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L’athlète vaudois au reposLoïc Gasch: «Je suis en mode grand-père»

Touché à un poumon, au foie et aux muscles après avoir contracté le Covid-19, le sauteur en hauteur doit observer une pause stricte de six semaines. Il témoigne et incite tout le monde à respecter les gestes barrières.

Loïc Gasch est la preuve que les symptômes sévères du Covid-19 peuvent aussi toucher les jeunes.
Loïc Gasch est la preuve que les symptômes sévères du Covid-19 peuvent aussi toucher les jeunes.
PATRICK MARTIN

Il a été éblouissant durant toute la saison. Loïc Gasch, 26 ans, a même codétenu la meilleure performance mondiale de l’année de saut en hauteur, en franchissant le 31 juillet à Aarau une barre à 2,30 m. Explosif, dynamique, impressionnant, jeune et dans une forme étincelante, l’athlète a pourtant été frappé de plein fouet par le Covid-19, il y a environ deux semaines.

Lui qui pensait, comme beaucoup de monde dans son entourage, que le virus s’apparentait à une grippe, a vite déchanté. Après avoir bien géré sa quarantaine, il a commencé à ressentir des problèmes respiratoires. Des tests ont révélé qu’un poumon était infecté et que son foie et ses muscles étaient eux aussi touchés.

Loïc Gasch a partagé son expérience sur Instagram et incite désormais ses suiveurs à respecter les gestes barrières. Il raconte sa mésaventure.

Loïc Gasch, comment allez-vous?

Ça va. Suite au Covid, j’ai une infection à un poumon et une inflammation au niveau du foie, ainsi qu’aux muscles. Actuellement, je ne peux plus rien faire. J’ai même l’interdiction de faire un footing. Dans l’éventualité que tout aille mieux après ces six semaines de pause, il faudra compter sur un bon mois de reprise pour réhabituer mon corps. Ce qui ne laisse hélas plus trop de marge avant la reprise en janvier. A priori, je devrai retarder le début de ma saison.

Comment allez-vous utiliser ces six semaines de pause forcée?

Je devrais profiter d’axer sur des exercices de souplesse, pour gagner dans des domaines où je ne m’entraîne peu quand je suis pris dans une routine habituelle. J’espère revenir avec des atouts en plus pour compenser ceux que je serai amené à perdre.

Qu’avez-vous le droit de faire?

Outre la souplesse, je peux faire un peu de renforcement, mais pas tout de suite, puisque j’ai une inflammation au niveau musculaire. Je n’ai même pas le droit d’utiliser l’électrostimulation. Je suis vraiment en mode «grand-père». Je sens que je suis très vite essoufflé. Quand je fais une balade, il m’arrive de devoir m’arrêter, car je ne peux plus souffler.

«Jeudi passé, je suis retourné faire un footing, mais après dix minutes, j’ai dû m’arrêter car j’avais la poitrine qui tapait comme jamais. J’étais plié en deux.»

Loïc Gasch.

Avez-vous d’autres symptômes?

Outre le goût et l’odorat, j’ai ce problème de poumon. Sinon, le reste ne m’embête pas trop. Le foie est enflammé, mais je ne sens rien.

Quand pourrez-vous à nouveau envisager un footing?

Dans quatre à six semaines. D’ici là, je dois rester tranquille pour éviter que l’infection ne se propage sur le deuxième poumon ou plus gravement sur le premier.

Avez-vous une idée de l’endroit où vous avez attrapé ce virus?

Je n’en ai pas la moindre idée et c’est ce qui m’énerve le plus. Je sais que je ne l’ai attrapé ni au travail ni avec mes amis. J’ai certes participé à une fête de famille, mais je suis le seul invité à l’avoir attrapé. Peut-être que je l’ai contracté en faisant mes courses. Et encore, je les fais souvent par internet.

Comment se sont passés vos dix jours de quarantaine?

Au début, je ne me sentais pas très bien. J’étais fatigué, un peu vaseux. Comme quand on a une grippe. J’avais aussi des migraines ophtalmiques. Je suis donc allé me faire dépister le mardi suivant le Jeûne fédéral. Vers midi, on m’a appelé pour me dire que j’étais positif au Covid-19.
Bizarrement, comme je m’étais bien reposé le lundi, ça allait mieux le mardi. Et à partir du mercredi, ça allait même assez bien. Je suis allé courir pour transpirer et évacuer les toxines. Et les symptômes ont disparu. Quand j’ai eu le droit de sortir, jeudi passé, je suis retourné faire un footing, mais après dix minutes, j’ai dû m’arrêter car j’avais la poitrine qui tapait comme jamais. J’étais plié en deux. Je suis allé passer un contrôle chez mon médecin et il a constaté que le poumon droit était infecté. Après des examens sanguins, j’ai appris le lendemain que le foie et les muscles étaient aussi touchés.

Comment l’avez-vous pris?

Dans un premier temps, j’ai encaissé la nouvelle de mon test positif avec philosophie car j’ai eu assez de coups durs dans ma carrière pour pouvoir relativiser. Je sais gérer ces périodes. Ensuite, lorsque j’ai appris que mon poumon était touché, j’ai eu plus peur pour ma santé que pour ma carrière. Si je force trop, je sais que ça peut devenir grave. L’idée de me retrouver sous respirateur ou risquer une embolie ne m’enchante que moyennement.

«Il faut arrêter de dire que ce n’est qu’une petite grippe. Le Covid-19, c’est du sérieux.»

Loïc Gasch.

Du coup, vous ne pouvez plus travailler?

Je peux travailler. Je suis comptable à la commune d’Orbe. Je peux aussi me balader, mais sans forcer.

Pourquoi partagez-vous cette expérience sur les réseaux sociaux?

Avant que je l’attrape, je n’ai jamais craint le coronavirus. Je ne voulais pas en faire une phobie. Mais j’ai toujours respecté les consignes, à savoir porter un masque, me laver les mains et garder les distances de sécurité. Tout le monde autour de moi me disait: «Tu es jeune, tu ne risques rien.» On relève souvent le fait que l’on perd l’odorat et le goût. D’ailleurs encore aujourd’hui, que je mange du chocolat ou de la soupe à la courge, tout a la même saveur. À la limite, c’est un avantage pour garder la ligne. En revanche, les symptômes peuvent être préoccupants. Ma copine a par exemple passé huit jours au lit. Elle était si mal qu’elle ne pouvait plus se lever. J’ai une connaissance qui a des problèmes cardiaques après avoir attrapé le Covid-19.
Avec toutes les théories que l’on entend, tout ce qui m’arrive ne devrait arriver qu’aux vieux. Or ce n’est pas le cas. C’est pour ça que je dis à qui veut bien l’entendre qu’il faut respecter les gestes barrières. Ce qui est énervant, c’est que ceux qui sortent tous les week-ends n’ont pas de souci. Et moi qui fais attention, je l’attrape. Il faut sensibiliser ces personnes en leur montrant que leur comportement peut avoir des conséquences sur la santé des autres. Il faut arrêter de dire que ce n’est qu’une petite grippe. Le Covid-19, c’est du sérieux.