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Produits du terroirL’huile de noix vaudoise décroche le Graal en devenant protégée

En moins de deux semaines, les membres de la filière qui veulent revaloriser le produit ont reçu le soutien étatique puis la très rare Appellation d’origine protégée (AOP).

Jean-Luc Bovey, directeur du Moulin de Sévery, et Julien Bugnon, agriculteur à Cottens, posent devant un panier de noix vaudoises. Le fruit à coque vient recevoir coup sur coup son AOP et le soutien étatique pour en faire un véritable produit du terroir vaudois.
Jean-Luc Bovey, directeur du Moulin de Sévery, et Julien Bugnon, agriculteur à Cottens, posent devant un panier de noix vaudoises. Le fruit à coque vient recevoir coup sur coup son AOP et le soutien étatique pour en faire un véritable produit du terroir vaudois.
Vanessa Cardoso

Pour un entrepreneur, un projet qui met treize ans à aboutir ressemble à une éternité. S’il concède des phases de découragement sur le très long chemin de l’Appellation d’origine protégée (AOP), le propriétaire du Moulin de Sévery Jean-Luc Bovey n’en mesure que davantage la valeur du certificat couronnant sa démarche remis mardi dans son fief. «C’est un aboutissement qui doit certes à ma volonté, mais à l’appui d’une petite équipe qui a toujours été à mes côtés, puis des agriculteurs qui ont cru au concept en acceptant de planter des noyers dans leurs champs il y a près de dix ans, alors que la première récolte ne va tomber que cet automne.»

Onze mille arbres plantés

De la fierté entoure donc cet AOP qui permet à l’huile de noix – vaudoise! – de rejoindre le gruyère, le pain de seigle ou le Vacherin Mont d’Or, avec l’espoir d’être mieux reconnu mais aussi protégé des contrefaçons. Il faut dire que les planètes n’en finissent plus de s’aligner pour les promoteurs de la noix cantonale, puisqu’en plus de cette distinction prestigieuse, le Grand Conseil vient d’accorder un crédit de 1,4 million (montant doublé par la Confédération) pour soutenir la filière vaudoise qui a déposé un projet de développement régional agricole, lequel aboutira au traitement des fruits de 11000 noyers plantés ces dernières années de la Broye à la Côte et qui seront traités par trois centres de collecte à Cossonay, Chevroux et Lovatens. «Ce sont deux éléments distincts, mais qui tombent simultanément», précise Jean-Luc Bovey, qui préside l’interprofession, laquelle réunit trois huileries et une bonne trentaine d’agriculteurs. «On fabriquait déjà de l’huile en 1598 et cette tradition mérite d’être entretenue, ce que montrera notre sentier didactique de la future «Maison de la Noix» qui verra le jour à Sévery.»

C’est l’aboutissement de 13 ans de travail et une grande fierté aujourd’hui

Jean-Luc Bovey, président de l’Interprofession de la noix vaudoise

Pour ces derniers, la perspective de voir les noix mieux rétribuées grâce à l’AOP est réelle, puisqu’on évoque une hausse du prix d’achat de 20% dès l’automne. Un risque payant pour ceux qui ont vu les arbres pousser sans rien offrir en retour pendant huit ans, comme pour Julien Bugnon, agriculteur à Cottens. «À l’époque, je cherchais déjà à diversifier mon domaine et j’ai été séduit par le projet, ce qui m’a fait planter 650 noyers et aussi m’équiper en conséquence avec une machine pour les ramasser. Je me réjouis donc de la première récolte en octobre et pour la région du pied du Jura (ndlr: à laquelle il faut aussi associer la Broye), il y a un mélange de cohérence et de fierté à alimenter l’huilerie voisine qui transforme nos vergers en un produit haut de gamme. Il y a un très fort engouement autour de cette démarche.»

Paysage redessiné

À tel point que le paysage entre Cossonay et Aubonne est en train – par endroits – de changer de visage, quand on observe ces étendues d’arbres en plein milieu des prairies autrefois réservées à l’herbe, au blé et au colza. «On sent que de nombreux acteurs ont réussi à se fédérer autour du Moulin de M. Bovey et c’est un élément indispensable à la réussite d’un produit du terroir, dont le but est d’être commercialisé», relève Alain Farine, directeur de l’Association suisse des AOP-IPG. «Une étape importante a été franchie mais il reste la plus délicate qui est celle de bien positionner l’huile de noix auprès des consommateurs. Mais je suis convaincu qu’il y a un potentiel très intéressant en Suisse romande mais aussi alémanique, ce qui nécessitera d’être actif sur le front du marketing, mais le moment est idéal avec un retour au «local» qui est observé dans notre pays.»