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Beaux livresL’indécence élégante de Milo Manara se joue des censeurs

Le dessinateur italien voit ses dessins de femmes plus ou moins déshabillées, mais toujours fières, réunis dans un beau livre, politiquement incorrect.

En version «bucolique».
En version «bucolique».
ÉDITIONS GLÉNAT
Qui a reconnu BB?
Qui a reconnu BB?
ÉDITIONS GLÉNAT
Les héroïnes masquées.
Les héroïnes masquées.
ÉDITIONS GLÉNAT
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Qui, aujourd’hui, peut mieux dessiner le corps féminin que Milo Manara, dans un style qui flirte avec le poster de vestiaire masculin comme avec le velouté de la peau de Botticelli? Le dessinateur italien né en 1945 en a fait sa marque de fabrique, le fil rouge d’une œuvre qui a su s’allier parfois aux scénarios d’Hugo Pratt, de Jodorowsky ou à la collaboration de Federico Fellini. Bien sûr, il y a un érotisme machiste qui sous-tend «Le déclic» où le plaisir d’une femme est télécommandé par un boîtier imaginé par un homme, ou «L’art de la fessée» où il dessine l’hommage à Sade de Jean-Pierre Enard.

À plonger dans le gros recueil que sortent les Éditions Glénat, à feuilleter ces plus de 300 dessins sans légende qu’égrène le livre, on admire ce trait qui caresse les silhouettes forcément parfaites, cette maîtrise de la couleur et des fondus. Loin du calendrier coquin, les femmes de Manara sont parfois dénudées jusqu’à leur plus profonde intimité mais elles clament en même temps leur fierté, leur indépendance, leur maîtrise. Vieux débat sur la sensualité de celui qui a une passion pour l’histoire — des Borgia à son diptyque sur Le Caravage en passant par «Le Décaméron» — et qui traverse le féminisme ou le phénomène #metoo comme si de rien n’était.

Les «créatures» du vieux maître aiment paraître mais elles regardent le spectateur comme si elles s’en fichaient. Elles flattent peut-être l’œil des satyres mais cela ne les trouble guère parce qu’elles semblent maîtriser autant leur destin que leur désir. De Cinecittà aux pays lointains, du XVe siècle à nos jours, Manara capture des femmes audacieuses et courageuses, comme dans ce dernier chapitre si actuel où toutes les héroïnes de la vie de tous les jours, habillées, portent le masque chirurgical, de l’ouvrière agricole à la pompière, de la chercheuse à la douanière. Un dernier hommage pour dire l’admiration du dessinateur à ses personnages favoris.

«Passion femmes», Milo Manara, Éd. Glénat, 320 p.

4 commentaires
    Jean-Philippe

    Vous soulignez avec raison,  même si c'est avec prudence,  le rapport entre l'exhibition de l'érotisme et les justes revendications du mouvement #metoo. L'exaltation de l'érotisme dans notre société nourrit donc la violence contre les femmes. Il faut du courage pour le dire parce qu'on passe tout de suite pour des obscurantistes.