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AboInterview d’un astrophysicien
«L’idée d’une vie extraterrestre n’est pas si folle»

«Quand quelque chose reste trouble, c’est la porte ouverte aux spéculations sur les extraterrestres.»
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Bien que les chercheurs sondent l’espace depuis de nombreuses années à la recherche de signaux extraterrestres, leurs efforts ont, jusqu’à maintenant, été vains.

Harald Lesch, né en 1960 en Allemagne, est astrophysicien, philosophe de la nature et animateur de télévision. Après avoir étudié la physique et la philosophie, il a travaillé à l’Institut de radioastronomie Max Planck à Bonn et a enseigné en tant que professeur invité à l’Université de Toronto, en 1992, avant d’obtenir son habilitation, en 1994. Il enseigne aujourd’hui la physique et la philosophie à Munich.

Son dernier livre, «Die unheimliche Stille» («Le silence sinistre», non traduit en français), coécrit avec Harald Zaun, porte sur les supercivilisations extraterrestres. Pour le professeur Harald Lesch, ce silence des civilisations lointaines peut s’expliquer par de bonnes raisons.

Harald Lesch: «Le sujet de la vie extraterrestre permet d’atteindre un plus large public et, ainsi, de faire la promotion de son travail (ndlr: scientifique).»

Pourquoi la question de la vie extraterrestre est-elle autant à la mode?

C’est l’ex-président des États-Unis Barack Obama qui a éveillé l’intérêt du grand public lors d’une interview. À l’époque, il avait confié qu’en observant le ciel on pouvait parfois constater des phénomènes inexpliqués. Le terme officiel est Unidentified Aerial Phenomena. Établie depuis longtemps déjà, la communauté des observateurs d’ovnis a immédiatement dégainé l’hypothèse extraterrestre, et internet a servi de caisse de résonance. En outre, les services secrets britanniques et américains ont déclassifié plusieurs rapports sur des ovnis. Et, plus récemment, des objets volants de forme cylindrique à l’origine trouble ont été signalés aux États-Unis. Or, quand quelque chose reste trouble, c’est la porte ouverte aux spéculations sur les extraterrestres.

«Les agences spatiales aiment parler de la recherche de vie, car c’est sur cette partie de la recherche qu’il est le plus facile de communiquer.»

Pourquoi ces dossiers secrets existent-ils et pourquoi des extraits en ont été publiés?

Comme chacun le sait, les États surveillent leur espace aérien et analysent les données des stations radars ainsi que les témoignages de pilotes. Cela permet d’expliquer certains phénomènes, mais pas tous. Ils sont alors conservés dans des dossiers. Mais, finalement, les indices d’activités extraterrestres n’ont jamais rien donné. Ces dossiers sont en fait assez ennuyeux.

Pourtant, ces dossiers ennuyeux semblent susciter l’intérêt. La publication de dossiers supposément spectaculaires sur les ovnis pourrait-elle également servir à détourner l’attention d’autres sujets?

Il y a certainement de cela. Cela permet de détourner l’attention du grand public pendant un certain temps. Je pense aussi que les gouvernements cherchent à se montrer transparents avec ce genre de révélations.

Mais qu’en dit la science? La NASA et l’ESA justifient de nombreuses missions par la recherche de vie dans l’espace, sur Mars, sur les exoplanètes ou sur les lunes de Jupiter. L’idée qu’il puisse y avoir une vie extraterrestre n’est donc pas si folle.

Absolument. Mais en réalité, de la part de la NASA et des autres agences spatiales, il s’agit simplement d’habiles coups marketing. Beaucoup de sujets scientifiques sont si abstraits qu’on ne peut les évoquer que par des exemples. Or, la vie peut prendre une multitude de formes, car nous sommes tous des êtres vivants. Le sujet de la vie extraterrestre permet d’atteindre un plus large public et, ainsi, de faire la promotion de son travail. Les chercheurs qui étudient les planètes extrasolaires ne le font pas uniquement pour déterminer si elles abritent de la vie. Il existe une multitude de questions scientifiques intéressantes. Mais les agences spatiales aiment parler de la recherche de vie, car c’est sur cette partie de la recherche qu’il est le plus facile de communiquer. En réalité, avec les technologies actuelles, nous ne serions même pas en mesure de découvrir de la vie sur les exoplanètes. Nous pourrions simplement en trouver des indices, comme la présence d’oxygène dans l’atmosphère d’une exoplanète.

Selon l’astrophysicien allemand, il est possible que notre Voie lactée abrite des planètes où il pourrait y avoir de la vie hautement développée.

La vie extraterrestre est donc une étiquette facile à promouvoir collée sur un ensemble de recherches?

