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Livre illustré
À l’encre de ses larmes, Schuiten écrit à son chien disparu

Dans «Jim», magnifique recueil en noir et blanc, Schuiten a su capter l’essence d’une relation fusionnelle.
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Un vide abyssal. Le 24 janvier 2023, François Schuiten voit son chien Jim s’éteindre paisiblement. Le coauteur de la série BD «Les cités obscures» et son compagnon à quatre pattes cheminaient ensemble depuis treize ans. Jour et nuit. Comme pour le garder encore un peu près de lui, Schuiten se met à le dessiner, au pinceau et à la plume, «à l’encre de mes larmes», écrit-il dans le très beau recueil en noir et blanc qu’il consacre à son fidèle allié du quotidien.

«Il fallait que ces dessins sortent, quoi qu’il arrive.»

François Schuiten, auteur de «Jim»

Une manière pour lui de combler un vide intérieur, à raison d’une illustration par jour, histoire de ressentir sa présence tout en acceptant de le laisser partir. Reproduites dans l’ordre où elles lui sont venues, ces images émouvantes se sont imposées avec une impérieuse nécessité. «Il fallait qu’elles sortent, quoi qu’il arrive», note l’artiste belge. Au fil des souvenirs heureux remontant dans sa mémoire, Schuiten se prend au jeu, ajoutant détails et descriptions à ses dessins fouillés.

Pour Schuiten, les animaux s’apparentent à des œuvres d’art.

Jim, on l’avait caressé à Genève en 2019, lors d’une interview à l’occasion de la sortie de «Blake et Mortimer, Le dernier pharaon». En s’immergeant dans cette chronique d’un deuil, on se rend compte combien, en quelques traits, et avec quelle ressemblance l’auteur bruxellois a su capter l’essence d’une relation fusionnelle. Jim accompagnait son maître partout, en voiture, en train, au restaurant, et même lors de séances au Ministère de la défense français, lors de réunions entre militaires et bédéastes.

Jim savait-il qu’il était un chien?

Quand Schuiten travaillait à sa table à dessin, Jim restait couché à ses pieds, réagissant au moindre geste et captant des bribes intimes de son esprit. «Mon chien sait tant de choses de moi que je ne soupçonne pas», note son maître à propos du lien mystérieux, profond et intime qui l’unissait à son grand Flat-Coated Retriever à la fourrure ébène.

Coup de cœur

L’émotion affleure à toutes les pages de ce livre coup de cœur, à la fin duquel une demi-douzaine d’amis de l’auteur témoignent graphiquement de l’affection qu’ils portaient à Jim. Schuiten, qui vient de terminer avec son complice Benoît Peeters un livre sur Jules Verne, «Le retour du capitaine Nemo», à paraître dans la série des «Cités obscures» le 25 octobre, avait juré de ne jamais se dessiner ni de travailler sur un sujet qui le touche intimement.

Schuiten a voulu donner forme graphiquement à ses souvenirs, avant que ceux-ci ne s’évanouissent.

Pour exprimer ce que représente le fait de vivre intensément avec un chien, mais aussi pour apporter un peu de chaleur à ceux qui connaissent ou redoutent la fin inévitable de leur animal de compagnie, il est revenu sur sa décision. «Je n’ai pas eu le choix», relève-t-il dans le magazine BD «Casemate». «Jim m’a donné l’occasion d’aller sur un terrain où je ne pensais pas aller. C’est un formidable cadeau qu’il m’a fait en partant.»

Souvenir d’un moment suspendu, entre la lumière et l’eau.

«Jim», par François Schuiten. Éd. Rue de Sèvres, 128 p.