira jusqu’à soigner le choix des veines du bois de coffrage, soignant les teintes et les reflets des parois de béton pur.
Viendra ensuite un grand retour à la fin des années 90, dont l’inertie se voit encore aujourd’hui. «Les architectes vont vouloir retrouver le minimalisme des années 50 et les racines de l’architecture moderne, poursuit Bruno Marchand, avec des volumes de béton qui donnent beaucoup de rhétorique aux formes des bâtiments. Plusieurs ateliers vont laisser des corpus remarquables, encore récemment. Il y aura également l’école tessinoise, comme celle de Luigi Snozzi, dont les élèves conservent les manières de faire.»
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