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La rédactionMensonges et demi-vérités polluent le débat sur la chasse

La campagne autour de la modification de la loi sur la chasse, qui sera soumise au vote le 27 septembre, prend un fort caractère émotionnel.

«Elle permet le tir d’animaux menacés comme le lièvre brun, le lagopède alpin, le tétras-lyre et la bécasse des bois.» C’est l’un des reproches martelés par les opposants à la nouvelle loi sur la chasse, soumise au peuple suisse le 27 septembre. C’est rigoureusement exact. Le problème, c’est que l’argument servi s’avère un brin malhonnête.

À lire cette phrase, le citoyen peu renseigné pourra croire que ces animaux jouissent aujourd’hui d’une protection absolue. Qu’ils vivent heureux dans leur biotope et qu’ils vont voir fondre sur eux, à peine la votation terminée, une horde de gaillards impatients de les canarder sans pitié. Or l’actuelle loi sur la chasse, que le texte voté aux Chambres doit remplacer, autorise déjà les détenteurs de permis ad hoc à chasser lièvres, lagopèdes et autres tétras en automne. Rien ne change à leur égard. La bécasse des bois, elle, bénéficierait même d’un répit supplémentaire, puisque sa période de protection est allongée d’un mois.

Eh oui, on chasse bel et bien de tels animaux en Suisse – et depuis très longtemps. La statistique fédérale, limpide et complète, en dresse le bilan année après année. On y lit ainsi que 1669 lièvres bruns, 247 lagopèdes alpins et 383 tétras-lyres ont été abattus en 2019, tout comme 1819 bécasses des bois. Les référendaires estiment qu’il aurait fallu mettre un terme à ces pratiques «inutiles». Mais il faut consulter leur argumentaire en détail pour le comprendre.

«Ce scrutin risque fort d’accentuer la méfiance et les incompréhensions qui existent entre citadins et habitants des campagnes et des vallées alpines»

En termes de clarté, le législateur n’a guère fait mieux. Il laisse la possibilité au Conseil fédéral d’ajouter des animaux protégés sur la liste des espèces pouvant être régulées. Lynx, castors ou hérons cendrés au tableau de chasse? C’est exclu pour le moment, mais nul ne peut dire avec certitude que cela ne changera pas, le gouvernement pouvant agir par simple voie d’ordonnance. Donc sans passer par le parlement.

C’est ainsi que mensonges, demi-vérités et non-dits enflamment une campagne à fort caractère émotionnel. On s’écarte sensiblement de l’objectif initial: encadrer le tir des loups qui attaquent des troupeaux de moutons sur nos alpages. Les opposants ont dès lors beau jeu de dénoncer «une loi d’abattage» multipliant les cibles dans la nature. Alors que l’élément central du débat devrait être celui-ci: peut-on, et à quelles conditions, délivrer une autorisation de tir d’un grand prédateur avant même qu’il ait provoqué des dégâts?

Nombreux indécis

Pas étonnant, dès lors, que tous les sondages publiés jusqu’ici mettent en évidence une importante part d’indécis. Pour qui n’est pas un chasseur ou un défenseur acharné de la cause animale, il est bien difficile de choisir son camp.

Une seule chose paraît certaine: le texte sera bien plus soutenu hors des agglomérations que dans les villes. Ce scrutin risque fort d’accentuer la méfiance et les incompréhensions qui existent entre citadins et habitants des campagnes et des vallées alpines. Deux mondes qui se côtoient sans vraiment se connaître.