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Reprise culturelle en temps de CovidMasque ou pas? Le casse-tête des théâtres vaudois

Les mesures sanitaires des salles jouent sur un équilibre entre confort, plaisir et protection des spectateurs, quitte à faire des mécontents. Tour d’horizon.

Dans le canton de Vaud, certains théâtres imposent le masque dans la salle, d’autres le recommandent vivement.
Dans le canton de Vaud, certains théâtres imposent le masque dans la salle, d’autres le recommandent vivement.
EPA

Une rentrée mi-figue, mi-raisin. La perspective de rouvrir, enfin, les portes des théâtres est assombrie par les mesures sanitaires qui empêchent les arts vivants de déployer pleinement leur magie. Comment concilier confort, plaisir et protection des spectateurs, des artistes et des équipes? Un casse-tête pour les capitaines des salles de spectacle, qu’elles soient intimistes ou plus volumineuses – jusqu’à 1000 spectateurs, limite autorisée à ce jour. Si la traçabilité et les désinfections minutieuses seront partout la norme, le port du masque, les limitations de la jauge et la circulation du public varient selon les lieux, leur configuration ou la philosophie du théâtre. Sans oublier que la situation est chancelante: d’un jour à l’autre, les règles cantonales et fédérales peuvent évoluer, voire laisser réapparaître le spectre de la fermeture. Chez tous, donc, le même mantra: souplesse et réactivité.

Habitués décontenancés

Alors, masque ou pas masque? Dans la plupart des théâtres, les spectateurs devront camoufler leurs sourires et leurs émotions derrière un bout de tissu. «C’est une manière de rassurer les spectateurs, estime Vincent Baudriller, timonier de Vidy. Nous avons fait un test la semaine dernière lors d’une répétition générale, cela s’est très bien passé.» D’autres, comme le Petit Théâtre de Lausanne, le 2.21, l’Oriental-Vevey ou le Casino-Théâtre de Rolle ne l’imposent pas mais le recommandent vivement. «Notre état d’esprit est de mettre les gens au maximum en confiance, souligne Michel Sauser, directeur du 2.21. Nous verrons dans la pratique comment le public réagira.»

«Certains habitués s’excusaient presque en nous annonçant qu’ils renonçaient à prendre l’abonnement, c’était touchant»

Khany Hamdaoui, directrice du Théâtre Montreux Riviera

Les directeurs appréhendent bien sûr la réaction du public. «Certains spectateurs nous ont appelés pour nous dire: «Si le masque est obligatoire, ce sera sans nous!»; d’autres ont eu la réaction inverse, indique Georges Grbic, à la tête du Théâtre Benno Besson à Yverdon. Nous sentons bien que cela préoccupe les gens.» Et, bien que le masque soit obligatoire au TBB, un couple d’abonnés âgés a renoncé à son abonnement. «Ils étaient désolés, mais ils nous ont dit que c’était trop difficile pour eux, qu’ils préféraient passer un tour.» Au Théâtre Montreux Riviera, certains ont eux aussi mal vécu le chambardement de leurs petits rituels. «Au départ, nous avions prévu de laisser un fauteuil d’écart entre chaque groupe de spectateurs. Cela a gêné plusieurs habitués, qui réservent toujours le même siège, raconte Khany Hamdaoui, directrice. Finalement, le conseil de fondation a décidé d’imposer le port du masque, la jauge ne sera donc pas réduite.» Aux petits soins, l’équipe a rappelé ses spectateurs afin de leur proposer de récupérer leur fauteuil attitré. «Notre responsable billetterie a fait un travail d’orfèvre!» Mais, comme au TBB, certains spectateurs redoutent encore de revenir au théâtre: «Ils s’excusaient presque en nous annonçant qu’ils renonçaient à prendre l’abonnement, c’était touchant.»

Entrées et sorties par rangées

Malgré les pertes de billetterie, plusieurs théâtres réduisent leur jauge afin de laisser un siège vide entre chaque groupe de spectateurs, ou du moins pour assurer un espacement. Par exemple, Vidy se limitera à 80%, le 2.21 à 70%. Pépinière de formes mouvantes, l’Arsenic oscillera entre deux options: «La jauge sera réduite à environ 70% lorsque nous pourrons assurer la distanciation du public, indique Ana-Belen Torreblanca, responsable communication. Par contre, dans certains cas de performances spécifiques, sans gradin, nous demanderons aux gens de porter un masque.» Au Pulloff, par contre, pas question de réduire le nombre de places. «Vous imaginez condamner des sièges dans une petite salle comme la nôtre? Ce serait intenable», réagit Jean-Gabriel Chobaz, codirecteur du théâtre lausannois, où le port du masque est obligatoire. À l’inverse, l’Oriental-Vevey joue la prudence en limitant sa jauge à 50%. Pour pallier les pertes de recettes, une partie de la communication sera uniquement digitale. Et du côté de Servion, pourra-t-on toujours déguster un repas devant les spectacles hauts en couleur joués chez Barnabé? «Nous avons réduit le nombre de places de 500 à 300, indique Céline Rey, adjointe du directeur du café-théâtre. Le port du masque est obligatoire pour circuler, mais évidemment pas à table.» Et pour éviter la file au bar, l’équipe a mis sur pied une application sur smartphone pour commander les boissons.

La circulation, le placement et la sortie des spectateurs donnent aussi du fil à retordre aux théâtres. Pour éviter de voir leurs hôtes du soir s’agglutiner derrière des portes ou dans les salles, les équipes ont inventé des solutions en fonction de leurs contraintes propres. Dans certains lieux, comme le TMR, les spectateurs entreront et sortiront par rangées. «Comme dans un mariage», sourit Khany Hamdaoui. Au TBB (450 places), le public entrera en deux groupes: celui du parterre et celui du balcon. Du coup, le bar sera fermé. «Les gens pourront se rendre au restaurant, où ils seront assis, explique Georges Grbic. Et nous essayerons de trouver une solution pour tenir une petite buvette.» Pas de coup de blanc ou de bière non plus aux Terreaux à Lausanne, à l’Octogone de Pully ou au Reflet à Vevey.

«Je suis prête à réagir et à trouver toutes les solutions possibles, mais je ne veux pas imaginer X scénarios potentiels»

Sophie Gardaz, directrice du Petit Théâtre de Lausanne

Malgré les moments de spleen, les complaintes des spectateurs et les contraintes, tous trépignent à l’idée que les arts vivants reprennent vie entre leurs murs. Nous laisserons le mot de la fin à Sophie Gardaz, directrice du Petit Théâtre de Lausanne: «Je suis prête à réagir et à trouver toutes les solutions possibles, mais je ne veux pas imaginer X scénarios potentiels. De toute façon, le pire est déjà arrivé quand les théâtres ont fermé.»