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Tensions avec la ChineLondres suspend son traité d’extradition avec Hong Kong

Le chef de la diplomatie britannique Dominic Raab a annoncé ce lundi suspendre l’accord d’extradition avec le territoire semi-autonome en réaction à la loi sur la sécurité adoptée par Pékin.

Dominic Raab estime que la nouvelle loi sur la sécurité est «une violation claire et sérieuse du traité sino-britannique» sur l’organisation en 1997 de la rétrocession de Hong Kong à Pékin.
Dominic Raab estime que la nouvelle loi sur la sécurité est «une violation claire et sérieuse du traité sino-britannique» sur l’organisation en 1997 de la rétrocession de Hong Kong à Pékin.
AFP

Le Royaume-Uni va suspendre «immédiatement et pour une durée indéterminée» son traité d’extradition avec Hong Kong, signant une nouvelle escalade dans les tensions avec la Chine, depuis que celle-ci a imposé une loi de sécurité controversée dans cette ancienne colonie britannique.

Devant le Parlement, le chef de la diplomatie britannique Dominic Raab a aussi annoncé étendre à Hong Kong l’embargo sur les armes déjà appliqué à la Chine depuis 1989.

Ces deux décisions surviennent à un moment où les relations diplomatiques entre Londres et Pékin sont au plus bas, refroidies par les critiques britanniques sur la façon dont la Chine traite sa minorité ouïghoure et la récente décision du Royaume-Uni de bannir le géant chinois des télécoms Huawei de son futur réseau 5G.

«Violation claire et sérieuse»

La promulgation par la Chine fin juin, après une vague de manifestations pour les libertés à Hong Kong, de la loi de sécurité nationale – qui prévoit notamment de punir les activités séparatistes, «terroristes», la subversion et les ingérences étrangères dans ce territoire autonome chinois – a encore accéléré la dégradation de ces relations.

«C’est une violation claire et sérieuse du traité sino-britannique» sur l’organisation en 1997 de la rétrocession de Hong Kong à Pékin, a réaffirmé lundi Dominic Raab, qui avait déjà annoncé élargir les droits à l’immigration aux millions de Hongkongais titulaires du «passeport britannique d’outre-mer», ou BN(O).

Cette première sanction avait provoqué l’ire de la Chine. Par la voix du porte-parole de son ministère des Affaires étrangères, Wang Wenbin, ce pays avait menacé le Royaume-Uni de représailles, sans préciser lesquelles, contre ce qu’il considérait comme de l’ingérence dans ses affaires.

«Les récentes remarques erronées et mesures prises concernant Hong Kong violent gravement le droit international», avait déclaré le porte-parole, «exhortant» Londres à «ne pas s’engager plus avant sur cette mauvaise voie, afin d’éviter de nuire davantage aux relations entre» les deux États.

Exportations d’armes

Dominic Raab a affirmé lundi vouloir entamer une relation constructive avec la Chine, reconnaissant «son extraordinaire transformation» et son rôle clef dans le commerce international. Mais il a estimé qu’une relation positive signifiait aussi le droit d’exprimer son désaccord.

Inquiet d’une possible répression chinoise pour mettre en application la nouvelle loi de sécurité nationale, le chef de la diplomatie britannique a affirmé aux députés qu’il n’y aurait plus d’exportations d’«armes potentiellement mortelles, de leurs composants ou de leurs munitions» vers Hong Kong.

Il a précisé que cela concernerait aussi «tout équipement qui n’est pas déjà interdit (en Chine) mais qui pourrait être utilisé à des fins de répression intérieure».

Dominic Raab a expliqué la suspension du traité d’extradition par le fait que la loi sur la sécurité avait «considérablement modifié» la manière dont fonctionne le système judiciaire hongkongais. Pékin pourrait désormais réclamer que «certaines affaires» passent «devant des tribunaux chinois», a-t-il dit.

Mesures similaires

La suspension de ce traité d’extradition intervient après que les États-Unis, le Canada et l’Australie ont pris des mesures similaires.

Pékin avait déjà accusé Londres d’être la marionnette des Américains après sa décision d’exclure Huawei, motivée en partie par les sanctions imposées par Washington à l’encontre du géant des télécoms.

La question de l’équipementier chinois devrait d’ailleurs être abordée mardi avec le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, en visite à Londres.

AFP/NXP