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Sortie littéraireLe formidable parfum d’Afrique d’un grand roman primé

Des Sénégalaises attendent des nouvelles de leurs familles après le naufrage du ferry-boat «Joola», en 2002, à l’extérieur de la base navale de Dakar.
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Imaginez que Grisélidis Real soit morte noyée dans le lac Léman et que sa meilleure amie qui travaille dans une radio locale décide d’écrire un roman hommage à l’écrivaine et prostituée genevoise. Et que ce livre brasse tout, les mœurs, la cuisine, les politiciens, les médias, la vie quotidienne de la Cité de Calvin. Pari impossible?

C’est pourtant ce qu’a réussi l’immense écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop dans «Un tombeau pour Kinne Gaajo», du nom d’une prostituée et autrice de Dakar. Elle est morte dans le terrible naufrage du ferry-boat surchargé Joola en septembre 2002, qui se soldera par le plus lourd bilan d’une catastrophe maritime avec 1884 victimes.

Deux formidables portraits de femmes

Dans ce roman qui a reçu le Prix international de littérature Neustadt 2022, le «Nobel américain» des lettres, qui a couronné Garcia Marquez, Octavio Paz ou Francis Ponge, Boubacar Boris Diop nous transporte dans l’ambiance des rues sénégalaises, nous faisant partager le quotidien de ses compatriotes, leur culture, leur histoire, leurs langues dont le wolof – la langue dans laquelle il écrit ses livres – leur cuisine, les rapports joyeux et souvent ironiques que les gens entretiennent entre eux.

Dans une langue directe, parfois crue, il fait partager à ses lecteurs des scènes de vie de Sénégalais gouailleurs, généreux ou cyniques, francs comme hypocrites, avec une franchise à la fois enjouée et critique de son pays. Il réalise aussi de formidables portraits de femmes avec ses deux personnages principaux: Njéeme Pay, célèbre journaliste de radio, amoureuse comblée, et Kinne Gaajo, femme libre mal accompagnée, qui raconte à son tour son histoire et ses liens avec son amie à la fin du livre.

Si vous ne connaissez pas l’Afrique, en lisant ce roman, vous allez partager un monde de traditions anciennes, encore habité de bribes d’influence des «Toubab» (les Européens) de la colonisation, pénétrer une société familiale, savourer dialogues, dictons et superstitions de Dakar ou Tillaberi.

«Un tombeau pour Kinne Gaajo», Boubacar Boris Diop, Éd. Philippe Rey, 246 p., mars 2024, de 31,32 à 39 fr. 40.