On peut le formuler comme cela. Car, après tout, la question de savoir si nous sommes seuls dans l’espace ou non intéresse tout le monde.

Vous dites que nous pouvons uniquement détecter des indices de vie possible. Mais si nous recevions des signaux électromagnétiques structurés d’exoplanètes, cela serait la preuve d’une intelligence extraterrestre, non?

Oui, si nous recevions des signaux d’extraterrestres, cela prouverait effectivement leur existence. Mais jusqu’à maintenant, nous n’avons rien enregistré de tel, malgré tous les efforts fournis par les chercheurs.

La Voie lactée abrite un milliard de planètes. Peut-on estimer sur combien d’entre elles il pourrait y avoir de la vie hautement développée?

Il est impossible de le dire sérieusement. Nous ne savons même pas, pour nos propres planètes, quels facteurs devraient être réunis pour permettre l’apparition d’une vie intelligente. Ils sont en tout cas très nombreux. Parmi les facteurs ayant permis l’évolution de l’humanité figure, par exemple, l’astéroïde qui a éradiqué les dinosaures il y a 65 millions d’années. Avant cela, les seuls mammifères existants étaient minuscules. L’évolution triomphale des mammifères n’a été possible qu’après la disparition des dinosaures. Certains scientifiques osent donner une réponse à votre question, en évoquant de 100 à 1000 exocivilisations dans la Voie lactée. Mais il ne s’agit que de spéculations. Je suis plus réservé et préfère dire simplement qu’il n’y en a pas beaucoup. Il pourrait même être possible que notre système solaire soit la première galaxie où la vie a pu se développer, car il n’y avait auparavant pas suffisamment d’éléments lourds, l’une des conditions pour obtenir une planète tellurique.

«Dans quelques centaines de millions d’années, il faudra commencer à se demander comment l’on pourrait quitter la Terre.»

La problématique ne porte pas uniquement sur le temps nécessaire à l’apparition d’une civilisation. La probabilité d’une communication intergalactique dépend également de la durée d’existence d’une civilisation hautement développée. Si les époques ne se chevauchent pas, alors les civilisations cosmiques peuvent se manquer.

C’est envisageable. L’humanité est parvenue à ne pas s’autodétruire sur un laps de temps de quelques milliers d’années. Mais la technologie spatiale n’a même pas 100 ans. La Terre a déjà abrité dix à douze grandes cultures qui ont toutes disparu. Nous sommes la première grande culture à couvrir la totalité de la planète. Une telle civilisation mondiale doit affronter diverses crises, comme les défis écologiques ou le risque de guerre nucléaire, pour n’en citer que quelques-unes. Mais une fois qu’elle a maîtrisé ces risques, elle doit s’atteler à une mission ultime. Toute étoile, y compris notre Soleil, a une durée de vie limitée. Si elle meurt, les civilisations présentes sur les planètes habitées perdent le fondement de leur existence. La seule solution pour préserver l’espèce est donc de voyager dans l’espace et de peupler d’autres planètes. Mais pour cela, il faut d’abord disposer des moyens techniques nécessaires, ce qui n’est pas le cas de l’humanité pour le moment. Nous ne sommes même pas encore capables d’envoyer des humains sur Mars. Mais nous avons encore le temps. Le Soleil peut vivre 10 milliards d’années, et il n’en a que 4,5 milliards. Mais dans quelques centaines de millions d’années, il faudra commencer à se demander comment l’on pourrait quitter la Terre.

C’est le scénario de certains auteurs de science-fiction. Quelque part dans l’espace, une civilisation hautement développée est confrontée à la disparition imminente de son étoile. Elle recherche donc une alternative, et la Terre figure parmi les planètes possibles. Les ovnis pourraient donc être des éclaireurs.

C’est un scénario réaliste. Le voyage interstellaire représente pour nous un défi technique et biologique considérable. Mais nous ne pouvons pas savoir quelles sont les possibilités des autres civilisations. Une chose est sûre: si nous en sommes venus à l’idée que nous devrons un jour quitter la Terre, alors d’autres peuvent avoir atteint la même conclusion pour leur planète.

«Réfléchir aux extraterrestres peut permettre de nous ouvrir les yeux sur les défis que nous avons à relever.»

Comment devrions-nous nous comporter vis-à-vis des extraterrestres?

Je considère les extraterrestres comme un miroir cosmique dans lequel nous nous regardons et nous voyons nous-mêmes. Réfléchir aux extraterrestres peut permettre de nous ouvrir les yeux sur les défis que nous avons à relever. Si nous voulons un jour construire des navettes interstellaires, nous devons d’abord faire quelques essais. Estimer qu’il puisse exister une vie extraterrestre pourrait nous en apprendre beaucoup sur nous-mêmes.

