AboPolémique à GenèveMigros mène la vie dure à une école de danse historique
Une très importante augmentation de loyer et des promesses non tenues du Géant orange menacent la survie du Studio des Bains.

«J’ai l’impression d’avoir été piégé.» Alain Gagliardi, directeur du Studio des Bains, résume ainsi la relation qu’il entretient avec la Migros dans les locaux qu’il lui loue à Pont-Rouge. L’histoire débute en 2015, lorsque l’École-club Migros le contacte avec l’idée de créer un Tanzwerk romand, une sorte de grand centre de danse pour amateurs et futurs professionnels, sur le modèle de ce qui existe à Zurich. «J’étais enthousiaste à l’idée de participer à ce projet ambitieux, puis je n’en ai plus entendu parler jusqu’à ce qu’on me recontacte en 2018.»
En 2018 justement, l’École-club Migros quitte les locaux de la rue du Prince et de Balexert pour emménager à Pont-Rouge, dans l’une des deux tours voisines de la gare du futur Léman express. Les débuts sont difficiles et les locaux sont vides. La sauce semble ne pas prendre et les élèves manquent à l’appel.
Alain Gagliardi est alors recontacté pour développer le secteur sport et santé à l’École-club. «Visiblement le projet Tanzwerk n’était plus d’actualité, note le directeur du Studio des Bains. J'ai donc accepté de me consacrer à mi-temps à ce nouveau défi.»
Déménagement à Pont-Rouge
En 2019, l’École-club propose à Alain Gagliardi de déménager le Studio des Bains de Plainpalais à Pont-Rouge. Avec ses quelque 400 élèves, le déménagement donnerait à l’École-club Migros une meilleure visibilité.
«Toute la semaine, parents, grands-parents et enfants franchissent la porte de mon école de danse. Une installation à Pont-Rouge permet à des familles entières de prendre connaissance des cours de l’École-club, affichés sur le panneau lumineux du hall d’entrée.» Il résilie donc le bail du Studio des Bains. «C’était une win-win solution, je payais un loyer plus intéressant et la Migros bénéficiait de mon public.»
Le déménagement se fait en août 2021. «Un pari risqué même si ce n’était pas trop loin du quartier des Bains, proche des Adrets au Grand-Lancy, de Carouge et des Acacias. Nous avons retroussé nos manches pour que nos élèves restent fidèles et nous suivent.»
Peu après, le climat avec le Géant orange se détériore, surtout après que Migros a rebaptisé le secteur «Miduca» et l’ait converti en société anonyme. «Juste après ce changement de philosophie, mes ennuis ont commencé», constate Alain Gagliardi.
«Si j’avais su…»
Après trois ans de location seulement, il se voit signifier la résiliation de son bail pour la fin de l’année 2025. Pas évident de retrouver des locaux de cette taille pour son école de danse et qui soient suffisamment insonorisés pour ne pas gêner le voisinage. Plus dur encore de garder la clientèle lorsque l’on déménage deux fois en cinq ans.
«Mon but est de passer la relève tranquillement, de permettre à mes élèves de continuer leurs cours et de sauver mes 21 employés.»
Le locataire se désole: «J’ai 60 ans, j’ai ouvert le Studio des Bains avec des amis professeurs de danse en 1997, il y a plus de vingt-cinq ans. Nous avons toujours eu pour objectif de populariser cette discipline, tout en payant correctement les enseignants. Mon but est de passer la relève tranquillement, de permettre à mes élèves de continuer leurs cours et de sauver mes 21 employés.»
Alain Gagliardi a l’impression d’avoir été doublement floué. «Avant de conclure le bail à Pont-Rouge, il était question que la Migros reprenne mon école de danse lorsque je partirai à la retraite.» Il a même réalisé un audit, à ses frais, sur demande de la Migros, en vue de ce rachat. «Si j’avais su, je n’aurais jamais quitté Plainpalais!» se désole-t-il.
Loyer prohibitif
Après la résiliation, il est informé que l’objectif est de doubler le loyer. Ce prix est tellement élevé qu’il ne permettrait plus au Studio des Bains de rentrer dans ses frais. «Un tel montant me ferait mettre la clé sous la porte et rend impossible le passage du témoin. Deux jeunes professeurs de danse sont intéressés par la reprise de l’école, mais pas à ce prix.»
Le directeur estime avoir travaillé sans relâche, avec ses professeurs pour élargir la clientèle: cours aux seniors, personnes souffrant de handicap, etc. Et de s’insurger: «La Migros en a indirectement beaucoup profité et elle nous récompense avec cette résiliation de bail.» Alain Gagliardi a contesté le congé, avec l’aide de l’Asloca, devant le Tribunal des baux et loyers. La procédure est en cours.
«Nous avons la quasi-certitude de rester jusqu’à l’été 2027, mais nous souhaitons mobiliser nos élèves et la population pour le futur de notre école.» Le Studio des Bains lance d’ailleurs une pétition.
La Migros réagit
Interrogé le Géant orange explique que le Studio des Bains est un sous-locataire de Miduca SA: le contrat de bail signé par l’Ecole-Club de Genève en mars 2021 a été transféré à la société anonyme Miduca en janvier 2022.
Selon la Migros, le loyer payé par le Studio des Bains «est bien inférieur à ce que paie Miduca à Migros Genève et qu’il ne correspond pas au prix du marché».
Cela signifie que l’Ecole-Club, elle-même subventionnée par la Migros, subventionnerait le Studio des Bains.
Miduca a eu une entretien en septembre avec le sous-locataire et lui a communiqué le prix réel qui devrait être versé dès 2025. En mars 2023, «le contrat a été résilié en bonne et due forme».
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