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LittératureMaurizio Serra se lance dans le roman

L’écrivain italien devenu Immortel en 2020 publie son premier roman, «Amours diplomatiques», un triptyque sur la passion, l’errance et l’échec.

Le troisième volet du roman, «La Crête», se déroule notamment dans les beaux quartiers genevois.
Le troisième volet du roman, «La Crête», se déroule notamment dans les beaux quartiers genevois.
Georges CABRERA

L’année 2020 sourit à Maurizio Serra. Le 9 janvier, il prend place dans le fauteuil de Simone Veil à l’Académie française. Premier Italien à siéger parmi les Immortels, il ouvre un chapitre de la chronique de l’institution. Diplomate de carrière, il en rédige un nouveau dans l’histoire de la littérature, à la suite de Paul Claudel et de Paul Morand. Le 21 octobre, les librairies accueillent son premier roman, «Amours diplomatiques», rédigé en français. Maurizio Serra travaille lui-même à la traduction de l’ouvrage en italien, attendue pour le printemps prochain, car l’homme écrit avec la même élégance dans les deux langues.

Jusqu’ici, l’auteur s’est illustré surtout dans des essais et des biographies, mêlant histoire et littérature. Malaparte, Italo Svevo et D’Annunzio n’ont plus de secrets pour lui. À 65 ans, le voilà qui prend le risque d’un premier roman. Le résultat est savoureux. «Amours diplomatiques» est bâti comme un triptyque. Les trois histoires qu’il égraine parlent de passion amoureuse, d’errance et d’échec. Chacune possède son univers, son intrigue, ses personnages un peu loufoques, mais des passages secrets conduisent le lecteur de l’une à l’autre: ici c’est un personnage qui refait son apparition, là un fait divers mentionné à nouveau. Ces petites touches, donnant un air connu au récit, accrochent l’attention. On sourit à chaque fois qu’on repère l’une de ces portes dérobées, comme un détective amateur jubilerait de mettre la main sur un indice que l’auteur aurait semé là pour lui.

Le livre mérite son titre, les diplomates sont légion dans le roman. On ne fréquente pas impunément les ambassades pendant quarante ans pour rien. Maurizio Serra a représenté l’Italie à Berlin, Moscou, Londres et Paris auprès de lUnesco, avant de prendre un poste à Genève auprès des organisations internationales. Le troisième volet du roman, «La crête», se déroule du reste en Suisse romande, entre les beaux quartiers genevois où l’un des protagonistes promène son chien, les routes longeant le Léman enfilées à toute vitesse au volant d’une Alpha de collection et une clinique de luxe spécialisée dans le suicide assisté qu’on imagine sur les hauts de Montreux.

C’est peut-être l’épisode le plus réussi de la trilogie. Dommage pourtant que d’éternels poncifs nous fassent grincer des dents: non, la propreté, la pusillanimité, la lenteur et «un filet de perche arrosé d’un bon vin du Vaud» ne sont pas l’apanage des Suisses. Et ils sont indignes d’un observateur raffiné.

Revenons à nos «Amours diplomatiques». La première nouvelle, «Avenue des miracles», centre son attention sur un ambassadeur en exil, dont la patrie, le Michoumistan, est ravagée par des tensions ethniques. La seconde, «Monsieur Hitaki», est située à Rome en 1940 dans l’entourage d’un Grand Poète un peu fou et de sa femme infidèle, puis dans le nord de l’Italie; elle évoque le fascisme et se termine, par une pirouette, aux États-Unis.

Chaque volet orchestre des passions amoureuses confrontées au chaos de l’histoire. Tout le charme de ces courts récits tient au ton de Maurizio Serra, qui manie avec délicatesse le piquant de l’humour et de la dérision, la douceur de la nostalgie et le parfum de la mélancolie.

«Amours diplomatiques» de Maurizio Serra, Grasset, 320 p.