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Hong KongMarc Progin rejette toute responsabilité

Marc Progin, un horloger suisse à la retraite qui vit dans l’ex-colonie britannique depuis plusieurs décennies et photographe amateur à ses heures, est accusé dans l’agression d’un employé de banque chinois en 2019.

Marc Progin est accusé d’«aide et complicité de trouble à l’ordre public».
Marc Progin est accusé d’«aide et complicité de trouble à l’ordre public».
KEYSTONE

Les avocats d’un photographe suisse amateur qui s’était retrouvé, en 2019 à Hong Kong, au cœur d’une confrontation violente entre des manifestants et un employé de banque chinois, ont soutenu mercredi lors de son procès qu’il ne pouvait être tenu responsable de l’agression de ce dernier.

Une semaine après l’ouverture de son procès, Marc Progin, un horloger à la retraite qui vit dans l’ex-colonie britannique depuis plusieurs décennies, a de nouveau comparu mercredi pour «aide et complicité de trouble à l’ordre public», en lien avec cette séquence qui, au plus fort de la crise politique hongkongaise, avait provoqué la fureur en Chine.

Agressé par un homme masqué

Les faits remontent au 4 octobre 2019 quand Lin Nan, un employé de la banque américaine JP Morgan Chase avait été pris à partie au pied de son bureau, dans le quartier financier de Central, par des manifestants pro-démocratie.

Le ton était très vite monté, comme l’ont montré des vidéos de la scène devenues virales, où l’on entend des manifestants intimer à l’employé de «retourner en Chine continentale» avant que ce dernier ne leur lance: «Nous sommes tous chinois!»

Après ces paroles de défi, on voit Lin Nan prendre la direction de l’entrée de la banque. C’est alors que M. Progin passe devant lui en repoussant la porte d’entrée pour photographier la scène. Le banquier se fige un instant avant qu’un homme masqué ne surgisse derrière lui, lui assène plusieurs coups de poing et disparaisse en un éclair.

Les procureurs accusent M. Progin, 75 ans, d’avoir délibérément fermé la porte du siège régional de JP Morgan, ce qui a selon eux permis l’agression et caractérise le «trouble à l’ordre public».

Les avocats du Suisse ont cependant avancé mercredi que ce dernier était seulement en train de faire son travail, expliquant qu’il avait fermé la porte pour mieux se positionner afin de prendre la scène en photo.

Pas d’intention de bloquer Lin

Me Michael Delaney a assuré que M. Progin n’avait aucune intention de «stopper, bloquer ou faire obstruction» à M. Lin et que son client n’était pas responsable du comportement des manifestants.

Appelé à la barre, M. Lin avait raconté son effroi quand la foule l’avait pris pour cible et dit ne pas croire que M. Progin se trouvait là pour prendre des photos.

Mais la défense a soutenu que M. Lin ne semblait pas si effrayé que cela et qu’il avait «échauffé les esprits» en proclamant que tous étaient chinois.

Les avocats ont produit devant le tribunal des clichés du photographe pour tenter de prouver qu’il était en train de travailler, et non de manifester.

L’auteur jamais retrouvé

M. Progin s’est installé à Hong Kong en 1976 où il a mené une carrière d’horloger, voyageant souvent dans la région, notamment en Chine. Après sa retraite, il s’était investi à fond dans la photographie, sa passion, réalisant de nombreuses expositions, notamment sur les cultures nomades en Mongolie.

Et quand Hong Kong bascula dans la crise politique en juin 2019, il descendit maintes fois dans les rues pour prendre en photo cette contestation sans précédent depuis la rétrocession en 1997.

M. Lin, lui, était arrivé en 2008 à Hong Kong. La personne qui lui a porté les coups n’a jamais été retrouvée. Le tribunal rendra sa décision le 13 novembre. M. Progin risque un an de prison.

Plus de 10’000 personnes ont été interpellées à Hong Kong depuis le début d’une crise politique qui a de nouveau illustré la polarisation de la population.

Il est arrivé que des citoyens de Chine continentale parlant le mandarin -la langue majoritaire à Hong Kong est le cantonais- soit pris pour cible par les manifestants dénonçant les ingérences de Pékin dans les affaires de sa région théoriquement semi-autonome.

Pékin n’a rien cédé aux manifestants, mais imposé fin juin une loi drastique sur la sécurité nationale.

AFP/NXP