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L’invitéMoteur de la société civile, l’individu précède le citoyen

Enzo Santacroce examine les questions de la responsabilité individuelle et de la place de l’État.

À la suite de la lecture de l’article «Comment la crise sanitaire bouscule le PLR» («24 heures» du 15 décembre 2020) plusieurs réflexions sur les effets de la crise sanitaire impactant l’idéologie des partis politiques émergent.

La base du Parti libéral-radical réclame certes plus d’aides étatiques à accorder aux entreprises, mais l’alliance rose-verte doit également se positionner sur le fait que de l’argent public vienne en aide aux structures économiques privées, car en acceptant que les multiples activités commerciales soient soutenues par l’argent du contribuable en cette période trouble, c’est admettre, pour la gauche, au moins indirectement, que l’économie privée génère de la richesse qui participe au bon fonctionnement des infrastructures publiques et parapubliques sous forme de création d’emplois et d’impôts.

«L’État ne se contente plus seulement de garantir le respect des lois, mais se met aussi à édicter des normes comportementales aux individus.»

Cette question n’est pas banale et interroge précisément le rôle de l’État, dont la crise sanitaire a démontré l’action globalement efficace pour garantir à chacun le droit à la santé. L’interrogation fondamentale, que les penseurs libéraux tel que Benjamin Constant (1767-1830) ont thématisée, commence lorsque l’État ne se contente plus seulement de garantir le respect des lois, mais se met aussi à édicter des normes comportementales aux individus.

Dans le contexte sanitaire qui est le nôtre, il est légitime de leur demander d’adopter des gestes barrières afin de se préserver en préservant autrui dans les espaces publics (écoles, magasins, lieux de travail). Toutefois, la difficile question de la ligne de démarcation à établir entre le moi intime et le moi social, entre la sphère privée et la sphère publique se pose par exemple dans le contexte de la vie familiale et associative: est-on autorisé à rendre visite à ses parents et à ses grands-parents? A-t-on le droit d’organiser des anniversaires ou des séances de comité?

Ces questions remettent au goût du jour la pensée du philosophe Isaiah Berlin (1909-1997), qui définit la responsabilité individuelle comme faisant partie de la «zone de non-ingérence», soit celle qui est propre à chaque personne et sur laquelle l’autorité ne devrait pas avoir prise.

Discours plus autoritaire

Lors de la première vague, le ministre de la Santé M. Alain Berset insistait sur la notion de responsabilité individuelle en ce sens que s’imposer à soi-même une restriction vaut toujours mieux qu’une coercition imposée par un agent extérieur. Or, lors de la deuxième vague, le discours est devenu plus autoritaire.

Je ne conteste pas que des comportements inadaptés aient eu lieu pendant l’été dernier, mais la responsabilité individuelle reste encore le meilleur rempart car un citoyen aux gestes socialement responsable est d’abord une personne individuellement responsable. Préserver cette idée témoignerait, du côté de l’autorité, de sa confiance en l’individu en tant que moteur de la société civile.

4 commentaires
    Berney Arlette

    Très bon article, faut que l'état arrête de gérer la vie des gens, qu'il s'occupe de gérer la politique du pays, l'économie etc., mais pas la vie privée des gens .