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La BD sort des casesMathieu réussit à mettre l’infini dans une seule BD

Le Français a toujours exploré les limites du genre. Son nouvel opus nous emmène dans un univers onirique et toujours en noir/blanc.

Julius et Hilarion arrivent chez le professeur Ouffe pour tenter de sortir de leur hyperrêve.
Julius et Hilarion arrivent chez le professeur Ouffe pour tenter de sortir de leur hyperrêve.
Ed. Delcourt

Sept albums en trente ans: Marc-Antoine Mathieu n’est pas pressé d’enchaîner les aventures de Julius Corentin Acquefacques et il a bien raison. À chaque réveil, son prisonnier des rêves fait exploser un peu plus les cases de la bande dessinée, que l’Angevin tout-terrain aime explorer dans une quête d’absolutisme louable. Avec lui, ce n’est pas tant le dessin qui attire au premier regard. Mathieu aime dessiner en noir et blanc, à bons coups d’à-plats contrastés. Une technique qui date de ses années de beaux-arts où il étudiait la lumière pour ses sculptures. Ce n’est pas non plus le héros, au nom dérivé de Kafka, un héros sans profondeur, sans réelle volonté, qui se laisse porter par l’histoire dans une dimension bouddhiste et volatile.

Le rêve puissance infinie

Non, la spécificité de Mathieu, c’est bien ces astuces scénaristiques à chaque fois différentes, qui se confrontent aux limites de la BD. Cette fois, Julius Corentin, toujours limité à l’espace de son album, s’en évade par le rêve et se réveille (pour autant qu’il se réveille) dans un onirisme plus puissant que d’habitude. C’est que son rêve est entré en collision avec celui de son voisin Hilarion, transformant le tout en hyperrêve, sans compter sur l’intervention déjantée du professeur Ouffe. Il ne sert à rien de résumer l’inrésumable mais précisons que tout cela interroge l’infini dans toutes ses formes, mais surtout les plus désopilantes.

Alors, l’album joue sur les formats, les pages pliées, alors que l’auteur, aussi fan de Kafka que de Georges Perec, ne cesse de déstabiliser son lecteur, qui peut parallèlement aller visiter l’hyperespace digital créé pour l’occasion et n’y trouver aucune réponse à ses questions existentielles. Du grand art!