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Brandons de PayerneMême sans carnaval, les vitrines ont reçu leur dose de peinture

Malgré l’annulation des festivités en raison de la pandémie, les barbouilleurs ont œuvré toute une nuit pour faire perdurer une tradition vieille de plus de 60 ans.

Par groupes de deux, les barbouilleurs parcourent la ville pour peindre sur les vitrines des commerçants.
Par groupes de deux, les barbouilleurs parcourent la ville pour peindre sur les vitrines des commerçants.
ODILE MEYLAN

Pour la deuxième année de suite, les Brandons de Payerne n’auront pas lieu. Si cette nouvelle avait été un véritable coup de massue l’an dernier pour tous les habitants de la région, l’annulation de l’édition 2021 était plus attendue.

Mais Covid-19 ou pas, pas question d’enterrer l’esprit du carnaval. Chaque année, depuis 1956 (ou un peu plus tard selon les versions), une équipe de 10 à 20 gaillards envahit les rues de la ville au petit matin pour peindre des slogans humoristiques sur les vitrines des commerçants.

«Cette année, on voulait faire le maximum avec ce qu’on avait pour donner le sourire aux Payernois. Tout comme pour le journal satirique, maintenir les vitrines a du sens, et c’est covid-compatible», confie Sylvain Hostettler, président des Brandons. Ce dernier a donc invité ceux qu’on appelle les barbouilleurs à reprendre du service.

Un barbouilleur s’attaque à la vitrine d’une vinothèque.
Un barbouilleur s’attaque à la vitrine d’une vinothèque.
ODILE MEYLAN

Cagoules, costume et pot de peinture

Ce collectif se réunit chaque semaine depuis septembre pour trouver les meilleurs slogans. Jeux de mots ou piques aux commerçants, le but étant de trouver une façon drôle de rappeler les anecdotes et ragots de l’année écoulée. «On ne cherche pas à dénigrer, mais à rire. C’est une ambiance bon enfant. La plupart des commerçants sont très tolérants. Pour certains ça pourrait même être une offense si on ne peint pas leur vitrine!» explique Marc*, qui barbouille depuis 10 ans déjà.

S’ils ont pour habitude de se réunir autour d’un repas avant de passer à l’action, ces artistes de l’ombre ont dû scinder leur groupe et souper par mini-groupes de 4 ou 5, pour relire leur «bible», le manuel où sont notés les noms des commerces ainsi que la blague qui leur a été attribuée. Après un tour d’horizon, il est temps d’enfiler son costume et sa cagoule, car les barbouilleurs se doivent d’être anonymes. «C’est plutôt par tradition, parce que beaucoup de gens nous connaissent. Même si j’ai réussi à cacher ça à ma mère pendant plusieurs mois», plaisante Jérôme*, responsable du collectif.

La bible, le pinceau et la bière sont les trois armes des barbouilleurs.
La bible, le pinceau et la bière sont les trois armes des barbouilleurs.
ODILE MEYLAN

Le carnaval n’ayant pas lieu, ce n’est pas à 4h du matin, mais à minuit que se sont donné rendez-vous les barbouilleurs. L’ambiance est un peu arrosée, mais le calme et la sérénité reviennent dès que l’art commence. Répartis par groupes de deux, ces Payernois sillonnent les rues armés d’un pinceau, d’un pot de peinture, et de quelques canettes de bière pour tenir jusqu’au lever du soleil.

Issus de milieux différents et âgés de 25 à 45 ans environ, les barbouilleurs entament leur travail. «Par devant ou par derrière, on est une bonne affaire», peut-on lire sur les vitres de Denner. «On vous vend les chaussures à la pièce», remarque-t-on sur le devant d’un magasin de chaussures. «Ce sont des idées qui nous viennent tout au long de l’année, même si cette fois ça a été plus difficile de se réunir pour en discuter», explique Marc. Au total, 216 vitrines ont été prises d’assaut pendant la nuit.

Une tradition qui amuse

Les habitants de Payerne ont alors pu se réveiller dans une ville marquée par le passage des barbouilleurs. «Samedi matin, les gens se baladaient dans les rues pour lire les vitrines. Il n’y a pas de carnaval, mais ils sont contents», se réjouit Sylvain Hostettler.

L’événement a donc été un succès, et les écrits de la nuit resteront inscrits quelques jours. Une façon sympathique de retrouver un peu des Brandons dans cette période difficile.

*Prénoms d’emprunt

5 commentaires
    Laure

    Bravo pour l'article bien rédigé et instructif pour les personnes ne connaissant pas cette tradition!