Les extraterrestres comme objet de projection nous permettant de réfléchir sur nous-mêmes?

Absolument. Cela a aussi une dimension didactique, que j’utilise auprès de mes étudiants. Réfléchir à la vie extraterrestre pourrait nous permettre de nous concentrer davantage sur nos points communs, et de mettre de côté nos différends.

Qu’est-ce que cela impliquerait si nous avions la preuve qu’il existe des extraterrestres?

Dans notre vie de tous les jours, rien dans un premier temps. Certains auraient peur que les aliens viennent nous envahir et nous anéantir. D’autres espéreraient trouver de l’aide auprès de ces extraterrestres. Si leur civilisation était déjà ancienne, alors ils auraient déjà résolu les problèmes clés auxquels nous sommes encore confrontés. Peut-être pourraient-ils nous donner la recette pour gérer certaines choses. Mais la simple idée que l’on puisse avoir un interlocuteur est absolument époustouflante. Dans tous les cas, le fait de savoir qu’il existe des extraterrestres sur certaines exoplanètes entraînerait un boom de l’astronomie. Tous les télescopes disponibles seraient rivés sur ces planètes pour essayer d’en savoir davantage sur cette civilisation étrangère. On mettrait en place des radiotélescopes sur la face cachée de la Lune pour épier ces extraterrestres.

Mais pourquoi n’avons-nous encore détecté aucune exocivilisation s’il est censé y en avoir un certain nombre dans la Voie lactée?

Certains chercheurs sont convaincus que nous devons d’abord effectuer patiemment nos recherches pendant quelques milliers d’années et prouver notre intérêt constant, avant d’être acceptés au sein du club galactique. D’autres affirment que les extraterrestres nous observent d’abord pour déterminer si nous faisons partie des bons ou des méchants. D’après cette «hypothèse du zoo galactique», les extraterrestres préféreraient nous laisser tranquilles pour l’instant. Et puis, la dernière thèse est que les êtres intelligents se font aussi discrets que possible et évitent de se faire remarquer dans l’Univers.

Pourquoi?

Il suffit d’observer l’histoire de la civilisation humaine. Il y a toujours eu des découvreurs et des «découverts». Or, ces derniers ont toujours perdu et rencontré de graves problèmes, jusqu’à leur disparition. Demandons-nous donc si nous voulons vraiment être découverts par des extraterrestres qui nous ressembleraient à cet égard. Probablement que non. C’est pourquoi la question de savoir s’il faut se faire remarquer est tout à fait pertinente. Des scientifiques de renom recommandent la discrétion. Si, comme on peut s’y attendre, les extraterrestres étaient supérieurs à nous d’un point de vue technologique, nous n’aurions aucune chance. Et comme les autres civilisations se font probablement la même réflexion, elles restent silencieuses. Si nous n’avons encore jamais perçu aucun signal de la part des extraterrestres, c’est peut-être parce qu’ils ont fait vœu de silence.

Mais nous, les Terriens, avons déjà envoyé activement des signaux pour nous faire connaître des civilisations étrangères. N’est-il donc pas trop tard?

Heureusement, beaucoup de ces tentatives ont échoué. Les signaux ont d’abord été envoyés vers des amas globulaires. Or, on sait aujourd’hui qu’il n’y a pas de planètes dans les amas globulaires, car la force gravitationnelle y empêche toute orbite stable. Cependant, depuis une centaine d’années, la civilisation humaine envoie une onde sphérique avec des signaux radio et télévisuels dans l’espace. Mais il est presque impossible que ces données soient enregistrées et analysées quelque part dans l’espace. Elles se perdent dans le bazar général d’ondes électromagnétiques, car leur puissance d’émission n’est pas suffisamment forte. Néanmoins, le risque d’être découverts est renforcé par l’utilisation croissante de signaux numériques. Ceux-ci comportent une signature unique, qui ne peut être générée de manière naturelle. Le numérique pourrait un jour nous trahir. Et si des extraterrestres atterrissaient vraiment sur la Terre, ce serait un véritable choc.

Certains chercheurs se sont même spécialisés dans l’exothéologie. Qu’en pensez-vous?

En fait, j’ai déjà discuté avec un théologien à propos des religions qui pourraient exister sur une planète dont les habitants construiraient des navettes spatiales. Nous sommes rapidement tombés d’accord. Sur une telle planète, il ne pourrait y avoir qu’une seule religion, voire aucune. Car tant qu’il existe des sources de conflit qui ne peuvent être résolues de manière rationnelle, on ne peut obtenir la force, la créativité et la détermination nécessaires à un projet tel qu’un voyage interstellaire.

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