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Rencontre avec LouaneL’idole des jeunes a grandi avec eux

Après deux années en retrait pour cause de bébé et de nouveau disque, la chanteuse de 23 ans revient adaptée au goût du jour.

«Tout le monde me parle de «la nouvelle Louane», je réponds juste que je laisse voir des choses que je ne montrais pas avant.»
«Tout le monde me parle de «la nouvelle Louane», je réponds juste que je laisse voir des choses que je ne montrais pas avant.»

«Honnêtement». Louane sème de pleines poignées de cet adverbe dans le combiné. Honnêtement… Comme si la jeune fille devait se prémunir du moindre soupçon d’insincérité, elle la chanteuse venue d’un milieu populaire, remarquée en candidate de télé crochet puis révélée en actrice au talent naturel, enfin adulée en paradoxe de star accessible au succès intergénérationnel. Mais en dépit de ses 23 ans, la Française doit déjà se repositionner, se battre pour sa couronne après deux années éloignées de l’attention médiatique. Son 3e album s’arme ainsi de sons modernes et se réclame d’une maturité combative.

Dans «Love», vous chantez «celle que je suis n’est pas celle que j’étais». Est-ce une profession de foi par rapport à l’orientation nouvelle de votre disque?

Oui et non. Cette chanson parle du mensonge que l’on dit aux autres ou à soi-même. J’ai beaucoup grandi depuis mes débuts, appris énormément tout en restant, j’espère, quelqu’un de vrai et d’honnête. Quand je retournais dans le nord, ces dernières années, les gens me disaient souvent que j’avais trop changé. Je le prenais un peu mal car je n’avais pas l’impression d’avoir plus changé qu’eux… Avec le succès, c’est surtout le temps à disposition qui n’est plus le même, et c’est là où les autres peuvent avoir l’impression qu’on est devenu différent et qu’on ne s’intéresse plus à eux, ce qui est faux.

Cependant, le ton musical de l’album tranche avec les deux premiers, comme si vous vouliez imposer une rupture.

Je dirais que l’évolution y est plus marquée que sur les deux autres. Mais quand tout le monde me parle de «la nouvelle Louane», je réponds juste que je m’ouvre un peu plus et laisse voir des choses que je ne montrais pas avant.

Vous êtes un peu sortie des radars depuis 2018: ce disque aurait-il pu ne pas se faire? Ou se faire autrement?

Il aurait dû sortir il y a un an, en fait. Mais voilà, j’ai eu un enfant, donc tout a été décalé. Et honnêtement tant mieux, car pour que l’album soit tel qu’il est aujourd'hui, le timing était trop court. On était trop ambitieux par rapport à toutes les chansons qu’il contient.

Dix-huit titres, c’est effectivement un format inhabituellement long à l’époque où les artistes fonctionnent single après single...

Il y a 18 titres mais 15 chansons. Je suis complètement consciente que la tendance actuelle est au très court, mais je ne me voyais pas sortir un truc tout mini après trois années sans disque. Je n’aurais pas trouvé ça généreux. J’avais envie – attention je vais utiliser un mot pas mal! – de satiété.

Il y avait beaucoup de choses à trier?

Honnêtement, j’ai commencé l’écriture au début de ma deuxième tournée, afin de m’offrir le luxe de composer sans pression. Assez vite, j’ai eu assez de chansons, j’ai pensé qu’on avait l’album. Et puis j’ai jeté une bonne moitié des titres! Les chansons n’étaient pas mauvaises – quoique certaines écrites par moi n’étaient pas extraordinaires – mais ça manquait de cohésion. Je voulais un album varié mais cohérent.

Ceux qui essayent à tout prix de mal juger ma vie sont en général ceux qui ont une vie moche

Louane

La naissance de votre fille Esmée a-t-elle induit une pression supplémentaire afin de protéger votre vie privée?

C’est assez facile de faire la part des choses car je suis complètement intransigeante: je sais exactement ce que je veux et ce que je peux donner aux gens, et tout ce qui concerne mon enfant reste à moi seule. Même quand j’en parle avec vous en ce moment, je vais rester dans des considérations très générales, en rappelant simplement que ma situation est commune à énormément de femmes.

Mais chaque femme n’est pas suivie sur les réseaux sociaux par une armada de fans voyant en elle une icône….

Mes réseaux sociaux, je les contrôle, donc ça va. On m’a demandé à voir ma fille, alors j’ai fait un live Instagram pour expliquer pourquoi je ne la montrerai pas, et j’ai reçu beaucoup de messages de grande compréhension. Ceux qui essayent à tout prix de mal juger ma vie sont en général ceux qui ont une vie moche, ils sont les plus à plaindre. Eux et les paparazzis...

Ca existe encore, ça , les paparazzis? A l’heure où tout le monde prend des photos, on les aurait presque oubliés...

Vu le nombre de procès que j’ai en cours contre des journaux, je vous assure qu’ils sont encore bien là! Eux, ils me rendent dingues. Et ils sont très agressifs. Des fois, quand ils viennent faucher des instants de ma vie privée, j’ai envie de leur dire: «mec, un jour t’auras peut-être une fille qui voudra faire de la musique, tu vas aussi lui courir après?»

A quel moment vous êtes-vous rendue compte que vous étiez célèbre?

Me dire que j’étais très connue, honnêtement, ça ne m’est jamais venu à l’esprit. C’est en découvrant l’attente pour mon 2e album que j’ai réalisé que le public était là. A l’occasion du lancement du premier single, «On est beau», on s’est rendu dans une radio, dans une petite ville près de Strasbourg. Et la foule débordait de partout! Elle chantait les paroles alors que la chanson était sortie la veille. Je pensais que je devrais à nouveau me présenter, comme sur mon premier disque.

Malgré votre césar de la révélation féminine, vous n’avez tourné que deux films depuis «La famille Bélier». Allez-vous y revenir?

J’ai des propositions mais je suis incapable de me concentrer à fond sur deux choses en même temps. Et là, j’ai vraiment envie d’être focus sur le disque, je ne veux pas avoir à diviser par deux mon implication. Ce que je reçois pour le cinéma m’intéresse beaucoup, cela dit. on me propose des trucs intéressants, très loin de la comédie et des endroits où l’on m’attend.