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Docufiction«L’Île aux oiseaux», voyage en poésie

Sergio da Costa et Maya Kosa griffent ce bijou rare.

À Locarno, en 2019, il y avait nombre de bons films. Et puis il y avait «L’Île aux oiseaux». Une petite merveille. Un essai documentaire et fictionnel d’orfèvrerie poétique. Le portrait délicat d’un jeune homme, Antonin, confronté aux vertus curatives d’un centre ornithologique, celui de Genthod, près de Genève. Et surtout l’une de ces œuvres a priori inclassables que toute définition est susceptible d’égratigner.

Aux commandes du film, un binôme de cinéastes formés à la HEAD. Il y a cinq ans, nous avions déjà craqué pour leur documentaire très personnel, un «Rio Corgo» qui avait opéré un léger détour par la Berlinale. Les réalisateurs Maya Kosa et Sergio Da Costa se partageaient alors entre Genève et le Portugal. Désormais à Lisbonne, ils se confient via Skype, avant de venir présenter leur film en Suisse.

Comment prépare-t-on un tel film?

Maya Kosa (M.K.): En fait, il a été tourné il y a quatre ans. Cela a commencé par la découverte du lieu.

Sergio da Costa (S.D.C.): Nous avions trouvé un oiseau blessé et l’avions apporté dans le centre en 2013. Je me suis dit alors que si je devais faire un film en Suisse, ce serait ici, tant ce lieu m’intriguait. Il est à la fois rugueux et chaotique, pas du tout aseptisé, ce qui contredisait un de mes préjugés sur les centres de soin.

M.K.: Nous avions remporté le concours du Pour-cent culturel Migros et le projet pouvait facilement s’y adapter. Il comporte une dimension sociale du fait que presque tous ses employés font partie d’un programme de réinsertion. Après, suivre un vrai jeune qui vient suivre un stage dans le centre nous a permis d’anticiper la réalité.

Quelles sont les parts de fiction et de documentaire?

M.K.: Sergio est plutôt versé documentaire et moi fiction. Donc… Après, les éléments biographiques du personnage, via le vrai Antonin, entrent en résonance avec la thématique du film. Il y a une idée de miroir entre la maladie dont il souffre et celles des oiseaux.

S.D.C.: On a choisi le personnage d’Antonin, qui est un ex-étudiant de la HEAD, pour sa personnalité et dans l’idée de faire son portrait. Nous avions aussi besoin d’un regard extérieur pour redécouvrir le lieu.

Comment avez-vous approché ce personnage?

M.K.: Au début, il a refusé. Il est proche du personnage du film. Mais assez fragile. On a senti qu’il ne fallait surtout pas le forcer. Et puis il a fini par dire oui. Pendant le tournage, il n’y avait pas cette fatigue usuelle du cinéma.

S.D.C.: On a quand même senti un problème de confiance en soi. Il fallait donc un cadre bienveillant.

Entre vous deux, qui fait quoi?

M.K.: Nous sommes plus ou moins organiques. Nous partageons énormément de choses et nous avons étudié dans une école où chacun fait un peu tout. J’ai davantage pris la direction d’acteurs. Pour les scènes documentaires, Sergio avait l’œil dans le viseur. Mais nous n’étions que les deux, plus un ingénieur du son. Après, le montage n’a pas forcément été simple. Il a d’ailleurs pris deux ans.

S.D.C.: Le montage se fait de manière empirique. Mais au début, il était vraiment très difficile.

M.K.: Et je précise qu’il y a très peu de situations conflictuelles entre nous.

Le film est davantage poétique que social. Là aussi, c’est une volonté affirmée?

S.D.C.: Nous savions très bien que nous n’allions pas faire un documentaire d’investigation.

M.K.: Nous aimons créer des expériences sensorielles. Nos moyens d’expression ne sont pas simples à décrire. Il s’agit de plonger le spectateur dans quelque chose que l’on vit. Notre prochain film tendra d’ailleurs davantage vers la fiction.

Pourquoi ce format si court, à peine une heure?

S.D.C.: Au départ, j’avais l’intuition d’une nouvelle. C’est une petite histoire, tout simplement.

M.K.: Et puis on sait que l’heure et demie, les 90 minutes, il faut y arriver. Avec ce film, ce n’aurait pas été possible. À partir du tournage, nous avions même peur de ne pas avoir assez de matière.

De quoi parle votre prochain film?

M.K.: De la communauté chinoise de Lisbonne. Nous avons aussi tourné à Fatima, pour le centenaire des apparitions de la Vierge.

Avez-vous encore des liens avec la HEAD et Genève ?

S.D.C.: Notre ancien directeur, José-Michel Buhler, est le distributeur du film. Il nous a suivis.

M.K.: Sinon, on vit désormais au Portugal.