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DisparitionMichel Froidevaux, d’Éros à Thanatos

Le créateur de la galerie lausannoise HumuS aura passé sa vie à croquer toutes les formes du désir. Il est décédé dimanche.

Lausanne, 27 février 2013. Michel Froidevaux, libraire et galeriste à la galerie Humus.
Lausanne, 27 février 2013. Michel Froidevaux, libraire et galeriste à la galerie Humus.
Florian Cella

En 2013, Michel Froidevaux posait pour son portrait de der dans «24 heures», aussi sérieux qu’élégant avec, sur le mur derrière lui, une plantureuse paire de fesses. Une bonne photo sait cerner un homme, quand bien même la production artistique de ce dernier est aussi multiple que sa curiosité intellectuelle. Fondateur de la galerie HumuS, éditeur aux éditions du même nom, libraire sous la même enseigne, commissaire d’expositions, l’iconoclaste Lausannois a croqué le désir sous toutes ses formes, chérissant érotisme et humour avec la même appétence. Il a perdu son combat contre le cancer dimanche 1er novembre, à une poignée de jours de ses… 69 ans!

«C’était notre Jean-Jaques Pauvert à nous (ndlr: éditeur français de Sade)», se désole Michel Rime, ancien journaliste dont Michel Froidevaux a publié «Les érotiques d’Hercule». «Il a contribué à ôter le parapluie que Lausanne avait dans son cul», image-t-il, «et lui a offert son vrai virage post-soixante-huitard. Sous un aspect débonnaire, voire timide, il y avait chez lui une détermination sans borne et une grande exigence. Ouvrir une galerie, puis une maison d’édition, axée sur l’érotisme, c’était faire œuvre de pionnier en terre protestante.»

Mutin et coquin

Né à Lausanne en 1951, Michel Froidevaux fut vite happé par une philosophie libertaire, pacifiste et non violente – ce qui ne l’empêche pas de participer à une mutinerie de caserne, en 1976, avant d’objecter en toute conscience et de rejoindre Barcelone, eldorado anarchiste où il achève sa thèse en sciences politiques sur… «Les avatars de l’anarchisme». Lui-même s’en prémunit en se méfiant des chapelles politiques et en tournant sa curiosité agissante vers la littérature et la curatelle artistique. Avec sa compagne Danièle Mussard, il ouvre à Lausanne la Galerie HumuS et commence un travail d’éditeur que nourrit l’organisation de multiples expositions.

La première est consacrée à l’humour vache de Roland Topor – il accueillera plusieurs membres du Groupe Panique, dont Christian Zeimert, mais aussi Albertine, Martial Leiter, Hanspeter Kamm, Irène Dacunha, Jean Fontaine, HR Giger, Willem, etc. À son catalogue, plusieurs livres primés, dont «Guerre(s)», de Martial Leiter, Prix de l’humour noir, ou «L’aviateur fétichiste», «Marthe de Sainte-Anne» et «Le curé travesti», tous de Jean-Pierre Bourgeron, récompensé du Prix Sade.

«Michel Froidevaux a offert à Lausanne son vrai virage post-soixante-huitard»

Michel Rime, journaliste

En 1996, il compte parmi les initiateurs de la Fondation internationale d’arts et littératures érotiques (FINALE), ayant pour but d’archiver tout ce qui tourne autour de la création suscitée par le domaine du désir et du plaisir. Son esprit pataphysicien fait merveille dans l’édification de ce fonds multiforme fait d’écrits, d’œuvres d’art, d’objets et de multiples supports. «L’érotisme est une notion riche et vaste qui ne se laisse pas facilement enfermer», disait-il.

Cet anar égrillard qui promettait n’avoir «ni Dieu, ni maître, même nageur» n’espérait pas une place au paradis des pornographes chers à Brassens, près «du grand manitou pour qui le mot n’est rien du tout». Il a légué son corps à la science.

www.humus-art.com