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Éditorial«Marguerite» ne volera pas en avion de combat

Elle regarde passer un tigre. Et cela ne la fait pas plus s’émouvoir que si c’était un train. Elle doit avoir l’habitude. Après tout, Payerne n’est pas bien loin. Cela la fait-elle voyager? Elle n’en a pas vraiment besoin. Elle vient de finir de paître. Là voilà couchée dans son beau pelage beige sur l’herbe qu’elle a fini de ruminer. Autour d’elle, ce paysage des Gastlosen, juste avant la descente vers l’Alp Grat et la forêt de Mattenwald. Les «Dolomites» berno-fribourgeoises avec de grands massifs karstiques dominant forêts et vertes prairies.

Dans la cuvette encerclée de montagnes, le bruit est pourtant fracassant. Mais la brown swiss – on l’appellera Marguerite – ne moufte pas. Deux semaines avant la votation du 27 septembre, elle en a vu d’autres. La vache ne vole pas et ne volera jamais en avion de combat. Le promeneur que je suis non plus. D’ailleurs, après réflexion, c’était plutôt un F/A 18 qu’un Tiger. Mais les 50, 70 ou 100 décibels replongent dans l’enfance. Quand j’étais petit garçon, au meeting aérien de Bex, c’était plus le rugissement guttural du Harrier que son fuselage ou son décollage à l’horizontale qui m’interpellait.

La vie politique franchit aussi parfois le mur du son. Six ans seulement après avoir refusé l’achat de 22 Gripen pour 3,126 milliards de francs, le peuple suisse s’apprête à dire oui à une enveloppe qui a doublé sans connaître le modèle du joujou au préalable. Tout comme il s’apprête à dire «non» à l’initiative sur l’immigration dite «modérée» après avoir dit oui à celle vendue comme «de masse», aussi en 2014. À force de voter sur les mêmes objets à de si courts intervalles, on finit par changer assez rapidement d’avis. Et on n’est pas toujours certain que la démocratie directe y gagne au change. La peur de l’étranger est devenue celle du changement climatique, puis celle de la sécurité, y compris sanitaire et économique.

«La vie politique franchit aussi parfois le mur du son»

Dans cette campagne, le plus drôle n’est pas forcément celui qui gagnera. Daniel Brélaz a fait le buzz au parlement et sur la Toile en alignant les incohérences d’une défense aérienne pour un petit pays comme la Suisse. Et pourtant, si l’on veut une armée, il faut bien assumer. Y compris dans le ciel. Reste qu’on n’est pas complètement certain que l’homme - ou la femme -, fut-il/elle vêtu(e) de gris-vert et chapeauté(e) d’un casque de pilote, valait bel et bien six milliards. Dans cette période où tout le monde doit et va se serrer la ceinture, on ose encore naïvement espérer qu’il y a une place pour un projet plus modeste, plus en phase avec les contraintes de notre temps présent. Et que l’armée suisse pèsera le pour et le contre avant de griller l’entier des cartouches de ce budget.

Fusszeile

12 commentaires
    H. Giot

    Certains ne se rendent pas compte que les missiles sont bien plus rapides pour se défendre contre une attaque aérienne et bien moins chers ! Les afghans ont montré l’efficacité des stinger !

    Et si un pilote suicidaire décide d’envoyer son avion au sol, aucun avion militaire ne l’empêchera ! Les autres cas font partie du folklore ...