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ÉditorialL’injure sexiste, ce défouloir facile

Quelle est la différence entre le fait de se faire traiter de «sale noire», «sale lesbienne» ou de «connasse mal baisée» qui mérite d’être «giflée»? Aucune, les trois injures étant également choquantes? Détrompez-vous: les deux premières insultes, respectivement à caractère raciste et homophobe, sont poursuivies d’office, en vertu de l’article 261 bis du Code pénal. Or la troisième, qui n’est «que» sexiste, doit faire l’objet d’une plainte par la personne visée uniquement. Les discussions au parlement pour inscrire le sexisme dans le Code pénal n’en sont qu’aux balbutiements, nous informent les alliances féminines de Suisse.

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Jennifer Covo, journaliste et présentatrice du 19:30 sur la RTS, a justement fait les frais de cette lacune du Code pénal en essuyant un tombereau d’injures sexistes et de propos diffamatoires sur les réseaux sociaux à la suite de son interview musclée d’Alain Berset dimanche dernier. Habituée à laisser couler les critiques, elle ne s’exprime pas sur cette affaire, et c’est la RTS, soucieuse de redorer son blason en matière de lutte contre le harcèlement, qui déclare «se réserver le droit d’agir sur le plan juridique pour défendre les droits de sa collaboratrice».

On ose espérer un sursaut dans l’inconscient collectif des réseaux sociaux. Derrière la personne que l’on injurie, il y a l’un des nôtres, en l’occurrence une professionnelle qui a sûrement mieux à faire que d’entamer des procédures judiciaires ou d’avaler des couleuvres. Si l’on n’est guère séduit par le respect d’autrui, on le sera peut-être par la nécessité de retenir ses instincts les plus bas sur internet, pour éviter de servir sur un plateau nos émotions primaires au big data. Car nos coups de gueule valent de l’or pour les collecteurs de données, qui savent en tirer profit à nos dépens.