Innovation dans l’éducationZurich teste la correction des devoirs par l’intelligence artificielle
Gain de temps pour les écoles indéniable, l’incorporation de l’IA soulève néanmoins des inquiétudes concernant l’accès aux données personnelles.

Un jeu d’enfant. Dès que les élèves ont terminé un devoir, ils prennent une photo avec leur smartphone ou leur tablette. Un algorithme contrôle les exercices et marque en un clin d'œil les corrections directement sur l'image. Le professeur n'a rien à faire. Il voit sur l'application quels enfants ont terminé leur travail et s'ils ont fait des progrès dans leur apprentissage.
L'application de correction de l'entreprise suisse Herby Vision a été testée dans cinq écoles du canton de Zurich au cours des derniers mois. Le feedback a été très positif, explique Raphael von Thiessen, responsable de l'essai au sein de l'Office cantonal de l'économie et de l’innovation (OCEI).
Une enseignante impliquée dans le test a déclaré: «Les enfants ont utilisé l'application de manière autonome et ont adoré. Je pouvais leur donner un feedback parce que je voyais les résultats directement sur mon ordinateur.» Elle n'a plus eu à traiter des corrections en série, mais a pu consacrer son temps à ses cours et au soutien individuel.

Il y a quand même quelques réticences. Les fournisseurs d'outils d'intelligence artificielle utilisent, à des fins personnelles, les données générées lors de chaque utilisation. Afin d’entraîner et de nourrir leurs programmes intelligents. Pour l’administration et l’instruction publiques, cela peut poser un problème de protection des données.
À des fins d’exploration, l'OCEI a introduit «l’innovation dès le bac à sable», symbole d'un environnement d'apprentissage protégé, dans lequel des projets d'IA sont mis en œuvre et les expériences recueillies.
Au cours de la première phase du projet qui vient de s'achever, cinq solutions ont été testées dans le domaine de la fonction publique et des écoles. Il en est résulté des guides sur les implémentations techniques et les aspects juridiques, qui devraient être utiles à d'autres administrations, organisations et fournisseurs. Ils ont été présentés jeudi lors d'une conférence de presse.
En ce qui concerne l’intégration dans les écoles, on met en garde contre le fait que l'IA pourrait accéder à des informations personnelles particulièrement sensibles, comme des données de santé confidentielles telles que la dyslexie ou la dyscalculie, des indications sur la religion ou des données biométriques basées sur l'analyse de l'écriture et la reconnaissance vocale.
«Il est urgent d'établir des directives claires afin de garantir que l'IA soit déployée de manière responsable et efficace dans le système éducatif», peut-on lire dans le guide. En outre, il faudrait clarifier dans quelle mesure les fabricants devraient être autorisés à utiliser les données à des fins personnelles ou pour des activités commerciales.
La caméra doit être de mauvaise qualité pour que l'IA n'enregistre pas trop de choses
D’autres cantons environnants participent au test via la Conférence métropolitaine de Zurich. Une autre expérimentation concerne la ville de Frauenfeld et son projet de «Smart Parking». Les images des caméras de cinq parkings publics y sont analysées de manière automatisée. Une application permet de voir en temps réel quelles places de stationnement sont libres.
Selon le fournisseur zurichois d'IA, Parquery, il suffit pour cela d'une caméra. C'est plus avantageux que l'utilisation de capteurs, mais aussi plus problématique du point de vue de la protection des données.

Le responsable du programme, Raphael von Thiessen, explique que pour cette raison, la ville de Frauenfeld ne reçoit aucune image du fournisseur d'IA, mais seulement des données numériques dans son tableau de bord. La résolution de la caméra est volontairement si basse qu'aucune plaque d'immatriculation ni personne n'est reconnaissable sur les images. Les zones non pertinentes sont rendues méconnaissables et les images effacées en continu.
L'intelligence artificielle ouvre une nouvelle ère, a déclaré la directrice des Affaires économiques, Carmen Walker Späh, lors de la conférence de presse. «L'IA s'immisce dans notre vie à un rythme effréné et bouleverse notre société et notre économie. Cette évolution a lieu, qu'on le veuille ou non.»
La région zurichoise est le premier lieu d'implantation de l'IA en Suisse, la plupart des entreprises de renom y sont représentées, des start-up aux grands groupes technologiques comme Meta, Google et Apple. Avec des projets comme celui-ci, le canton de Zurich crée désormais les conditions-cadres pour exploiter les meilleures opportunités et rester compétitif à long terme.
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