Devant les atrocités de l’histoire, comme l’holocauste nazi des personnes juives, roms et homosexuelles, notre mission est de tout faire pour éviter qu’elles se répètent, quels que soient les bourreaux ou les victimes. Le devoir de mémoire est un devoir d’action. L’holocauste a été précédé d’un génocide par l’Allemagne en Namibie en 1904-1908 où bien des méthodes ont été infligées aux Hereros et Namas. Si notre devoir de mémoire avait été activé plus tôt, peut-être que ma famille n’aurait pas été persécutée?
La lutte continue contre l’antisémitisme devrait contribuer à la mémoire et à l’action. Malheureusement, certaines définitions de l’antisémitisme sont détournées à des fins politiques, et entravent à la fois l’apprentissage de l’histoire et l’action contre le génocide.
Les définitions les plus courantes sont celles de l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA) et la Déclaration de Jérusalem. La définition de l’IHRA s’accompagne d’exemples: certains sans controverse (contre les affirmations fallacieuses sur les juifs, ou le déni de l’holocauste), mais d’autres orientés vers la protection de l’État d’Israël (qui ne pourrait jamais être accusé de racisme, ou comparé à l’Allemagne nazie). Inquiets de cette dérive, d’éminents intellectuels juifs ont mis en avant la Déclaration de Jérusalem, selon laquelle critiquer les actions d’Israël basées sur les faits n’est pas antisémite. Quand Amnesty International et Human Rights Watch concluent qu’Israël commet le crime d’apartheid contre les Palestiniens, elles sont «antisémites» selon l’IHRA, mais pas selon la Déclaration de Jérusalem.
Soyons clairs. La Cour internationale de justice (CIJ) déclare, dans son ordonnance du 26 janvier, que les accusations de génocide contre Israël sont «plausibles». Les dirigeants israéliens y sont cités: le président Herzog, pour lequel aucun civil n’existe à Gaza, et le chef de l’armée, appelant les Palestiniens des «animaux humains». La CIJ a exigé d’Israël des mesures de protection pour la population palestinienne, toutes bafouées depuis. Partout dans le monde, les citoyens implorent leurs gouvernements de soutenir un cessez-le-feu et de garantir l’aide humanitaire.
Écrivain critiqué
Masha Gessen, écrivain juif et récent prix Hannah Arendt, explique dans «In the Shadow of the Holocaust» que refuser de comparer les actions d’Israël à l’holocauste revient à placer l’holocauste hors histoire. Pour Gessen, la comparaison s’impose: à Gaza, «le ghetto est en train d’être liquidé». Pour oser ces mots, Gessen a été critiqué en Allemagne, par ceux qui insistent que soutenir Israël aveuglément est la seule leçon à tirer de la Shoah. Il nous incombe de refuser cette simplification mortifère de l’histoire, et de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour stopper le génocide «plausible» en cours. Critiquer Israël, loin d’être antisémite, fait partie de notre devoir de mémoire.
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L’invitée – Critiquer Israël et le devoir de mémoire à la Shoah
Avec la guerre à Gaza en arrière-plan, les controverses sont vives sur la définition de l’antisémitisme. La chercheuse universitaire nous livre son regard.