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L’invitée#MeToo: face à la deuxième vague, jetons-nous à l’eau

Émilie Moeschler encourage tout un chacun à réagir aux remarques sexistes et aux gestes déplacés, à refuser les comportements illicites.

La deuxième vague. Quand elle se fait sanitaire et économique, personne ne souhaite la voir revenir. Quand elle rime avec courage et dignité, alors on en redemande.

Ces dernières semaines, des artistes de la scène, des policières, des sportives et des journalistes ont eu le courage de témoigner de situations de harcèlement vécues au travail. Ces révélations, relayées par la presse, ont créé une nouvelle fois une vague de consternation: ça suffit!

«Ici, aujourd’hui, dans tous les milieux, des personnes vivent des situations de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail.»

Ce nouvel élan #MeToo s’inscrit dans un mouvement tristement nécessaire. Ici, aujourd’hui, dans tous les milieux, des personnes vivent des situations de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail.

S’il n’implique généralement que deux personnes, le harcèlement sexuel est loin d’être une expérience individuelle et privée. C’est un problème collectif qui demande une réponse collective. Depuis 1995, le harcèlement sexuel dans le cadre professionnel est interdit par la loi. Depuis vingt-cinq ans donc, celle-ci stipule que les employeurs doivent prendre toutes les mesures recommandées pour le contrer.

Pourquoi cela ne marche pas? La peur, le manque d’options mais surtout l’insuffisance de soutien. Dénoncer, c’est souvent mettre en danger sa carrière. Réagir c’est parfois risquer sa place. Supporter est généralement le choix le moins risqué, notamment dans les milieux où les contrats de travail à durée déterminée sont la norme.

Vingt-cinq ans plus tard les faits sont là. La parole des victimes est mise en doute. Là où l’on venait chercher du soutien, on trouve la suspicion. Cela décourage la personne concernée, mais également toutes celles qui auraient pu enfin témoigner.

La pièce a déjà été si souvent jouée. Le pouvoir et la renommée sont du côté des auteurs. En position de force, jouissant d’un statut qui s’accompagne souvent de la protection de leur hiérarchie, ils ne sont pas inquiétés. Alors forcément quand les faits sont révélés, c’est la claque.

Le courage des victimes

Les cas dénoncés ces dernières semaines ont pu l’être grâce au courage de victimes, du soutien de leur entourage et de l’engagement de la presse. Est-ce malgré tout acceptable qu’il faille mobiliser tant d’énergie? Il est plus que nécessaire de renforcer la tolérance zéro face au sexisme et au harcèlement sexuel dans tous les milieux professionnels!

Suite aux révélations parues dans ces colonnes, le Parti socialiste lausannois a d’ailleurs demandé à la Municipalité de Lausanne de s’assurer que les institutions culturelles subventionnées disposent d’une politique spécifique de lutte contre le harcèlement sexuel et de traitement des cas de harcèlement.

Quelques femmes courageuses ont ouvert la voie. Mais nous avons toutes et tous un rôle primordial à jouer pour lutter contre l’omerta et l’impunité. Ayons le courage de réagir aux remarques sexistes, de dénoncer les gestes déplacés, de refuser les comportements illicites, de nous doter des véritables moyens d’action.

Cette deuxième vague #MeToo, ce n’est que le début.

3 commentaires
    £

    Parler du courage des victimes, cela me laisse songeur. Parler aujourd'hui, alors que nous sommes dans une situation sociétale de grands bouleversements, ne semble pas vraiment du courage. Le courage aurait été de dénoncer immédiatement les faits à l'époque et pas des années plus tard ceci pour éviter que d'autres n'aient à subir le même sort.

    Metoo n'est qu'une hypocrisie de plus. A l'époque certaines ont fait un choix. Leur carrière avant la vérité. Dans tout choix, il y a un prix à payer. Ce qui me désole, ce que leur silence a provoqué durant des années d'autres drames.

    Si seulement certaines s'étaient mises à parler au bon moment.