Passer au contenu principal

SuisseLa loi sur le CO2 est enfin sous toit

La nouvelle loi sur le CO2 qui introduit plusieurs taxes et mesures pour réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre a été approuvée par les deux Chambres. Le peuple aura le dernier mot.

La Suisse devra réduire ses émissions de gaz à effet de serre drastiquement d’ici 2030: le Parlement a mis la loi sur le CO2 sous toit (archives).
La Suisse devra réduire ses émissions de gaz à effet de serre drastiquement d’ici 2030: le Parlement a mis la loi sur le CO2 sous toit (archives).
KEYSTONE/GAETAN BALLY

La Suisse pourra tenir ses engagements climatiques. Les Chambres fédérales ont finalisé mercredi la nouvelle loi sur le CO2 qui introduit plusieurs taxes et mesures pour réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre. Le peuple devrait avoir le dernier mot.

La réforme doit permettre à la Suisse de réduire d’ici 2030 ses émissions de CO2 de 50% par rapport à 1990 et de limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré.

D’autres pas seront nécessaires, mais ce projet est favorable tant à la protection du climat qu’à la création de nouveaux emplois, a déclaré la ministre de l’environnement Simonetta Sommaruga. Le PLR, le PVL et le groupe du centre ont salué un bon compromis. Le PS et les Verts auraient voulu davantage. L’UDC soutient le référendum.

Un long feuilleton

La nouvelle loi revient de loin. En décembre 2018, le Conseil national – grâce à l’alliance inédite de la gauche et de l’UDC – rejetait un texte vidé de sa substance pour les uns et trop radical pour les autres.

L’automne suivant, à la faveur des grèves du climat, le Conseil des Etats sauvait le projet en se montrant encore plus strict que le Conseil fédéral sur certains points. Le Conseil national suivait le pas en juin, investi par la vague écologiste des élections fédérales.

Mercredi, les Chambres fédérales ont donné leur aval aux propositions de la conférence de conciliation quelques heures après l’évacuation des grévistes du climat occupant la Place fédérale. Il restait trois points à régler. La taxe pour les vols en jet privés sera fixée entre 500 et 3000 francs.

Ceux qui se soustraient à la taxe sur le CO2 par négligence seront sanctionnés comme ceux qui le font intentionnellement. Dans le cadre de la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans les bâtiments, la Confédération pourra soutenir le financement d’installations servant à produire des gaz renouvelables.

La conférence de conciliation a été suivie par 133 voix contre 55 au National et 30 voix contre 4 et 8 abstentions aux Etats.

Accord de Paris

La nouvelle loi introduit de nombreuses incitations pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, conformément à l’Accord de Paris signé en 2015. Trois quarts des réductions de CO2 devront être réalisées en Suisse, le reste à l’étranger.

Outre la taxe sur les vols en jet privés, la réforme introduit une taxe sur les billets d’avion de ligne d’un montant variant entre 30 et 120 francs, selon la distance et la classe de transport.

Le mazout coûtera aussi plus cher. Le plafond de la taxe sur les combustibles fossiles passera de 120 francs par tonne de CO2 à 210 francs. Une part importante de la taxe CO2 reviendra à la population, grâce à des ristournes sur les factures d’assurance maladie de base, et aux entreprises, à travers les caisses de compensation AVS.

Essence plus chère

Les voitures individuelles sont la première source d’émissions de CO2 en Suisse. Les importateurs de carburant devront faire des efforts. Les coûts de leurs compensations seront répercutés sur l’essence. Le prix à la pompe sera ainsi majoré jusqu’à 10 centimes par litre dans un premier temps, puis jusqu’à 12 centimes dès 2025. Des mesures ont aussi été prévues pour favoriser la conversion écologique des transports publics.

Dans le domaine des bâtiments, les émissions de CO2 des nouvelles installations de chauffage devront être drastiquement réduites. Il faudra avoir une maison bien isolée pour pouvoir installer un chauffage à mazout à l’avenir.

Les émissions des bâtiments ne devront plus dépasser 20 kilogrammes par mètre carré dès 2023, puis 15 kg dès 2028. Les cantons qui ont déjà pris des dispositions bénéficieront d’une période de transition.

Fonds à créer

La loi prévoit encore la création du Fonds pour le climat dont le but sera d’encourager les mesures en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. Il sera financé par un tiers des recettes de la taxe sur le CO2, mais au maximum 450 millions de francs par an. Moins de la moitié du produit de la taxe sur les billets d’avion et du produit de la taxe sur l’aviation y seront aussi affectés.

Le Fonds pour le climat permettra aussi de financer la recherche sur de nouvelles technologies. Le pôle d’innovation suisse devrait bénéficiera avec à la clé la création de nouveaux emplois.

La FINMA et la Banque nationale suisse devront mesurer périodiquement les risques financiers résultant du changement climatique.

ATS/NXP

2 commentaires
    Michel Cornut

    La loi sur le CO2 ne concerne que nos émissions directes (celles de nos voitures, de nos maisons par exemple), soit 46% de nos émissions, alors que l’essentiel de nos émissions sont indirectes (celles que nous provoquons en faisant nos courses de produits importés à la Migros ou à la Coop par exemple) (source : Office fédéral de l’environnement). Et le quart des réductions annoncées ne sera pas réalisé en Suisse, mais ... au Pérou et ailleurs. En admettant que les taxes et incitations prévues aient l’effet escompté (ce qui paraît peu probable), nous n’allons réellement supprimer - à terme - que 34% (75% de 46%) de nos émissions de CO2. Pour limiter le réchauffement à 1.5 degré (qui implique déjà une élévation du niveau des océans de 2.5 mètres et la désertification d’une partie des terres émergées), il faudrait une réduction de ... 100% d’ici 2030. Nous sommes toujours dans un autocar qui fonce à 100 km/h vers la falaise, et nous allons peut-être réussir à réduire notre vitesse à 66 km/h, mais nous ne changeons pas de direction. Après tout, jusqu’ici, tout va bien pour nous, non ?